L’Armistice est signée

Emile CARLIER du 127e RI

Le 11 novembre 1918 :Pendant les dernières heures de la journée de la veille et toute la nuit, les radios ont capté au passage tous les messages, tant français qu’allemands, transmis par la T.S.F, Nous sommes tenus, heure par heure, au courant des événements. A 6 h. 1/4, la sonnerie du téléphone retentit. Le central nous informe officieusement que l’armistice est signé et que les hostilités cesseront le jour même à 11 heures.

A 9.10, un planton m’apporte le message officiel à transmettre de suite aux unités en ligne. C’est une pièce historique que je conserve précieusement dans mes souvenirs de guerre.

« Le signal à l’heure H = 11 heures, sera donné par des fusées à fumée jaune allumées à la diligence des Cts des sous-secteurs C.R. et P.A.

Les Cts de C.R. feront sonner « Cessez le feu » – Sonnerie répétée à plusieurs reprises, de 11 h. à 11 h. 15.

Toute communication avec l’ennemi est interdite.

Faire lire à toutes les troupes et afficher à tous les P.C. l’ordre suivant :

« On les a. Les hostilités sont suspendues sur tout le front à 11 heures.

Gloire à nos morts ! Vive la France ! Vive la République !

MESSIMY ».

     Toute la matinée jusqu’à 11 heures, l’artillerie française tire sans discontinuer. C’est un roulement ininterrompu. Les artilleurs veulent écouler le stock de leurs munitions.

     En arrivant à Retournemer, nous y trouvons une foule joyeuse qui grouille autour du tramway qu’elle prend littéralement d’assaut. La locomotive est ornée d’un faisceau de drapeaux tricolores. Au fur et à mesure que nous approchons de Gérardmer l’enthousiasme ne fait que grandir. Toutes les maisons sont pavoisées. Nous arrivons en ville où nous tombons dans le plein débordement de la joie populaire. Pour fêter l’armistice, nous nous payons un repas somptueux à l’hôtel. Civils et soldats s’interpellent, s’arrêtent. On crie, on pleure. Un vent de folie semble avoir passé. Des camions automobiles, décorés de feuillage, de drapeaux français et américains parcourent les rues. Sur ces chars improvisés, des grappes de soldats clament leur joie d’être débarrassés de l’horrible cauchemar qui empoisonnait leur vie. Ils le traduisent par un chant qui fait furie et que chacun reprend avec entrain : « Le temps de nos misères est maintenant passé ! ».

armistice

De Louis bac du 8e Zouave

     Le 11 novembre au matin: la nouvelle de l’armistice nous surprend au moment où, baïonnette au canon, le 3eme bataillon (Capitaine Démelin) vient de franchir la Loutre dans le brouillard et va se lancer à l’attaque des fermes de Rozebois et des Ervandes, à l’Est de Moncel, dont l’occupation va permettre à nos chars de se déployer en vue de la grande offensive prévue, nous l’apprenons plus tard, pour le 14.

     Quelques obus de 75 éclatent encore jusqu’à 11 heures puis c’est le silence, un silence de paix, un silence de vie qui s’étend sur les tranchées où depuis plus de quatre ans les hommes croupissaient sur les villages en ruines, sur la campagne Lorraine enfin libérée du cauchemar ; et c’est aussi la victoire arrachée de force à un ennemi puissamment organisé et habile dans l’art de la guerre.

     Nous sommes tellement impressionnés que nous restons muets et songeurs. Aucune explosion de joie, aucune réjouissance bruyante ! Chacun garde son sang-froid et reporte sa pensée vers la dure route suivie depuis 52 mois, jalonnée de souffrances invisibles et de sacrifices immenses.

     Peu à peu, cependant nous réalisons que la guerre est finie, que nous sommes saufs et que, l’heure est la joie !

     Dés 11 heures de nombreux soldats allemands se présentent devant nos lignes pour se rendre, car disent-ils ils ont horreur d’aller réprimer les émeutes qui viennent d’éclater dans leur pays. Nous croyons plutôt qu’ils viennent remplir l’estomac, car n’ayant pas été ravitaillés depuis plusieurs jours ils sont littéralement affamés. Le Colonel vient les haranguer, et du haut de son cheval leur dit, en français puis en allemand : « Trop tard, il fallait vous rendre plus tôt ! Allez crever de faim chez vous ! Raus ! »

     Nous devons garder nos vivres pour de nombreux prisonniers français et anglais qui arrivent aussi par groupes impacts, hâves, déguenillés et affamés. Bientôt nous devons les diriger sur Nancy sans pouvoir leur offrir autre chose que du bouillon.

Une scène pénible soulève notre indignation, tandis qu’une dizaine de fantassins français libérés se restaurent avidement à la roulante, le Colonel survient et les interroge :

-« Où avez-vous été faits prisonniers ?

– A Soissons, le 30 mai.

– De quel régiment êtes-vous ?

– 230eme et 299eme.

– Ah c’est vous qui avez lâché et qui avez fini en jetant vos armes, où qui vous
êtes rendus sans combattre ? Vous êtes des piètres soldats ! »

     Et il les fait garder à vue pendant une heure dans un cantonnement, comme des punis de prisons !

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