Nous sommes Libres

28 février 1916:   Au « Bonnet d’évêque » entre Souain et Ste Marie, une opération de jour, méthodiquement préparée, a été projetée. L’artillerie est entrée en action le 24/2. L’attaque est exécutée le 25/2. Le 355e RI et le 65e bataillon de chasseurs réoccupent d’un seul bond l’ancienne ligne de résistance et la ligne avancée, faisant un total de 345 prisonniers.

Le 27, les Allemands attaquent plus à l’Est le saillant de la ferme de Navarin. Après un bombardement de 3 jours, ils enlèvent la ligne avancée sur 1 600 m, progressent rapidement dans les boyaux et prennent pied dans plusieurs points d’appui de la 2e ligne. Ils en gardent trois malgré nos contre-attaques. Plus d’un millier d’hommes ont disparu des 19e et 26e bataillons de chasseurs.

     On sait maintenant que cette pression sur le front de Champagne n’est qu’une diversion pour fixer nos troupes alors que la vraie bataille se situe à Verdun. Des bruits courent que le fort de Douaumont serait pris, mais le gouvernement n’en dit mot. L’inquiétude est grande, le sort de la France se joue en ces moments tragiques.

     Nous venons seulement d’apprendre que la petite Blanche Braconnier et ses parents de Sommepy sont en France. C’est inespéré, ils ont fait parti de l’échange entre l’Allemagne et la France de prisonniers teutons contre des civils en zone d’occupation. Voici le récit qu’elle nous envoie de ce voyage hors du commun.

     Notre presse très spéciale, « la Gazette des Ardennes », nous infor­me que la vie est vraiment impossible en France libre, la famine décime le peuple, et charitablement on nous renseigne sur ces condi­tions insupportables et dramatiques qui ne laissent plus place « qu’à des squelettes et des fous »!

renvez

Renwez

     Un bruit court sur un retour des réfugiés début janvier.

     Les jours passent, puis arri­vent des informations plus précises sous forme d’une annonce du tambour de ville, les responsables communaux incitent les person­nes désirant se faire rapatrier à s’inscrire à la Mairie. Ce que nous faisons sur-le-champ.

     Après nos inscriptions, nous restons dépendants des Allemands jusqu’à la frontière suisse. Il est défendu de passer de l’argent; des adresses ou tout autre chose que les effets personnels.

     Pourtant nous avons un problème; depuis notre départ de Somme­py nous avions conservé jalousement quelques pièces d’or. Comment allions nous passer ce trésor,   car il n’était pas question de le laisser. Ma mère trouva la solution. Le cordonnier,   ami, creusa les talons de ses chaussures, y enferma notre fortune et réajusta la plaque de cuir. Puis un certain nombre de personnes sa­chant que nous partions demandèrent à mes parents de bien vouloir correspondre,   dès notre arrivée, avec des membres de leur famille afin de leur donner des nouvelles. Rapidement, il y eut une longue liste d’adresses, le problème restait de pouvoir les passer. Nous avions devant nous quelques jours avant le fameux départ qui est fixé au 5 janvier. Maman décousit la doublure de sa jupe, y introduisit la liste et, enfin recousu la doublure.

     La perspective de notre sé­paration désolait notre chère amie qui nous avait accueillis à Renwez, de notre côté nous avions beau­coup de peine à la quitter.

     Par ailleurs, ma maîtresse me donna une série d’images desti­nées à récompenser les élèves,   sur chacune d’elles, elle avait fait un petit point très discret sur les lettres qui,   rassemblées,   recons­tituaient un nom et une adresse.

     Nous partîmes le 5 janvier l916 au matin pour Rimogne où furent rassemblées les personnes de différentes localités ayant exprimé leur désir de rentrer en France libre.

refugie

     Nous embarquons dans un train stationné en gare d’où nous ne par­tirons que le lendemain 6 janvier vers 9 heures du matin dans des wagons qui n’était pas chauffé et sans possibilité de bouger.

     Le voyage fut long et pénible, en empruntant des chemins indirects en passant par Metz. Nous nous préparons à passer une seconde nuit, n’ayant rien à manger, ni à boire, nous partageons le très peu qui nous reste, si nous n’avions au cœur l’espoir de bientôt « ne plus les voir’!

     Des besoins bien naturels se firent sentir, Une boite de conserve vi­dée au cours du voyage devait servir de réceptacle que nous utili­serons à tour de rôle, la vitre baissée de la portière servant à la vider.

     Enfin à l’aube, nous arrivions à la frontière avant d’entrer en Suisse. Nous descendons et chacun passa à la fouille ! Papa passa très vite ain­si que moi; il n’en fut pas de même pour maman qui emmenée par une femme-douanier passa un long moment dans une salle spéciale. Mon pè­re était très inquiet, allait-on découvrir quelque chose? Enfin elle réapparut, radieuse,   « elle les avait eues»   malgré un total déshabillage,   rien n’avait été découvert.

     Un train spécial pour la Suisse nous attendait « NOUS ETIONS LIBRES! »

Extrait de « J’avais 11 ans en 1914 » de Blanche Braconnier
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