Les combats reprennent

Les nouvelles du front :   La semaine dernière le 14/2, l’artillerie ennemie a pris à partie les régions de Vienne-le-Château, Maisons-de-Champagne et Saint-Hilaire-le-grand. Le lendemain une attaque allemande, précédée de l’explosion de quelques mines, s’est déclenchée entre Maisons-de-Champagne et La Butte-du-Mesnil. La progression ennemie s’arrête à la tombée de la nuit, devant la ligne de soutien, après avoir réalisé une avance de plus d’un kilomètre à l’intérieur de nos lignes. Au cours des combats aériens, deux avions allemands et un français sont abattus. Suite à cette attaque ennemie on déplore la perte de 1 150 hommes, dont 900 disparus.

  De notre nouveau correspondant le docteur H… à l’H.O.E de Suippes

      Jeudi 15 février : Le feu a été intense toute la nuit. Nos cabanes tremblaient comme des feuilles. Que se passe-t-il sur Souain et sur Perthes ? Ce matin le roulement est absolument continu. 2h. après-midi : des obus sifflent au-dessus de nos têtes à cadence régulière. Ils vont plus loin !

      Vendredi, un de nos avions a mis le feu a une saucisse boche. Nous l’avons vu tomber en flammes, laissant derrière elle un grand tire-bouchon de fumée très noire. Peu après un de nos avions tombe en flammes vers le camp Madelin. Un avion boche est également descendu (je n’ai pas vu tomber ce dernier).

ottodixlichtsignale 

Dessin d’ Otto Dix – Lichtsignale –

     Samedi dans la nuit le canon faisait tellement rage sur Souain que je me suis levé. Le ciel était orageux et les canons faisaient jaillir des éclairs à jet continu. Aux nouvelles : nous aurions perdu 800m. de tranchées à un saillant entre la butte du Mesnil et Maison de Champagne. Les boches sont parvenus jusqu’aux 2e lignes qui leur ont été reprises.

      Dimanche, les boches ont enlevé le saillant de la côte 182 et une compagnie Z. (compagnie des gaz) avec ses bouteilles a été raflée.

      Pensées intimes : La douleur n’invente rien, elle ne fait que refléter des douleurs sans nombre. La vie est absurde ! Ceux qui prétendent que l’on meurt de chagrin mentent. J’ai subi dans ma vie deux épreuves : celle où j’ai vu mon frère mort, et celle-ci. On ne peut pas aimer un frère et une jeune fille autant que j’aime mon frère et une G. chérie. Je perds celle-ci pour « suivre on ne sait quel devoir » Est-ce un cri de révolte ou un mot de lassitude douloureux ? Je ne sais, je ne veux pas essayer de le savoir. L’épreuve est dure, je le sais trop. On en guérit paraît-il. Je me le souhaite très fort car je crois à la vie, à ses bonheurs, à ses satisfactions, au plaisir maladif même de ses peines. Je ne fais que répéter un moment banal de la vie des hommes qui se croient supérieurs, parce qu’ils croient raisonner.

Advertisements
Cet article a été publié dans Uncategorized. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Les combats reprennent

  1. moinillon dit :

    Belle et triste conclusion !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s