Il fait froid

Depuis quelques temps nous avons des nouvelles d’un nouveau correspondant le docteur H… à l’H.O.E de Suippes. (Hôpital  d’évacuation)

 

     De nombreuses troupes se concentrent, dit-on à Mailly, dans les Vosges, dans la Somme ; il a neigé. La semaine dernière l’aviateur Delorme en poursuivant un boche, l’a obligé à atterrir sur le terrain de Auve.

      La 1ere Corps d’Armée part pour Fismes. On parle de préparation intensive d’attaques dans la région de Soissons. Les trains défilent nuit et jour. On sent que Nivelle veut mener les choses rondement.

      Nous sommes dans la neige depuis 2 semaines et le froid est rigoureux. On a noté –12° au Camp.

      Le 20 janvier : Delorme s’est tué. Depuis quelques jours le canon gronde, par saccades violentes.  Ces derniers jours j’ai eu à noter, comme tout le monde, que la persistance de la vague de froid, devient de plus en plus insupportable. On se demande si tout le soleil de l’été parviendra à faire fondre la glace qui nous entoure.

      Il a encore neigé ce matin. De 8 h. du soir à minuit, des nappes chlorées planent sur la plaine et picotent nos narines. Encore un divertissement que le boches ne manquent pas de nous fournir. J’ai fait le tour du cantonnement, tout le monde est alerté et les mesures sont prises.

     J’ai été sur pied de 11h1/2 à 3h du matin pour un homme intoxiqué par les gaz. J’ai cru ne pas le tirer de cette impasse. A 3h. je me suis couché transi mais content.

      2 février: J’ai du travail en masse avec les intoxiqués de la dernière vague. Il y a paraît-il dans le secteur touché plus de 100 morts et 600 évacués. J’ai 15 malades par les gaz pour ma part.

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      3 février: Records de température : le thermomètre qui n’est gradué que jusqu’à –18°, est descendu plus bas encore à 7 h. du matin, au point que nous ne savons pas exactement jusqu’où est allé le froid. On ne s’en porte pas trop mal. Note curieuse: le pain était glacé, littéralement pétrifié.

     4 février: Depuis un mois nous sommes dans la neige et si cela continue je me demande quand elle disparaîtra. Drôle de pays ! Ce matin nous avions les œufs gelés (-20°5)

      10 février: Je reçois de longues nouvelles de chez moi aujourd’hui, en particulier une lettre m’apportant des nouvelles de Louis. Pauvre frérot, ce qu’il doit être malheureux, prisonnier en Prusse orientale par un froid pareil.

     Un de mes camarades a été enterré hier dans son abri. Après 14 h. de recherches on l’a retrouvé, mort naturellement. Un autre en allant à son enterrement, s’est fait ramassé par un obus. Il ne me restera donc plus d’amis ?

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