La deuxième ligne est infranchissable

26-27 septembre 1915 _ La situation :

     Le front s’est enfoncé de trois km de Aubérive à Perthes les Hurlus, Les troupes sont arrêtées sur la Butte du Mesnil, à droite les coloniaux ont repris la majorité de la butte de la Main de Massiges. Au soir du 26, nos sommes en haut de l’Epine de Védegrange sur Saint-Hilaire-le-Grand, sur la Ferme des Wacques nous avons pu pénétrer dans la deuxième ligne allemande sur 500m à la tranchée des tantes sur Saint-Marie-à-Py. Sur Souain, à la Ferme de Navarin la deuxième ligne a été atteinte mais les régiments de coloniaux se sont fait décimer par l’artillerie française qui ne distinguait pas où se trouvaient nos lignes, la brèche s’est ensuite refermée. Nous buttons à la Butte de Souain et sur le haut de la Butte de Tahure. Nous sommes bloqués par le ravin de la goutte qui nous prend en flanquement. Nous n’avançons pas sur les Mamelles et la Butte du Mesnil. Sur Beauséjour les régiments sont passés, il n’y avait plus d’allemands devant eux et sont allés faire le coup de feux jusqu’à Ripont, mais la brèche s’est refermée sur eux et les survivants se sont retrouvés prisonniers à 4km à l’intérieur des lignes allemandes. A Massiges, le dessus de la Main est conquis. Les pertes de cette journée sont colossales, elles se comptent par dizaine milliers d’hommes.

25 sept

     Nous avons des précisions sur les moyens de l’attaque. Le régiment en première ligne formait trois vagues d’assaut. Un bataillon chargé du nettoyage des tranchées, marchait derrière la troisième vague. La tenue des officiers et de la troupe est en capote avec deux bidons remplis de café additionné d’eau de vie, deux musettes contenant deux jours de vivres de réserve, un jour de vivres du jour, 250 cartouches et deux grenades par homme, sauf les nettoyeurs qui en avaient chacun 10. Ces derniers étaient en outre munis d’un coutelas et d’un revoler.

Tout le monde à un sac avec la toile de tente roulée, et un carré de toile blanche cousu derrière pour que l’artillerie ne nous confonde pas, sans campement sauf la petite gamelle et un seau en toile par escouade. Les officiers sont dans la même tenue que leurs hommes avec le révolver ou le fusil à l’exclusion du sabre. L’heure de l’assaut avait été tenue secrète jusqu’au dernier moment. Les hommes ont pris un repas froid avant le départ.

 La nuit avant l’assaut a été assez calme, le canon s’est tu vers minuit, il durait depuis trois jours. Les tirs ont repris le 25 à 6 heures avec une grande intensité, à 8h 30 les hommes étaient prêts au coude à coude dans leurs parallèles de départ, la baïonnette au canon prêt à bondir sans un cri, au pas et au signal que leur donneront leurs chefs.

JMO du 116e RI

« Un étrange silence pesait sur ce terrain que déchirait tout à l’heure la rage des artilleries. Seuls parfois se rallumaient l’étincellement et le crépitement des grenades; autour de nous, les balles tirées par des guetteurs apeurés passaient en cassant les branches. Nous allions, prêtant l’oreille aux gémissements, quand, en traversant un petit bois, j’entendis un chant venir à nous, très doux. Je reconnus une mélodie du Gloria in Excelsis de la Messe! Je regardais mon compagnon avec surprise, quand la lueur d’une fusée nous montra, étendue à nos pieds, une forme allongée…

Souain soldat Allemand  tue  a  Souain - Copie

C’était ce soldat qui chantait! Nous nous glissâmes à genoux, et, me penchant, je discernai une figure toute jeune d’un petit soldat du 35e qui dormait, les traits détendus, les yeux clos, les lèvres entrouvertes. Un murmure monta… Et c’était cette fois une phrase du Pater. « II rêve, » me dit mon compagnon. En effet, son caprice, reprenant en arrière, murmurait le triple appel du Sanctus. Nous nous regardâmes, malgré nous inquiets. Serait-il blessé? La fièvre? Nous appelâmes; aucune réponse. Je le secouai. Alors plus doux, les lèvres laissèrent échapper un dernier chant, le triple Agnus Dei de la messe… Nous ne découvrions cependant aucune trace de blessure. « II faut le retourner, » dis-je au brancardier, et nous le prîmes par l’épaule. Il s’abandonna comme l’enfant que sa mère retourne dans son berceau parce qu’il rêve, et, la petite tête se laissant aller sur l’herbe, nous aperçûmes à l’arrière du casque un mince trou noir. Ainsi, une balle dans la nuque, cet enfant agonisait à la face du Ciel, et de son passé de petit paysan remontaient les chants de son église de village! Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, dona nobis pacem! Ce fut son suprême appel à Celui qui, en effet, porta les péchés du Monde, pour lui donner en retour le bienfait de sa Paix.1 »

Paul Doncœur aumonier de la 28e Brigade _ La Ferme des Wacques_

Il s’agit, maintenant, de faire comprendre aux Français que nous sommes prêts à nous rendre et de prendre contact avec eux. Le Commandant demande qui parle français. Dans ma section, nous sommes deux: un de mes camarades qui a été cuisinier à Paris avant la guerre, et moi qui ai appris le Français à l’école. Etant donné que ce camarade est plus âgé que moi et se trouve être marié, le Commandant se décide pour moi.

Il me remet donc un grand mouchoir blanc et me charge d’établir le contact avec les Français.

Moronvillers Cornillet soldats allemands prisonniers

J’avance avec beaucoup de prudence dans notre tranchée. A chaque tournant de la tranchée, je montre mon mouchoir blanc et n’expose que mon bras avant de me hasarder davantage. Le chemin me parait interminable. Et j’aperçois un soldat français, accroupi, qui pointe son arme sur moi en me faisant signe d’approcher. J’ai la chance de tomber sur un homme tranquille qui saisit la situation. Je lui explique que mon bataillon désire se rendre, que je suis délégué par mon Commandant qui attend une réponse. Il me donne son accord. Je retourne donc chercher le Commandant du bataillon et les 80 survivants.

Le soldat allemand Frédéric JAPP  _Butte du Mesnil_
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Un commentaire pour La deuxième ligne est infranchissable

  1. Maugis dit :

    Monsieur Godin,
    Nous avons lu attentivement la gazette de Souain sur la deuxième offensive de Champagne sans trouver de témoignages sur le cimetière provisoire du 329 ème RI de la 53ème Division.
    Merci de nous orienter
    Cordialement
    Xavier Maugis

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