Le retour des prisonniers

     A la date du 11 novembre 1918, il existe 477 800 prisonniers français vivants, à rapatrier par mer ou par voie ferrée. Il va falloir deux mois pour que les derniers soldats regagnent la France. En cours de guerre en janvier 1916, il y a eu un accord pour un échange de prisonniers. Pour ne pas qu’ils puissent être de nouveau mobilisés 11000 soldats français pour la plupart convalescents et sans doute autant d’Allemands vont être internés dans des camps en Suisse en zone neutre ou le régime sera meilleur.

Du Capitaine Agostini du 21e RI au camp de prisonniers de Rastadt

     Les portes du camp se sont ouvertes. Nous étions si impatiens de rentrer chez nous ! Nous pensions réintégrer nos foyers dans le mois qui suivrait, mais la malice des choses fit que notre rapatriement n’eut lieu que deux mois après. Nous avions alors commis une grave imprudence en consommant durant le premier mois, sans ménagement, toutes nos réserves de boites de conserves pour ne pas avoir à les rapporter en France, Je laisse à penser des nombreux crans qu’il fallut faire à nos ceintures d’autant plus que chez les civils allemands c’était la période des vaches maigres.

     Nous avons tué le temps comme nous avons pu en promenades en ville, séances de théâtre, etc.

     Cependant les jours se traînaient. Je fus, un jour, interpellé par l’un des notables de la ville de Rastadt qui, chapeau bas, me dit : « Permettez, monsieur l’officier, savez-vous si le maréchal Foch tardera à venir…parce que nous craignons la guerre civile qui achèverait de ruiner notre pays… ».

     Certains prisonniers baguenaudaient en ville et, parfois le soir, circulaient dans les rues en tenue débraillée chantant à tue-tête des chansons obscènes et bousculant des passants.

     C’est finalement le 3 janvier 1919 qui fut le jour de la délivrance. Nous avons mis 5 jours pour traverser l’Allemagne, la Hollande et la Belgique. Le retour se fit par Dunkerque puis le train pour Paris.

     Mon père, ma mère, mon frère, ma sœur, ils étaient là, tous les quatre, hébétés lorsque j’ai tourné la clé de la porte d’entrée de ce petit deux pièces au rez-de-chaussée du n°3 de la rue Baulant et que j’ai crié, sonore et théâtral : « Me voici ! ».

     Tous me regardaient stupéfaits, sans comprendre. Etais-je un spectre revenu de l’au-delà ? Ma mère fut la première à reprendre ses esprits : « Mais, c’est donc toi ? ». Ce fut le signal des embrassades et des questions à n’en plus finir. On parlait tous en même temps. Lorsque le calme fut revenu, mon père m’expliqua la raison de leur étonnement : c’était parce qu’on avait escompté ma libération au début décembre en se basant sur les clauses de l’armistice. Au lieu de mon retour, avait couru le bruit de mon décès en Allemagne des suites de l’épidémie de grippe espagnole.

prisonnier

Ernest Duget du 14eRI, prisonnier en Allemagne au camp d’Hüstein

     L’Allemagne était complètement désorganisée, fin novembre on nous transfère au camp de Darmstadt par train, le voyage dure six jours. Beaucoup de cheminots se sont joint aux révolutionnaires et ont cessés le travail. Il part de ce camp de transit des convois de prisonniers chaque jour pour la France. Mon tour vint le 25 novembre, nous fumes conduit à la gare par des sentinelles allemandes. Plusieurs civils étaient venus sur les quais pour assister à notre départ, quelques uns furent assez malmenés par les prisonniers qui avaient eu particulièrement à se plaindre de leur séjour en captivité. Nous rencontrâmes les premières troupes françaises à hauteur de Kaiserlautern, elles avançaient vers l’intérieur de l’Allemagne. Alors une clameur formidable s’éleva beaucoup de nous pleurait de joie. Arrivé sur les quais on nous servit du café chaud, des vivres et deux quart de vin par homme, n’étant plus habitué à boire du vin quelques uns d’entre nous se grisèrent. Ce fut un vacarme indescriptible, tant la joie emplissait le cœur des prisonniers. On nous fit une conférence en nous donnant des conseils sur notre nouvelle alimentation.

     Arrivé à Samadet je vis sur le quai un homme qui travaillait je ne le reconnu pas dans un premier temps, c’était mon père. L’émotion m’étreignait la gorge, je l’embrassais, il avait beaucoup vieillit, lui était tout joyeux.

sarrebourg

A la mi janvier, il ne reste plus alors Outre Rhin que les corps des prisonniers de guerre décédés.

Les civils pris en otages (hommes et femmes et même leurs enfants) dans la zone occupée en 1914 principalement, sont internés en France et en Belgique ou envoyés en Allemagne, dans des camps. Leur nombre est estimé à 180.000, 30.000 d’entre eux décéderont durant leur internement et sont inhumés, comme les militaires, près du lieu de détention.

A leur retour, les prisonniers sont déçus car ils ne reçoivent pas les honneurs espérés. Les prisonniers sont exclus de la Médaille militaire et de la Croix de guerre. Leur indemnité pour temps passé à la guerre est moitié de celle des combattants. Les blessés pouvaient recevoir l’Insigne des blessés mais les prisonniers n’obtiennent aucune distinction. Le fait d’avoir été prisonnier est perçu comme honteux par l’opinion publique. On va rapatrier les corps des soldats morts en captivité de 1922 à 1926, les 13.319 morts seront regroupés dans un cimetière qui leur est réservé à Sarrebourg.   Il faut attendre le 28 février 1922, pour que le gouvernement attribue aux prisonniers décédés en captivité la mention « Mort pour la France« , les rendant égaux avec leurs camarades tombés sur le front.

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