C’est une victoire!

21 juillet : Des nouvelles de nos soldats _ Nous venons d’apprendre la mort de Nestor BERNARD à l’ambulance de Sezanne le 16 juillet. Il est décédé des suites de ses blessures lors de l’attaque allemande de la veille sur Dormans. Il faisait parti du 404e RI.

Georges SENART à été fait prisonnier à Cuchery dans la Marne ce même jour, il est parti en Allemagne pour le camp de Cassel.

Etienne JUILLON a été cité à l’ordre de la 163e Division « Canonnier-Stock, courageux et brave. Le 15 juillet 1918, est resté à son poste de combat jusqu’à épuisement de ses munitions et ne s’est replié qu’à la dernière minute, en combattant pied à pied », il a reçu la Croix de guerre avec étoile d’argent.

 

C’est une victoire :

Nous avons appris par des prisonniers que L’empereur Guillaume II lui-même était à l’observatoire du Blanc Mont pour assister au triomphe de ses armées. Dans l’esprit du commandement allemand, cet  » assaut de la paix » devait donner l’estocade finale aux forces alliées. Cette journée fut au contraire le  » tournant de la guerre « . C’est grâce à la victoire du 15 juillet, remportée par la IVe Armée sans qu’une seule des grandes unités de réserves ait été engagée, que put être déclenchée, le 18 juillet, l’offensive qui va conduire les alliés à la victoire. Mangin est en train de réduire la poche de Château Thierry, les Allemands sont partout repoussés.

Mais les pertes sont lourdes; près de 14.000 Français, plus de 9.000 Américains ont été tués, blessés et disparus, elles témoignent de l’acharnement des combats. Mais ces sacrifices nous donnaient le succès.  Les Allemands ont laissés huit fois plus d’hommes sur le terrain.

Carte1918

L’ennemi a repris ses positions sur la crête de Navarin et maintenant les deux armées dont les tranchées se faisaient face à 100m l’une de l’autre sont maintenant éloignées de deux km. L’espace entre les deux lignes est occupée de part et d’autre par des petits postes avancés qui occupe le « no man’s land » Une autre manière de faire la guerre vient d’être inventée.

De notre correspondant André Grapp du 158e RI -Hurlus.

     Vers 10 heures du soir le 14 Juillet 1918, notre artillerie se mit à tirer et on commença à voir des gerbes de feu s’élever par endroits comme si un obus venait d’atteindre quelque dépôt de munitions. Nous attendions la suite… A minuit, tout l’horizon s’éclaira d’un seul coup : c’était cette fois l’artillerie allemande qui entrait en action. A la hauteur des Hurlus, nous contemplions ce gigantesque feu d’artifice de l’étroit élément de tranchée qui nous avait été assigné comme poste de combat. Nous ne pouvions rien faire de plus que d’attendre le feu roulant préludant à l’arrivée sur nous de la première vague d’assaut, en espérant qu’aucun des obus qui tombaient à l’entoure n’atteindrait d’ici là notre groupe.

     Bientôt une forte odeur de gaz nous incita à mettre nos masques. Après une longue attente, malgré tout assez anxieuse, pour moi comme pour tout le monde, nous entendîmes les arrivées d’obus se précipiter c’était le fameux « Trommelfeuer » , précédant de peu l’arrivée des assaillants. Nous nous mîmes alors à lancer des grenades au jugé, pour faire un tir de barrage à notre manière, mais, ce jour-là, nous ne vîmes pas un seul soldat allemand ! Aucun ne put aborder la tranchée que nous occupions.

     Il n’en fut malheureusement pas de même sur notre droite dont les Chasseurs fléchirent tout d’abord sous le choc de l’ennemi, et notre capitaine, craignant de se laisser déborder, parlait de nous donner un ordre de repli. Mais un adjudant énergique organisa une contre-attaque qui rétablit la situation.

     Tout de même, il s’en était fallu de peu que les assaillants n ‘atteignent notre propre tranchée.

     Les journées du 16 et du 17 se passèrent sans autre incident Mais, le 17 au soir, ordre nous fut donné, une fois la nuit tombée, de nous poster au creux du ravin qui nous séparait de la tranchée Galata. Nous comprîmes que nous allions avoir à la reconquérir le lendemain. Confirmation nous en fut donnée : une vaste contre-offensive allait être lancées sur tout le front de l’attaque allemande, en vue de résorber la poche de Château-Thierry .

     A cinq heures moins cinq, le tir de nos canons se déclenche. A cinq heures précises, c’est pour nous l’heure H. L’aspirant Chauchoin, me dit « Suis-moi, tu as un V . B, il nous le faudra pour envoyer éventuellement des fusées. Et nous voilà partis ! nous nous engageâmes, en file indienne, dans un boyau qui devait nous masquer, sur une bonne distance, aux Fridolins. Instant émouvant malgré tout, mais une fois engagé dans l’action, on n’a plus le temps d’avoir peur, et c’est le plus calmement du monde que nous nous avançons d’un bon pas vers l’objectif.

Agostini dessin mitrailleuse

     Le croira-t-on ? Nous n’avons pas eu à tirer un seul coup de fusil, ni à lancer aucune grenade pour récupérer la tranchée Galata ! Surpris, ses occupants l’ont évacuée en toute hâte. J’aperçois quelques retardataires qui se défilent en rampant par un boyau et les signale à Chauchoin qui fait braquer une mitrailleuse sur le tournant de ce boyau où on les voit apparaître, puis disparaître, les uns après les autres. Nous apercevons les balles qui soulèvent le sable de part et d’autre des corps plaqués au sol.

     Les corps s’immobilisent et la mitrailleuse s’arrête. Mais à peine a-t-elle suspendu son tir que ceux qu’on croyait morts recommencent à ramper et disparaissent, cette fois, définitivement à notre vue. Blessés ? Sûrement mais non pas tués. Le dirai-je ? J’en éprouve un certain soulagement.

     On se réinstalle. Les uns tirent un casse-croûte de leurs musettes. D’autres commencent une partie de cartes. On s’imagine volontiers que rien ne se passera plus dans cette journée du 18.

     Mais, vers 9 heures, un agent de liaison apporte à notre capitaine un pli qui n’est pas de bonne augure. Nous voyons sa figure se rembrunir. Enhardi par le succès de l’attaque du matin, le colonel donne l’ordre de pousser plus avant. Le capitaine n ‘est pas content du tout et il ne s’en cache pas. Il sait que, maintenant, l’ennemi est sur ses gardes et que l’affaire sera chaude. Ne pouvant tout de même se dérober aux ordres reçus, il prescrit à la section du sergent Hugon de tenter je ne sais quelle manœuvre tandis que les autres essaieront de progresser par le boyau que nous avons devant nous et que notre mitrailleur prenait tout à l’heure en enfilade.

     Mais cette fois, c’est l’échec. Le sergent Hugon est blessé. Mon camarade, d’abord blessé au bras avant d’avoir abordé le point critique, me dit au passage : « Chic, j’ai la blessure-filon .! » Il est tué, l’instant d’après, à ce passage maudit.

Extrait de « Testament du dernier poilu d’Alsace André Grappe, du Haut-Doubs à Strasbourg, un destin dans le siècle »
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