On arrive à vivre

23 juillet 1917 Les nouvelles du front :    On se bat toujours sur le massif de Moronvilliers, mais la bataille s’essouffle et les combats sont stériles.

Jules SENART du 6e Cuirassier vient d’être blessé près de Reims le 17 juillet.

On a fusillé deux soldats il y a trois semaines à l’Epine  : HATRON Gustave dit Maréchal Gaston du 23e d’Infanterie et BILLOIR Camille.

Des  nouvelles notre jeune correspondant Jean FRANCART, de SAINT-REMY-sur Bussy.

      A la fin du printemps le conseil municipal considérant que la quantité de blé existant dans la commune est inférieure aux besoins de la population, a demandé à Monsieur le Préfet l’autorisation d’acheter le blé manquant soit 45 quintaux pour le faire conduire chez Messieurs Brisson frères, minotiers à Châlons-sur-Marne qui lui ont donné la quantité de farine correspondant au grain livré en fixant le prix du blé à 50 francs le quintal pour éviter la spéculation.

     La vie est dure mais nous nous en sortons. Ma mère doit entretenir huit personnes : elle-même, un oncle déjà âgé, cinq enfants, un ouvrier agricole qu’il faut nourrir et payer. Elle a plusieurs sources de revenus.

     Premièrement la vente de la récolte de 18 hectares 75 centiares soit 184 quintaux de récolte moins 17 quintaux qu’il faut garder pour la nourriture du bétail et pour les semences soit 7 227 francs.

     Deuxièmement dans l’année, elle touche 964 francs d’allocations pour quatre enfants.

     De plus de temps en temps, elle touche une indemnité pour l’occupation des bâtiments par l’armée, comme le nombre d’hommes et de chevaux est variable, l’indemnité est toujours changeante et incontrôlable mais la somme totale est peu importante.

     Les chambres occupées par les majors de l’hôpital ou par d’autres officiers sont mieux payées mais la famille est reléguée, ma mère avec ses plus jeunes enfants couchaient dans une pièce borgne sans fenêtre ni lumière, l’oncle avec les deux plus grands enfants couchaient dans le grenier sans feu malgré les courants d’air qui rendent celui-ci glacial. Pendant les hivers nous couchons presque tout habillés. L’ouvrier avec son fils couchent dans l’étable.

cochon-ferme

     A tous ces revenus, il faut ajouter les produits de la ferme et du jardin. Avec le lait des deux vaches qui nous restent, nous avons le petit déjeuner du matin et la soupe du soir, s’il en reste ma mère confectionne des fromages blancs. Nous élevons deux porcs par an, ceux-ci sont nourris avec du seigle cuit, des pommes de terre et surtout avec les eaux grasses des cuisines roulantes. Sacrifiés au bout d’un an, ils pèsent de deux cents à deux cent vingt kilos. Ils servent à tous les repas. Le casse-croûte du matin est composé de lard froid et de fricassée restant de la veille, à midi soupe au lard avec légumes, le soir cuisine faite au lard, au saindoux et pour les hommes, le tout bien arrosé avec un litre et demi de vin. Malgré tous ses revenus ma mère pour s’en sortir doit pratiquer une économie très serrée.

     Pour les réfugiés, la situation est un peu moins bonne mais ils peuvent vivre correctement. Tous les hommes jeunes ou vieux ont trouvé du travail dans l’agriculture, une grande partie des femmes a été embauchée par l’hôpital pour le service de la buanderie. Les mères de famille tout en restant chez elles lavent pour les soldats, ce qui leur donne un complément de revenus. En supplément les réfugiés touchent une allocation plus élevée que celle qui est accordée aux femmes de mobilisés, leur situation est encore acceptable. Pour les personnes âgées il n’y a pas de problèmes, elles vivent au cœur de la famille et suivent le sort de celle-ci. Seuls quelques couples âgés ou des personnes seules sans famille, avec des ressources insuffisantes, vivent la pauvreté, mais il y a la solidarité, civils et soldats s’ingénient pour leur donner le nécessaire et quelquefois un peu plus. La vie est dure pour tout le monde mais nous avons la chance si l’on peut dire de vivre dans la zone des armées, celle-ci a la priorité pour le ravitaillement et nous pouvons en profiter par l’intermédiaire des soldats qui achètent pour nous dans leurs coopératives. Alors que dans les villes et à l’intérieur de la France, beaucoup de personnes connaissent la faim.

 Tiré de: Histoire du village de Saint-Rémy-sur-Bussy, pendant  la guerre de 1914-1918 et au-delà de Jean FRANCART
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