Le temps des cerises

Le premier acte de reconstruction du village va se manifester par l’érection d’un monument aux morts, il va garder, gravé dans la pierre, la mémoire des 25 enfants de Souain morts pour la patrie.

La reconstruction des maisons définitives va pouvoir débuter. En 1921, elles sortent de terre et le village va se trouver reconstruit pour 1924. La commune va pouvoir clôturer cette grande entreprise en terminant par la mairie-école et le presbytère en début 1925, puis dans la foulée par l’église.

La remise en état des terres est une autre histoire, le terrain est saccagé, il va falloir 50 ans pour faire disparaître les traces de la guerre.

Dans un premier temps l’état soumissionne à des entrepreneurs le rebouchage des trous d’obus et sapes avec de la main d’œuvre annamite et étrangère. Le travail est considérable, on met une tôle sur les trous et on rebouche, si bien que quelques années après et encore maintenant les trous s’ouvrent sous l’action des fortes pluies.

L’état propose de faire faire le premier labour par une entreprise. Un tracteur issu des remorqueurs des canons de la guerre est utilisé avec une charrue tractée par une longue chaîne pour palier au risque de l’explosion des obus.

En 1920, 85 habitants sont revenus s’installer, dans un premier temps les agriculteurs découpent des parcelles dans les zones faiblement abimées entre les tranchées et cultivent 25 hectares sur les 4000 du territoire. Ils vont récolter 145qx soit 6qx l’ha, tout juste nécessaire à la future semence et à la nourriture des animaux.

Les terres se sont considérablement appauvries, le sol est maintenant constitué d’un mélange de terre arable et de craie remontée du sous-sol.  Pour exemple, la contrée à  la ferme de Navarin se dénommait « rougemont »  à cause de la couleur de la terre qui était colorée en rouge, maintenant il faudrait l’appeler le « blancmont » tellement le sol est devenu blanc composé majoritairement de craie. La fertilité va mettre 75 ans à se régénérer, ce n’est que dans les années 1990 que les anciennes tranchées vont s’estomper.

L’état a sans doute soutenu la remise en état les premières années par un dégrèvement d’impôt, mais après, la population a été laissée à son triste sort. Petit à petit au fils des années, les tranchées et les trous d’obus vont être rebouchées par les familles, dans la sueur à la pelle et à la pioche. On se servait aussi d’une coque à fumier à deux manches tractées par une longue chaine et tiré par un cheval placé de l’autre coté de la tranchée, on piochait dans le parapet, l’animal tirait et l’on basculait la pelleté dans le fond.

Or sur la commune de Souain, il y avait environ 150km de tranchées à aplanir, aussi on progressa année après année depuis le centre du village vers les finages du territoire. En 1960 le bulldozer va révolutionner cet ingrat travail de bagnard, en l’espace de 10 ans  tout le champs de bataille va être remis en culture.

La remise en état du terrain dans le secteur de la ferme de Navarin

La population va récupérer sur la zone de guerre divers objets et va les détourner de leur utilisation militaire. C’est ainsi que les pieds de tous les enfants du village ont été réchauffés par des bouillottes faites avec des douilles d’obus en cuivre, les tournevis étaient faits avec la lame des baïonnettes « rosalie », la mesure officielle pour donner le grain aux animaux était le casque allemand. Les vélos étaient militaires, les lits ont été récupérés dans les ambulances, les pelles les pioches pour les travaux, les piquets, les fils barbelés pour les parcs, les tôles métro pour faire des silos à betteraves, les rails de chemin de fer de voie de 60 avec les vagonets  par les maraichers. Ainsi encore aujourd’hui il n’est pas rare en parcourant les rues du village de voir les traces de ce passé centenaire.

En 1925 le village  va retrouver 220 habitants loin des 416 âmes d’avant-guerre, mais c’est ainsi, nouveau village nouvelle vie !

Ainsi se termine l’histoire du village de Souain dans la guerre ; un village du front parmi tant d’autres, fait d’hommes et de femmes ordinaires qui ont eu à vivre une vie de souffrance et de misère, générée par une guerre qui fut le fait d’une folie collective.

Cette Gazette commencée il y a près de 5 ans est maintenant terminée, j’espère que vous l’avez appréciée, elle est le fruit de nombreux témoignages anonymes pour la plupart.  Ces acteurs ont voulu laisser une trace écrite de leur difficile vie, inconsciemment sans doute  pour que l’on sache et que l’on ne recommence pas les mêmes erreurs.

Certain d’entre vous m’ont demandé d’en faire un livre, le volume des pages générées à ma grandes surprise est très important et va impacter son prix, aussi je vais le publier sur internet dans un seul fichier pdf après remaniement.  Lorsque le texte sera disponible je vous ferais connaître son adresse dans cette gazette, aussi ne vous désabonnez pas tout de suite.

Bien à vous tous, Michel GODIN

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4 commentaires pour Le temps des cerises

  1. Philippe Robert THIBAULT dit :

    Félicitations et un immense merci pour ce travail immense d’investigation.
    je n’ai raté aucune nouvelle.

    Bien Cordialement

    Philippe Robert THIBAULT

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  2. Bazin Véronique dit :

    Merci pour votre immense travail, je suis presque triste que ce soit terminé. Mes grands parents se sont mariés à Souain et ma vielle tata de Souain qui tenait un bistro dans l’ancienne maison mitoyenne du garde forestier à coté de chez les Bernard a enchanté mes vacances dans les années 60. C’est avec un grand plaisir que je lirai et que j’essayerai d’imprimer votre livre. Bien à vous; Véronique

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  3. bizot dit :

    Merci pour ce travail.Triste que cela se termine. Pourquoi pas sur un autre theme.plus large(la bataille de la marne).bien à vous ;.jeannot 52100

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  4. Daniel LAVERTY dit :

    Merci Monsieur Gaudin pour tout ce travail de recherches que vous avez bien voulu partager.
    Merci encore

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