Apatride

10 fevrier 1918 : Le front est calme sur Souain, quelques coups de canon, quelques morts, la routine!

Jules de passage près de Paris vient de nous raconter une histoire étrange, Il vient de rencontrer incidemment Joseph BURGY un alsacien du village d’ASPACH au sud de MULHOUSE. Ses parents qui étaient Français comme vous et moi sont devenu Allemands lors de l’annexion de leur territoire suite à la guerre de 1870. La langue officielle et obligatoire est devenue l’allemand, tous ne parlent donc que l’alsacien ou l’allemand qu’ils ont appris à l’école du village.

     Le 22 septembre 1914, quelques semaines après la déclaration de la guerre entre la France et l’Allemagne, des militaires français investissent le sud de l’Alsace, dans ces anciens territoires français, ils réquisitionnent la plupart des hommes valides d’Aspach et des villages environnants. Ce sont en fait des citoyens allemands qui sont partis avec les soldats français.

     Joseph BURGY né en 1875 a écrit dans un calepin sa déportation et son voyage vers l’ile du FRIOUL et les aléas que ces hommes ont endurés pendant ces quelques mois.

burgy

     Départ le 22 septembre 1914 d’Aspach, vers Belfort sur deux jours à pied, d’où ils prennent le train jusqu’à Marseille. Arrivés à 17 heures après 32 heures de voyage, ils passent quelques jours dans le fort Saint Nicolas, couchés sur de la paille sur un sol en ciment. Près de deux cent personnes se trouvent dans le fort.

     Le 28 septembre, il fait très chaud, à peine supportable. Ce jour-là, embarquement en direction d’une petite île nommée FRIOUL. C’est un rocher près du château d’if au sud de MARSEILLE, où que l’on regarde, rien que des rochers. Le ciel et la mer aussi loin que l’on peut voir. Les habitants de la région les ont très mal accueillis. Les soldats qui les accompagnaient devaient les protéger de la foule sinon elle les aurait lynché. Sur cette île, il y plusieurs centaines de   personnes, dont des femmes avec des enfants en bas âge. Beaucoup sont malades à cause de la mauvaise alimentation et le manque d’hygiène (ex.: rester pendant quatre semaines dans les mêmes habits). Dormir sur un sol en ciment provoque des courbatures. Il y a trois médecins alsaciens sur place. Ils soignent gratuitement, mais les médicaments sont à payer. Mais avec quoi ? Le soir, les jeunes et les anciens chantent. Ce sont les hommes d’Aspach qui ont mis un peu d’ambiance avec quelques chansons joyeuses.

     Le 15 octobre, 500 hommes ont été désignés pour être embarqués, mais personne ne connaît la destination qui s’avérera être la Corse. Sur le trajet, ils ont essuyé une grosse tempête. Le bateau transporte d’habitude des animaux. Les hommes sont donc installés dans des étables. Auparavant des mulets y avaient séjourné. Il y avait une puanteur épouvantable. Tous étaient malades dans cette odeur infecte et avec les roulis de la mer déchaînée…

     Le voyage en bateau a duré 12 heures pour accoster dans le port de San-Sebastian. Après, nouveau départ en train cette fois dans un wagon à bestiaux. Durée du voyage : cinq heures. Arrivée à l’île Rousse. La plupart des hommes n’avait plus mangé depuis deux jours et demi et maintenant il fallait gravir une pente sous un soleil écrasant. La population corse a très mal accueilli tous ces hommes, les traitant de ‘Boches du Nord’ même les soldats et les gendarmes qui les accompagnaient les ont maltraités. Première nuit passée dans une église, sur de la paille pourrie. Le 22 octobre, départ de la Corse en bateau. Après 19 heures de trajet, ils se retrouvent de nouveau sur l’île de Frioul, alors que tous espéraient se retrouver en France continentale. Quelle déception !

     4 novembre, il y a plus de 1 500 personnes sur l’île. Des Alsaciens, des Lorrains, des Allemands, des Autrichiens, des gens de grande culture, des religieux, des millionnaires, des directeurs d’usines etc…

frioul

     Pour s’occuper, ces hommes devaient charger des bateaux, pomper de l’eau, et préparer les repas du lendemain. D’autres devaient transférer des documents datant de 1792 d’un bâtiment à l’autre ou nettoyer des bateaux.

     Ils se faisaient aussi du souci au sujet de leurs familles dont ils n’avaient que de rares nouvelles, alors qu’il y avait la guerre dans notre région. C’est dans la prière que les hommes ont trouvé du réconfort. Les fêtes religieuses tenaient une grande importance dans leur détresse. Elles leur rappelaient les jours heureux qu’ils n’avaient jamais si bien appréciés que loin de leur pays.

     Ce n’est que vers la fin décembre 1914 que les premiers prisonniers ont pu rejoindre Marseille. Le 3 janvier 1915, les derniers captifs ont été libérés. De là, ils sont partis pour travailler soit dans les usines, soit dans les fermes selon leur convenance car la main d’œuvre masculine est rare en ces temps de guerre.

     Ils sont 52 hommes d’ASPACH à avoir fait ce douloureux voyage. Tandis que les jeunes en état de se battre ont été incorporés dans l’armée allemande sur le front Russe. Depuis le début de cette guerre ils n’ont pas pu rentrer au pays, car les habitants du village ont tous été évacués dans d’autres régions éloignées du front, le 15 décembre 1915.

Du carnet de guerre de Joseph BURGY          http://www.parole-aspach.fr/bulletins/journal_captivite.pdf
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