L’oubli…

Six mois se sont écoulés depuis la fin du conflit. L’aumônier du 35e et 42e RI de Belfort revient sur les ruines de la Ferme des Wacques, haut lieu de la bataille du 25 septembre 1915. Ce qu’il voit le glace d’effrois, les soldats de sa brigade tués lors de cette gigantesque attaque, sont encore là où ils sont tombés il y a plus de trois ans, personne ne s’en est occupé.

J’ai vu, je crois, les aspects les plus horribles de la mort durant la guerre.

J’ai vu, dans les beaux blés de 1914, noircir sous le soleil d’un jour les premiers cadavres.

J’ai vu, aux retranchements du fort de Vaux les vivants partager leur abri avec les morts de 40 jours.

J’ai vu au bois de Hem, les chemins creux s’emplir des puanteurs et des mouches méchantes qui naissaient des amas sans nombre de corps allemands, roulés comme par une tempête affreuse au pied des falaises reconquisses.

Vous dirai-je que jamais mon cœur n’a souffert comme six mois après l’Armistice, quand revenant en Champagne aux lieux de nos grandes batailles, devenus silencieux et déserts, j’ai dû voir, laissés depuis quatre ans au grand soleil de Dieu, à même le sol où ils étaient tombés, nos camarades de 1915 …. Oubliés !

Ah ! Je sais bien que l’on avait autre chose à faire et d’urgent, mais à genoux devant ces os blanchis, serrant encore les fusils rongé et approvisionnés pour l’assaut, étendus au gazon qui pieusement cherchait à voiler cette ingratitude des hommes, j’ai mesuré la rapidité et l’atrocité de l’oubli.

Annamite relevant les corps des soldats à Souain

La zone des combats est morte, on a remis en état les routes et réseaux de communication, mais c’est tout. La France s’est remise à vivre, mais la zone de l’ancien front est complètement délaissée. Donc six mois après l’armistice, les soldats sont toujours là, formant un gigantesque charnier à ciel ouvert. Une poignée d’ agriculteurs est revenu et plante leur charrue entre les tranchées en creusant des sillons pour essayer de faire revivre des petits carrés de leur terre. Ils vivent dans des cabanes faites de bric et de broc adossées à un pan de mur au trois quart écroulé, quand ce n’est dans un gourbi à demi-enterré.

Des munitions explosent chaque jour sous l’effet de la chaleur de l’été 1919. Pendant six mois, il va avec une dizaine de soldats qui ont reporté leur démobilisation et une douzaine de prisonniers autrichiens relever et identifier plus de 950 corps.

Pendant ce temps là à Paris on discutait beaucoup pour savoir si les corps des centaines de milliers de soldats tombés au Champ d’Honneur seraient rassemblés dans des cimetières nationaux ou rendus à leurs familles. En septembre 1919 une fois son œuvre achevée, il lancera un émouvant appel aux mères et aux veuves de la guerre.

Il est mort au Champ d’Honneur

Vous l’enlevez au Champ d’Honneur

Vous lui ravissez sa gloire

Et vous vous décevrez


Le cimetière du calvaire de la 28e brigade sera inauguré le 25 septembre 1919
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2 commentaires pour L’oubli…

  1. acesar55 dit :

    Je connais parfaitement cette histoire de l’abbé Doncoeur. Très émouvant !

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  2. BULTEEL Gérard dit :

    Mon Grand Pére est mort pour la France le 7 oct 1915 est de Souain perthes les hurlus ! sans doute côte 193 ! on a pas retrouvé son corps déchiqueté par les obus de gros calibres Allemand Il etait du 243 eme RI 20 eme compagnie je crois ! mon Pére son fils devint pupille de la Nation suite au DC de sa Mére 1920 , elle n a pas supporté la mort de mon GP !

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