L’intendance

16 octobre 1916 : Georges SENART vient d’être blessé le 7 octobre à Rancourt et Edmond JAYEN hier à la main à Bouchavènes dans la Somme, leurs jours ne sont pas en danger.

Hier on a fusillé à St-Jean-sur-Tourbe le soldat DEDUYTSCHE René pour abandon de poste, il revenait avec le régiment du front de Verdun. C’est devenu une habitude, régulièrement on fusille, on y fait plus attention, peut être est-ce nécessaire, d’autres meurent les armes à la main, il y a tellement de soldats qui meurent, un de plus un de moins quelle différence !

De notre jeune correspondant Jean FRANCART, de SAINT-REMY-sur Bussy.

Il nous raconte comment le ravitaillement des soldats s’organise depuis SAINT-REMY. Un grand centre de regroupement des bovins se trouve situé à Somme-Vesle, les troupeaux arrivent par le train ou par la route, ils sont parqués en attendant la boucherie.

     Pour le ravitaillement des troupes en ligne, un abattoir de campagne est installé à Saint-Rémy.  Les bœufs qui viennent du Centre de la France sont transportés par wagons jusqu’à la gare de Suippes, puis acheminés à pied par la traverse. En arrivant, ils sont logés dans la grange et les écuries de la ferme de Jules Appert jusqu’au moment de l’abattage. Un jour par suite d’un arrivage important de bœufs charolais, ces derniers furent entassés très serrés dans les écuries. Comme il faisait très froid, les portes et les ouvertures furent fermées, mais le lendemain on retrouva vingt bœufs asphyxiés. Les hommes du village furent réquisitionnés pour les transporter au lieu-dit la Folie, pour les enterrer dans de grandes fosses creusées par les soldats. Ces hommes ont creusé tous les jours de grands trous pour enterrer les panses des animaux sacrifiés.

   boeuf

Troupeau de vaches amené au centre de Somme-Vesle

     Au fur et à mesure des besoins, ces bêtes sont mises à mort dans la cour de la ferme Appert et dans la rue du Bourg en face de la ferme qui se situe devant le marronnier. Celui-ci a une grosse racine qui sort de terre ce qui facilite le passage d’une corde attachée à la têtière de l’animal qui se trouve ainsi immobilisé. A l’aide d’une grosse masse le boucher l’assomme en le frappant sur le front, une fois à terre, le bœuf est saigné, puis avec des mouflettes, il le suspendait par les pattes de derrière à la poutre transversale qui se trouve à l’horizontale de la porte de la grange de la ferme Gobillot. Une fois suspendu l’animal est ouvert et vidé de la panse ensuite la peau est enlevée ainsi que la tête, la queue et les abats, puis la bête est fendue en deux. Les quartiers sont suspendus à l’intérieur d’autobus parisiens réquisitionnés pour le transport de la viande et le lendemain ceux-ci partent pour le front, pour être distribuée aux parties prenantes.

   st-jean-distrubution-de-viande-3-bcp-juin-1916

Aux cuisines de Saint-Jean-sur-Tourbe

      Pour laver le sang des bêtes abattues, les pompes à incendie avaient été réquisitionnées. Avec le jet d’eau de la lance, le sang est chassé dans une rigole qui conduit à la rivière.

     Il arrivait quelquefois que le boucher chargé d’assommer la bête ratait son coup, rendue furieuse par la souffrance, elle brisait son attache et s’enfuyait dans la nature et presque toutes les fois, elle devait être tuée à coup de fusil.

     La commune compte une très forte population de réfugiés qu’il faut nourrir. La viande était introuvable parce qu’il n’y avait plus de boucher pour en vendre et la viande traditionnelle, porcs, lapins, poules, canards, ont disparu depuis l’exode. Pour pallier cette crise, les autorités militaires ont donné l’ordre de distribuer les têtes, les queues, les abats à toute la population mais priorité est donnée aux réfugiés. Tous les matins, les représentants des familles se présentent pour avoir leur ration, les plus malins ou les plus filous se servent les premiers et prennent les meilleurs morceaux, bref c’était la pagaille. Pour y remédier le garde champêtre, le « père sonneu », (appelé ainsi parce qu’il a sonné les cloches pendant de nombreuses années) est chargé de remettre un peu d’ordre, mais celui-ci qui est déjà d’un certain âge a bien du mal à remplir sa tâche, car les bouchers et les « émigreuses » comme il disait lui jouent bien des tours. Mais ces mesures sont conjuguées à celles de la Croix Rouge, qui par l’intermédiaire de l’hôpital, donne chaque jour aux enfants une très bonne ration de riz au lait au chocolat, ce qui permet aux gens sans grands moyens de pouvoir se nourrir correctement.

Tiré de: Histoire du village de Saint-Rémy-sur-Bussy, pendant  la guerre de 1914-1918 et au-delà de Jean FRANCART
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