Le brancardier

14 avril 1918 : Le 21 mars la France a failli perdre la guerre, les Allemands ont enfoncé le front de Picardie déplaçant les lignes de 60 Km jusqu’aux portes d’Amiens. C’est maintenant les mont des Flandres qui subissent la pression depuis le 9 avril nous coûtant 15km de terres françaises, jusqu’où cela va-t-il s’arrêter ?

De notre jeune correspondant Jean Francart de Saint-Rémy-sur-Bussy

      Je me souviens de l’année 1915, en six mois, du 1er juillet au 31 décembre, cinq cent quarante-deux soldats ont été conduits au cimetière militaire de Saint-Rémy. Pendant la période la plus dure qui dura environ trois semaines, ils étaient conduits au cimetière sur la fin de l’après-midi dans des ambulances qui prenaient la route de Somme-Suippe, elles coupaient à travers champs pour se rendre près des fosses. Descendus des ambulances sur un brancard, ils étaient portés et placés entre deux fosses, avec pour linceul un drap ou une toile de tente, presque toujours taché de sang.

     Le curé de la paroisse se rendait au cimetière en cortège accompagné d’un ou plusieurs aumôniers, du chantre et de deux enfants de chœur, l’un portant la croix et l’autre le bénitier. Le curé et les aumôniers bénissaient les tombes et donnaient l’absoute aux défunts. C’était impressionnant de voir tous ces jeunes hommes alignés au bord de leur tombe. Pour les descendre deux hommes prenaient le linceul un par la tête et l’autre par les pieds et ils mettaient le mort dans les bras d’un infirmier descendu dans la fosse, celui-ci était chargé de bien placer le corps dans le fond. Une compagnie de terrassiers a été chargée de creuser ces tombes qui avaient à peine un mètre trente de profondeur, il y en avait toujours une quarantaine d’avance. Après le 12 octobre, la situation étant redevenue plus calme, les morts ont été remis en bière et ils étaient passés par l’église.

broquet-brancardiers-in-memoriam

     Ici j’ouvre une parenthèse pour vous montrer une des facettes des combattants. Dans la section de brancardiers qui avait logé dans notre ferme, j’avais remarqué un homme grand et fort, un peu corpulent avec un visage rosé d’enfant, les chaussures toujours bien cirées, les habits tirés à quatre épingles, d’une grande politesse et d’un langage très raffiné, bon camarade mais différent des autres, à première vue, il ressemblait à un soldat d’opérette.

     Après douze jours, la section revint cantonner dans notre ferme, notre homme était complètement transformé, pas rasé, les habits sales et déchirés, il avait perdu vingt kilos. Les camarades qui eux aussi avaient fait plus que leur devoir, admiratifs, ne cessaient de répéter des éloges sur son compte car au péril de sa vie pendant douze jours et douze nuits, il n’avait cessé d’aller relever les blessés dans la ligne de feu sous la mitraille. Pour éviter les boyaux encombrés d’hommes qui montaient et des blessés qu’il fallait descendre, lui, il préféra les prendre sur son dos et à travers les trous d’obus, les barbelés, les tranchées éboulées, il les transportait au milieu des dangers au poste de secours, il était devenu un héros sans le savoir.

     Mais tout de suite il repris ses anciennes habitudes. Après avoir lavé ses habits, il reprisa soigneusement ses accrocs, il redevint lui-même.

Tiré de: Histoire du village de Saint-Rémy-sur-Bussy, pendant  la guerre de 1914-1918 et au-delà de Jean FRANCART
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