La Boue

11 janvier 1915 : De même que l’église de Souain est bombardée chaque jour, le moulin à vent l’est également, les allemands s’en servent comme point d’observation. On s’est aperçu qu’ils ont démonté, depuis quelques temps, la girouette qui représentait le meunier et son âne. Aujourd’hui les artilleurs, placés au mont de Suippes, ont réussi à porter un coup au but avec un canon de 120 long, le moulin est détruit et les ennemis ne pourront plus s’en servir. Encore un symbole du village qui disparaît. Il restera s’en doute longtemps légendaire dans l’histoire.

 souain canon du Moulin a Vent_

Crédit photo Daneck Mirbelle http://photos1418.blogspot.fr/

Les parents s’inquiètent des retentissements de la guerre pour leurs enfants. Comment vont-ils supporter l’éloignement affectif et matériel ?

Albert HUBERT s’en émeut dans sa lettre :

     Vous êtes vraiment bien tombé à Cussangy et vous êtes très heureux d’être en bonne relation avec ces gents là. Tant mieux, nos pauvres enfants ne s’apercevront pas tant de leur exil.

La situation ne s’améliore guère de notre côté, Emile LARDENOIS a été jusqu’à Suippes mais pas plus loin, tout comme Marie GERARD, on ne peut aller à Souain. Le maire de St Hilaire n’a pu aller à St Hilaire. Les Français sont toujours à Souain, Perthes a été pris et repris sept fois, maintenant il est à nous.

Je te confirme que j’ai mis dans la cave de Marie GERARD nos deux petites malles et une boite à chapeaux très solide, du linge, draps, serviettes, chemises, robes, pantalons, complets. Si nous avons la chance que cette cachette n’ait pas été découverte ce sera toujours ça de moins à racheter.

Des nouvelles du front : La nouvelle année se lève sur un océan de boue blanche. Autour de Souain le 12ème corps, le 17ème de part et d’autre de Perthes, le Corps colonial au Promontoire et sur les pentes de Massiges, s’y engluaient. Après trois jours de dégel, faute de caillebotis et de clayonnages, la craie en pâte arrondit les parapets et les merlons, coule dans les batteries, les tranchées et les abris de fortune. Les boyaux sont devenus de longs cloaques où s’enlisent les relèves, où les corvées laissent la moitié de leur chargement. Les blessés y nagent durant des heures, désespérant d’arracher jamais leur chair sanguinolente à cet enfer quasi liquide ; et parfois, à bout d’efforts et de résistance, vaincus par le ciel qui tonnait sur leur tête et le sol avide qui paralysait leurs jambes. Ils s’abandonnent et se laissent couler, noyés terrestres. Car les attaques ne se ralentissent qu’à peine, et chaque matin, chaque soir, chaque nuit voient monter en files vers la côte 200, vers les Tranchées Blanches et les boqueteaux écimés du Mesnil, vers les croupes de Beauséjour, des sections boueuses qui viennent remplacer les sections réduites la veille ou l’heure d’avant, et poursuivre ce que, par habitude, on continuait d’appeler l’offensive.

 il-neige-ou-il-pleut-tous-les-jours-nous-avons-de-la-boue-jusqu-aux-genoux-photo-dr

Il n’est guère de jour où les hommes des collines vers les Hurlus, surpris par un grondement sourd, plus prolongé que celui des gros obus, ne se soient retournés du côté des bois. A deux, trois kilomètres de leurs tranchées, dans la large trouée que fait entre les sapinières la route de Souain, une colonne de fumée et de terre se dressait dans le ciel. Retombés les matériaux lourds arrachés par la mine, ils regardent à la jumelle courir des hommes sous les volutes que le vent lacère. Et de naïves légendes se forment :

“ C’est une mine boche, la fumée est noire…

– La notre aussi, ballot!

– Non, le 8, quand nous, on a attaqué, la fumée était blanche.

– T’as mal vu… ”

Extrait de « Je les grignote » de Louis GUIRAL.

Il explose maintenant une mine ou un camouflet chaque jour du Bois sabot à la Main de Massiges.

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