Il fait froid

6 Fevrier 1916 – Des nouvelles de Albert HUBERT : Les soldats viennent de toucher chacun une peau de mouton, des lunettes et un masque à gaz contre les gaz asphyxiants. D’après ce que l’on dit il ne sera pas possible de recommencer à cultiver la terre après la guerre, il faudra se faire une raison et partir ailleurs.

mouton

    Et du S/Lt Roger ACCARIES : Nous sommes retournés au travail près du moulin de Souain. Nous passons l’Air à la ferme des Wacques fort démolie. Je vais visiter le moulin de Souain. Il se signale par deux tas de terre. De près, on découvre un amoncellement de débris divers, de fils tordus, de balles, de fusils brisés. Il y a deux trous énormes, dont l’un de 30 mètres de diamètres, vaste cratère où disparaîtraient plusieurs maisons. Il y a des débris divers que l’on identifie difficilement : capotes françaises et allemandes, casques, fusils etc…

Il y a là, sur le flanc, deux petits bâtons en croix ; c’est une tombe. Un pied passe et le bout d’une épaule. Plus loin, une vertèbre, des côtes, les occupants ont du être réduit en pièces. On voit les rameaux de mine qui viennent de l’ancienne tranchée française.

Dans un boyau allemand bouleversé, une botte dépasse. Quelques hommes veulent déterré le cadavre. Je m’y oppose. Un autre clame : « Les salauds, ils ont brûlé tout chez nous ! Il accroche un bout de fil barbelé après la botte et tire. Un craquement, le pied vient. Je m’éloigne écœuré. A quelle dureté de cœur arrivent ceux qui souffrent depuis tant de mois !

    De frère Benoit à l’abbaye d’Igny transformée en hôpital : Les gens de l’Yonne et des pays limitrophes n’ont rien vu, ni rien senti des horreurs de la guerre et comme ils n’ont pas de religion, ce sont des égoïstes qui craignent toujours que les évacués, les exilés, les pauvres émigrés viennent manger leurs biens. Tout cela est très triste, mais c’est bien l’espèce humaine dans ce qu’elle a de plus vil. Je vois tous les jours des hommes qui reviennent de Souain et comme vous, je constate qu’il eut mieux valu reprendre une petite ferme, car de l’avis général, aucune culture ne sera possible sur notre terroir. A moins toutefois que le gouvernement ne se décide à de grands sacrifices pour ne pas laisser en friche tous les lieux de combats. La terre est la mère nourricière de la France, et d’autre part, les lieux comme Souain, les Eparges, Caseney et les Flandres vont devenir des pays historiques, il me semble juste alors que la France fasse quelque chose de plus pour ces contrées que pour les autres.

Par ici on abat beaucoup d’arbres pour les tranchées et du charbon de bois pour chauffer les abris et les baraquements. Dans tous nos environs on fait des camps d’instruction pour les jeunes classes et on élève partout des baraquements. Reims est assez tranquille depuis deux mois, mais j’ai constaté sur place que les maisons qui n’ont pas été touchées par les obus sont toutes lézardées par les commotions.

Du Front: Nos observateurs remarquent une animation anormale les 4, 5 et 6 février, sur les voies ferrées Bazancourt, Rethel, Amagne, Vouziers, Challerange.

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