Souain secteur calme

30 octobre 1916 : De notre correspondant Ambroise Harel un poilu breton sur le secteur de Souain

     En quittant la « Maison forestière » j’arrivai bientôt à hauteur de nos lignes d’artillerie ; je trouvai que, pour un secteur tranquille, notre artillerie lourde était active.

     Nous pratiquions par là la guerre d’économie, car je vis quelques territoriaux qui ramassaient des éclats d’obus ; ils avaient avec eux des petits ânes qui portaient cette ferraille.

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     Arrivé à ma nouvelle affectation je découvrais le fameux fusil mitrailleur qui avait fait ses début dans la Somme, je m’en fit expliquer le fonctionnement. Et en peu de temps je fut apte à m’en servir.

     Le secteur était relativement calme, mais la température était rigoureuse ; la neige recouvrait toujours le sol et il gelait fort sous le ciel étoilé. Les lignes boches étaient très éloignées des nôtres, notre poste d’écoute était aussi très éloigné de notre première tranchée (400 à 500 mètres), un boyau y conduisait. Ce boyau passait le long d’un bois très fourré, et sur sa longueur, trois autres anciens boyaux venaient aboutir ; ils étaient en partie comblés de fils de fer barbelés, mais néanmoins étaient constamment à surveiller la nuit ; dans le poste d’écoute passait une ancienne tranchée, comblée également de fils de fer et autres matériaux. Le poste était entouré d’un réseau de fils de fer barbelés ; près du poste se trouvait une espèce de fortin à mitrailleuses que les boches avaient ébauché avant l’abandon de cette position ; ce fortin avait quatre issues, nous en tenions une seule de libre. À 100 mètres derrière le poste d’écoute, qui était toujours tenu par un caporal et trois hommes, se trouvait, sur le boyau, une barrière de barbelés ; cette barrière nécessitait un homme de garde pour l’ouverture et la fermeture, elle ne pouvait s’ouvrir que du côté de nos lignes, et aussitôt que les hommes du poste d’écoute étaient passés, la barrière se refermait, ils étaient emprisonnés, le boyau était barré.

     Sur la longueur de ce boyau, s’échelonnaient un poste de fusil-mitrailleur, un second poste de quatre hommes ; tous ces postes étaient reliés par un service de liaison. Dans la tranchée de première ligne, il y avait peu de veilleurs.

      Tous ces postes étaient exposés à de fréquents coups de main, il fallait beaucoup de vigilance ! Les sections étaient loin d’être complètes et, avec l’absence des permissionnaires, il manquait des caporaux et le service de garde est pénible pour tous. La première nuit, je pris neuf heures de garde au poste d’écoute dont six consécutives ! Quel changement avec les nuits de l’hôpital

     La neige recouvrait le sol et il gelait. Il fallait voir la glace dans la barbe et les cheveux ! Le froid me picotait les pieds et l’on ne pouvait pas se donner un brin de mouvement en ce lieu, il fallait être tout oreilles ! Nous protégions notre corps avec les précieuses « peaux de bique ». !

mouton

     Le lendemain soir, relevés par un autre bataillon du régiment, nous allâmes passer six jours au camp « Quat’Cinq » dans de bonnes baraques Adrian. Dès l’arrivée, comme toujours, ce fut le nettoyage et la revue de détail, puis les douches à Somme-Suippes.

     Les douches étaient fort bien installées et tenues par quelques soldats russes. L’on vous donnait d’abord un petit sac doublement numéroté pour vider vos poches, ensuite, dans une salle chauffée, nous nous déshabillions et formions un ballot numéroté de nos effets de drap qui passait à l’étuve ; le linge de corps était jeté pêle-mêle dans un tas commun. Dans une autre salle, nous passions aux douches qui étaient fort bien réglées et sortions ensuite nous essuyer dans une autre pièce où nous recevions le nécessaire de linge de corps, sec et bien propre, et notre ballot d’effets de drap. Nous étions donc complètement débarrassés des « totos » et dans une propreté qui nous mettait à l’aise.

     Jamais, par la suite, je n’ai rencontré une installation de douches aussi pratique, sauf chez les boches.

     Cette période de tranchées touchait à sa fin quand je fus envoyé suivre un cours de grenadiers à Suippes, d’une durée de huit jours. Avec la rigueur du temps, je me trouvais fort bien de coucher dans le bas d’une armoire dont, le soir, je fermais les portes : je n’avais pas froid. Nous ne trouvions guère de bois dans Suippes et on faisait du feu avec des meubles, des portes, du bois travaillé de toutes sortes, malgré la défense qui en était faite.

     Un jour, sous le pâle soleil de midi, je me lavai dans la Suippes. Après m’être essuyé, je pris mon peigne pour me démêler les cheveux; ce fut en vint, mes cheveux, en ce peu de temps, s’étaient gelés par la glace.

     Lorsque le ravitaillement arrivait, ils avaient des glaçons de pinard dans leurs musettes… et c’était bon à sucer! Le pain était également glacé ; pour le diviser, l’on se servait de scies et de hachettes. Cet hiver, le plus rigoureux de la guerre, dut encore nous faire souffrir par la suite.

Mémoires d’un poilu breton Ambroise Harel

 

 

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