Les Allemands ne lâchent rien

28 avril 1917 Les nouvelles du front :    Cela fait 11 jours que notre attaque est en route, nous n’avançons plus mais tenons toujours les monts du massif de Mornvilliers.

Ernest MINON et Georges FOLLIAS viennent d’être blessés il y a deux jours au Mont Haut (massif de Mornvilliers).

 

Le Zouave Louis Bac du 8e Zouave nous raconte la journée du 19:

 19 avril : la contre-attaque allemande

     La fusillade s’amplifie, les grenades éclatent, et l’artillerie allemande arrose copieusement nos lignes. Que se passe-t-il ? C’est probablement une contre-attaque de l’ennemi qui cherche à reprendre le Mont Sans Nom.

     Nous ne tardons pas à voir à cent mètres à notre droite des Zouaves refluer, les uns blessés, les autres en combattant : ce sont les 6ème et 9ème compagnies qui ont fléchi sous le choc du 108ème régiment des chasseurs saxons.

     Ces deux compagnies se replient dans la tranchée de Berthmann-Holveg, bientôt suivies par les fritz qui débouchent des maigres boqueteaux et avancent en vagues successives et sans cesse grossissantes.

broquet léon_les marquises 28_10_1915

 Léon Broquet – Les Marquises –

   Le sergent Moessart, un Breton ou Morbihan qui ne se démonte pas, nous ordonne le feu avec la mitrailleuse Maxime récupérée à l’ennemi. Nous les arrosons copieusement en exécutant un tir fauchant auquel ils ne s’attendaient pas, car ils reconnaissent aisément au bruit que c’est leur matériel qui leur tire dessus ! Nos Saint-Etienne ne chôment pas non plus. L’ennemi se couche, se redresse, fait de nouveaux bons en avant, ce pendant que son artillerie écrase la tranchée occupée par les nôtres.

     Les deux pièces Maxim tirent sans désemparer trois bandes chacune (en tout 1500 cartouches). Nous sommes en plein terrain découvert, un ou deux obus de 37 mettraient toute la section hors combat.

     Nous songeons à nous replier vers la batterie située derrière nous, qui nous offrira un abri et où nous pourrons nous mettre en position pour le cas probable où l’attaque ennemie s’étendrait sur nos devants. Il nous reste encore 1000 cartouches par pièce ; il nous les faudra si l’assaillant s’acharne à vouloir nous reprendre cet incomparable observatoire qu’est le Mont Sans Nom.

     Mais notre barrage d’artillerie bientôt déclenché est mal réglé : 75, 105 et gros noirs s’abattent sur la tranchée de Bethmann que nos artilleurs croient occupée par l’ennemi. Nous entendons les grosses marmites arriver en ronflant et s’écraser à quelques dizaines de mètre derrière nous. Que le tir soit allongé et nous serons broyés sans rémission ! Le Commandant Durant ne peut obtenir les rectifications qu’il demande : les lignes téléphoniques sont rompues, les agents de liaison sont fauchés avant d’avoir rempli leur mission, et les fusées rendues invisibles dans le ciel pluvieux et chargé de fumée. Il menace de brûler la cervelle à l’Officier d’artillerie qui l’accompagne pour le réglage du tir mais qui n’en peut plus.

     A 200 m à notre droite la tranchée de Bethmann est prise par l’ennemi qui la dépasse aussitôt et cherche à s’enfoncer comme un coin entre le 8ème Zouaves et le 7ème Tirailleurs. La 6ème Compagnie est en partie anéantie ; ses trois Officiers sont tués ou blessés. J’apprendrai plus tard la mort de plusieurs de mes anciens camarades de la 15ème Escouade.

     Les Allemands ont essuyé de lourdes pertes ; ils ont été arrêtés dans leur avance par notre résistance et par les deux artilleries qui, une fois de plus fraternellement mêlées, les ont écrasés aussitôt leur objectif atteint. Contre-attaques par le 2ème Bataillon, ils se retirent peu à peu dans les bois, en disputant le terrain pied à pied. A la tombée de la nuit notre ligne du 18 est rétablie, sauf une batterie que les nôtres ne parviennent pas à reprendre.

     Le vacarme peu à peu diminue ; nos 155 se sont enfin tus et nous permettent de regagner la tranchée éboulée où nous nous sentons plus en sécurité qu’en terrain découvert. Mais nous ouvrons l’oeil, car une nouvelle attaque est toujours possible.

     A la nuit tombante je vais faire une rapide incursion sur les lieux du combat : tranchée détruite, cadavres français et allemands, armements et équipements de toutes sortes, des Zouaves terreux et hagards, des prisonniers blessés qui implorent secours ; et, planant sur le tout, cette odeur de terre remuée et de poudre particulière aux champs de bataille.

     Sur notre gauche, à moins d’un kilomètre, de violentes attaques et contre-attaques se déroulent dans le secteur des monts voisins, Casque et blond tenu par le 17ème Corps.

     Vers minuit nous sommes relevés.

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