Le tunnel du Cornillet

20 mai 1917  Le général NIVELLE devant l’échèque du Chemin des Dames vient d’être remplacé par le général PETAIN à la tête des Armées Françaises; le général FOCH est nommé chef d’état-major général auprès du ministre.

Des nouvelles du front : D’après un prisonnier allemand, sous le Mont Cornillet se trouve un tunnel dont on parle depuis quelques temps et qui soustrait leur armée à nos tirs. Son interrogatoire nous apporte de nouvelles précisions.

Moronvillers Cornillet soldats allemands prisonniers

Prisonniers allemands du Cornillet

    Il est constitué de trois galeries parallèles de presque cent mètres de long, elles mènent horizontalement à l’intérieur de ce mont escarpé et ne sont pas revêtues de boiserie mais de troncs d’arbre de la taille d’un homme. Un certain nombre de galeries transversales relient des galeries principales et il faut y avoir habité un certain temps avant de s’y reconnaître. Plus on est éloigné de l’entrée, plus la couche de craie qui couvre est épaisse. La garnison de la galerie compte à peu près 600 hommes, 2 compagnies d’infanterie, 2 compagnie de mitrailleurs, deux compagnies de pionniers, 2 états-majors de bataillon. Une salle qui peut contenir environ 50 blessés, une salle pour les pansements et un dortoir.

     Les hommes de la troupe dans les couloirs ont des bougies, la galerie est fortement occupée dans la journée et seule une faible garnison est postée en haut sur le mont, l’air est tellement vicié vers le soir que les lumières brûlent à peine. Lors de la nuit, la provision en oxygène se renouvelle, en particulier grâce à plusieurs bouches d’aération qui remonte à travers 18 m de craie.

Monronvilliers plan section tunnel

Nous cherchons depuis quelques jours à détruire les entrées du tunnel. Leur aviation est peu présente ce qui laisse à la notre tout le loisir de régler les tirs des grosses pièce d’artillerie de 400mm positionnées à Mourmelon.

Leur première ligne en haut sur le mont passe des sales nuits, on les gâte de grenades à gaz.

Témoignage du M.D.L./ chef Léon ORSANI à la 16e batterie du 6e R.A. à pied en bas du Cornillet

20 mai : Le bombardement est tel que l’ennemi évacue, en partie, ses positions bouleversées et que le nombre des déserteurs ou des fuyards devient important:  » Poursuivant nos tirs sur le sommet du Cornillet, au milieu du fracas et du tumulte, nous vîmes arriver deux sergents du 2e Zouaves qui nous annoncèrent le tremblement de terre dans l’intérieur du Cornillet. Ils nous assurent que c’était un de nos obus qui avait éclaté dans l’intérieur du Tunnel. La fumée opaque sortait de trois bouches: celle du sommet et deux latérales. Le Cornillet était enveloppé d’un nuage gris très odorant. Les Allemands s’enfuyaient de la sortie nord en demandant des secours « 

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La révolte gronde

13 mai 1917 Les nouvelles du front :    Cela fait presque un mois que notre attaque est commencée,  nous tenons toujours les monts du massif de Moronvilliers. La crête est pilonnée sans cesse, les contre-attaques allemandes sont nombreuses.

Compte rendu de l’attaque du 4 mai, « le 70e R.I. gravit les pentes du MONT-BLOND dont il occupe le sommet. Il est arrêté sur la contre-pente de l’autre coté par des feux venant du MONT-HAUT, il est rejeté sur ses positions. C’est un nouvel échec dû à la puissante organisation du terrain au MONT-CORNILLET, où le fameux tunnel met à l’abri des coups de l’artillerie une importante garnison qui ne sort pour occuper ses positions de combat qu’au moment où nos troupes partent à l’assaut. Nos pertes sont sévères: 14 officiers, 719 hommes. Nous avons fait 160 prisonniers, dont 6 officiers. »

Moronvilliers cornillet cote ouest

Arthur VIEVILLE blessé à Aubérive le 10 mai vient de décéder, il laisse une veuve et deux orphelins, il a reçu la Croix de guerre à titre posthume avec la citation à l’ordre de la Brigade «  Brancardier brave et dévoué ; après s’être dépensé sans compter pendant les journées de mai, a été atteint très grièvement par un éclat d’obus en transportant un blessé dans une zone très battue. Décédé des suites de ses blessures »

De notre correspondant André JACQUART natif de Sommepy du 94eRI

     A Pévy, près Jonchery-sur-Vesle, 18 soldats sont amenés de divers régiments, Ils ont refusé de remonter au secteur, après le massacre du 16 avril (35000 morts). Un gendarme garde la porte du poste de police jour et nuit. Un matin, un gendarme apporte le café à ces prisonniers, ils ne sont plus là, 17 sont partis par un trou fait dans un mur pendant la nuit, un seul n’avait pas voulu partir.

De Eugénie JAYEN à Saint-Memmie,

     Des révoltent ont lieu en gare de Châlons sur les quais, lorsque les soldats débarquent, les gendarmes ont du mal à les contenir et à les faire rentrer dans le rang.

     A Mourmelons-le-grand au camp c’est la même situation, des groupes de soldats manifestent et se révoltent.

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     Dans le corps expéditionnaire russe, c’est la même chose les régiments qui ont payés un lourd tribu au Cavaliers de Courcy au nord de Reims sont retirés du front et envoyés au camp de Neufchateau dans les Vosges  et à Baye dans la Marne où ils défilent le 1er mai en chantant La Marseillaise en ayant inscrit sur les drapeaux « SOCIALISME, LIBERTÉ, ÉGALITÉ ».

De notre correspondant le Zouave Louis Bac:

Nous apprenons avec stupeur que des régiments se sont mutinés, ont jeté leurs armes et refusé de monter en ligne! Un morne découragement et une lourde angoisse présent sur les cœurs: serons-nous vaincus malgré les pertes immenses subies, les efforts surhumains dépensés, les bonnes volontés gaspillées?

Que se passe-t-il, la guerre est-elle en train de basculer, est-ce la fin ?

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Les Allemands ne lâchent rien

28 avril 1917 Les nouvelles du front :    Cela fait 11 jours que notre attaque est en route, nous n’avançons plus mais tenons toujours les monts du massif de Mornvilliers.

Ernest MINON et Georges FOLLIAS viennent d’être blessés il y a deux jours au Mont Haut (massif de Mornvilliers).

 

Le Zouave Louis Bac du 8e Zouave nous raconte la journée du 19:

 19 avril : la contre-attaque allemande

     La fusillade s’amplifie, les grenades éclatent, et l’artillerie allemande arrose copieusement nos lignes. Que se passe-t-il ? C’est probablement une contre-attaque de l’ennemi qui cherche à reprendre le Mont Sans Nom.

     Nous ne tardons pas à voir à cent mètres à notre droite des Zouaves refluer, les uns blessés, les autres en combattant : ce sont les 6ème et 9ème compagnies qui ont fléchi sous le choc du 108ème régiment des chasseurs saxons.

     Ces deux compagnies se replient dans la tranchée de Berthmann-Holveg, bientôt suivies par les fritz qui débouchent des maigres boqueteaux et avancent en vagues successives et sans cesse grossissantes.

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 Léon Broquet – Les Marquises –

   Le sergent Moessart, un Breton ou Morbihan qui ne se démonte pas, nous ordonne le feu avec la mitrailleuse Maxime récupérée à l’ennemi. Nous les arrosons copieusement en exécutant un tir fauchant auquel ils ne s’attendaient pas, car ils reconnaissent aisément au bruit que c’est leur matériel qui leur tire dessus ! Nos Saint-Etienne ne chôment pas non plus. L’ennemi se couche, se redresse, fait de nouveaux bons en avant, ce pendant que son artillerie écrase la tranchée occupée par les nôtres.

     Les deux pièces Maxim tirent sans désemparer trois bandes chacune (en tout 1500 cartouches). Nous sommes en plein terrain découvert, un ou deux obus de 37 mettraient toute la section hors combat.

     Nous songeons à nous replier vers la batterie située derrière nous, qui nous offrira un abri et où nous pourrons nous mettre en position pour le cas probable où l’attaque ennemie s’étendrait sur nos devants. Il nous reste encore 1000 cartouches par pièce ; il nous les faudra si l’assaillant s’acharne à vouloir nous reprendre cet incomparable observatoire qu’est le Mont Sans Nom.

     Mais notre barrage d’artillerie bientôt déclenché est mal réglé : 75, 105 et gros noirs s’abattent sur la tranchée de Bethmann que nos artilleurs croient occupée par l’ennemi. Nous entendons les grosses marmites arriver en ronflant et s’écraser à quelques dizaines de mètre derrière nous. Que le tir soit allongé et nous serons broyés sans rémission ! Le Commandant Durant ne peut obtenir les rectifications qu’il demande : les lignes téléphoniques sont rompues, les agents de liaison sont fauchés avant d’avoir rempli leur mission, et les fusées rendues invisibles dans le ciel pluvieux et chargé de fumée. Il menace de brûler la cervelle à l’Officier d’artillerie qui l’accompagne pour le réglage du tir mais qui n’en peut plus.

     A 200 m à notre droite la tranchée de Bethmann est prise par l’ennemi qui la dépasse aussitôt et cherche à s’enfoncer comme un coin entre le 8ème Zouaves et le 7ème Tirailleurs. La 6ème Compagnie est en partie anéantie ; ses trois Officiers sont tués ou blessés. J’apprendrai plus tard la mort de plusieurs de mes anciens camarades de la 15ème Escouade.

     Les Allemands ont essuyé de lourdes pertes ; ils ont été arrêtés dans leur avance par notre résistance et par les deux artilleries qui, une fois de plus fraternellement mêlées, les ont écrasés aussitôt leur objectif atteint. Contre-attaques par le 2ème Bataillon, ils se retirent peu à peu dans les bois, en disputant le terrain pied à pied. A la tombée de la nuit notre ligne du 18 est rétablie, sauf une batterie que les nôtres ne parviennent pas à reprendre.

     Le vacarme peu à peu diminue ; nos 155 se sont enfin tus et nous permettent de regagner la tranchée éboulée où nous nous sentons plus en sécurité qu’en terrain découvert. Mais nous ouvrons l’oeil, car une nouvelle attaque est toujours possible.

     A la nuit tombante je vais faire une rapide incursion sur les lieux du combat : tranchée détruite, cadavres français et allemands, armements et équipements de toutes sortes, des Zouaves terreux et hagards, des prisonniers blessés qui implorent secours ; et, planant sur le tout, cette odeur de terre remuée et de poudre particulière aux champs de bataille.

     Sur notre gauche, à moins d’un kilomètre, de violentes attaques et contre-attaques se déroulent dans le secteur des monts voisins, Casque et blond tenu par le 17ème Corps.

     Vers minuit nous sommes relevés.

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Un part, deux arrivent

23 avril 1917 Les nouvelles du front :    Nous venons d’apprendre la mort d’Iréné SENART le 17 avril à l’ambulance de Vauxtin près du chemin des Dames. Il laisse une veuve et un orphelin.

     Il reçoit la citation suivante à l’ordre du 29e B.C.P. « Chargé d’établir la liaison avec une unité voisine sur un terrain battu par les feux d’artillerie et de mitrailleuses, a fait preuve du plus grand mépris du danger. Blessé, mortellement au cour de sa mission. Chasseur très méritant, au front depuis le début de la campagne »

     Il a reçu la Croix de Guerre et la Médaille Militaire à titre posthume.

     Remi GERARDIN et Etienne JULLION viennent d’être incorporés au 165e RI, ils sont la relève, un part deux arrivent.

      Nous commençons à avoir des nouvelles des combats qui se sont déroulés.

     L’attaque du chemin des Dames dans est un échec, mais on essaie toujours de percer, les régiments fondent comme neige au soleil.

Moronvilliers plan coupe tunnel

      De notre coté c’est une demi victoire pour l’instant, le 17 avril au soir toutes les crêtes du massif de Moronvilliers sont à nous mais on ne peut déboucher de l’autre coté, nous somme écrasé par leur artillerie. Les Allemands ont construit des tunnels sous chacun des monts, ils mènent sans cesse des contre-attaques depuis ces refuges dissimulés et protégés des bombes ; mais nous tenons bon.

moronvilliers puit d acces au tunnel.jpg

    On a fusillé la semaine dernière le soldat Alfred SINN à Mourmelon le petit pour abandon de poste.

De notre correspondant Camille VILAIN, téléphoniste du 1e R.A.C

17 avril, à 4 h 45 : Un commandement à mi-voix: « En avant! … » Des formes qui bondissent! La première vague s’élance. Il fait encore nuit, sur un fond de sourde rumeur, il y a comme un silence, un grand silence impressionnant. Combien dure-t-il? Puis c’est brutalement le tonnerre des obus, le fracas d’un barrage s’amplifiant jusqu’au paroxysme et couvrant l’aboi des mitrailleuses.

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     D’un coup, tout tremble, tout flambe. De partout jaillissent les fusées, en groupes, en lignes, en bouquets: vertes et rouges chez l’ennemi, blanches dans nos lignes. Des grappes de chenilles lumineuses éclairent un paysage d’apocalypse où, dans l’aube blafarde, roulent de gros nuages noirs. La neige, en flocons serrés, commence à tomber. Sans arrêt, autour de nous, les obus s’abattent, des trous se creusent, des hommes tombent. De tous côtés les balles sifflent, claquent, si nombreuses qu’elles semblent venir de partout à la fois. Des blessés couverts de boue et de sang, hurlant de souffrance, cherchent les postes de secours. Des prisonniers passent, ils se couchent dans la boue à chaque obus .

De notre correspondant Julien Poulhès du 4e Génie

18 avril: Je rentre de permission, c’est pour dire que j’ai le cafard.

     Je viens de rencontrer un lieutenant, il me dit :  » tu rentres de permission et bien tu as du courage, moi j’y serais resté.

     Les deux premières sections de la compagnie ont été en première ligne le jour de l’attaque. Ils me montrent les trophées qu’ils ont rapportés des tranchées boches: poignards, revolver, ceinturons etc. La troisième section y était hier et aujourd’hui c’est la  quatrième, la mienne.

     On me dit que j’ai de la chance. La compagnie a beaucoup souffert des gaz, beaucoup d’hommes ont du être évacués, à Mourmelon le petit le canon fait rage. 

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L’heure H

17 avril : De notre correspondant le docteur H… à l’H.O.E de Suippes

      Le canon n’a pas cessé de roucouler mais ce matin vers 4 h. j’ai entendu une canonnade comme de ma vie je n’en avais connu de pareille. Un frisson de malaise et de satisfaction m’a tenu longtemps. Au QG on annonce qu’à l’ouest de Reims on a fait 10000 prisonniers. Des spahis passent sur la route. On aurait pris les fameuses buttes de Moronvillers vers 9 heures. Ce soir le canon est plus calme.

Moronvilliers le Cornillet trou dobus

      Notre corps d’armée est entré hier en danse, magnifiquement. La 24e s’est illustrée sur Aubérive. Les marocains ont fait des merveilles sur la gauche, mais qu’est-ce qu’ils ont comme pertes !  28 tanks sur 50 démolis. Ce soir, objectif à atteindre, Ste Marie à Py.

  Le Zouave Louis Bac du 8e Zouave nous fait parvenir ces quelques lignes

      On nous distribue les vivres d’attaque : chaque homme reçoit 2 boites de singe, 8 barres de chocolat, 6 biscuits, une boule de pain, une boite de sardines, un morceau de gruyère, un demi-quart de gnôle et un litre de vin. Nous voilà partis pour deux jours au moins, et en utilisant les vivres des morts et des blessés nous ne risquons pas cette fois de connaître les affres de la faim !

     A la tombée de la nuit, sous un mélange de pluie et de neige, nous prenons la direction des lignes. La marche est longue et pénible dans les boyaux boueux. Nous arrivons vers minuit, suants et fourbus, à la parallèle de départ et où nous attendons l’heure H, blottis l’un contre l’autre, sans appréhension certes car nous en avons vu d’autres, mais bientôt transis par la pluie et le froid.

     L’attaque aura lieu à 4 H 45. Nous venons de boire la gnôle qui nous donnera du cœur au ventre pour franchir les barbelés et pénétrer dans les lignes ennemies. Mais ce breuvage éthéré est quelquefois trompeur, et le caporal Thinaud, de la Compagnie, d’ordinaire très calme, se met soudain à brailler et à gesticuler ; il jette son casque et se coiffe d’un des sacs à terre que nous portons dans le barda ! Il est complètement ivre ! D’autres manifestent une agitation inaccoutumée. Tous se sentent gaillards pour aller de l’avant.

Perthes Flameng prise de la 1ere tranchee allemande devant Perthes 9 h 30 25 sept 15

     A l’heure dite et à la faveur des dernières ombres la 6ème Compagnie bondit hors des parallèles de départ et se rue sur l’ennemi. Elle doit enlever la côte 181, puis le Mont sans Nom.

     La progression est lente et pénible sur ce terrain bouleversé, hérissé de barbelés creusé de tranchées et de boyaux que la nuit noire nous empêche de distinguer. Les mitrailleurs , qui sommes chargés comme des mulets, n’en finissons pas de nous accrocher, de trébucher, de glisser, de rouler au sol et de nous relever avec des grognements et des jurons.

     Les boches, surpris mais coriaces comme à l’ordinaire, nous accueillent avec grenades et des tirs de mitrailleuses qu’ils ne peuvent heureusement pas régler de façon   bien efficace. Leur défense courageuse est sporadique et désordonnée. Le flot les submerge, et bientôt leur artillerie sera seule en action. Des ombres se dirigèrent l’arrière : Ce sont nos blessés et les prisonniers qui pêle-mêle prennent la direction des anciennes lignes.

     Le premier mamelon dépassé, nous descendons   dans une vallée que les Allemands appelaient l’Hexen-Weg, où les 1ères lueurs du jour viennent faciliter notre avance.   C’est bien le tableau classique des champs de bataille : cadavres, sapes effondrées, boyaux détruits, armements et équipements jonchant le sol bouleversé et partout cette odeur de boche que nous connaissons bien et que nous retrouvons tous les secteurs d’attaque !

     Vigoureusement entraînée par l’énergique Lieutenant Million   qui la commande comme à la manœuvre, la 6ème atteint bientôt ses objectifs et à 7 H elle enlève, au delà du Mont, la tranchée Bethmann-Holweg, plusieurs batteries de 77 et une batterie d’obusiers de 105 ; puis elle pénètre dans les bois en direction de Moronvilliers.

     Les pertes sont relativement faibles, quoique elle ait à déplorer, dès le début l’action, la mort de Pernette, l’as et l’entraîneur de la Compagnie, l’invulnérable qui depuis août 1914 a été sans une égratignure de tous les combats, de toutes les patrouilles de tous les coups de main, et qui en abordant la 1ère ligne ennemie a eu la tête déchiqueté par une grenade. Marié depuis quelques mois à peine, son alliance a tenté un salaud, pour l’enlever plus rapidement n’a pas hésité à lui couper le doigt. Et c’est ainsi que le meilleur soldat de la Compagnie, qui venait de trouver une mort glorieuse, connu l’infâme mutilation pour une sordide question de gros sous !

 

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Nous sommes chargés comme des mulets

16 avril  Les nouvelles du front :

      Ca y est une attaque d’envergure vient de se déclencher sur le chemin des Dames dans l’Aisne à l’Ouest de Reims. De notre coté, c’est l’attente ; sur les 18 km d’un front d’attaque en face du Massif de Moronilliers on trouve 1 600 canons répartis en 47 batteries de tranchées, 75 batteries de campagne, 78 batteries d’artillerie lourde courte, 44 batteries d’artillerie lourde longue et 4 canonnières fluviales sur le canal de Vaudemange. Le nouveau groupe d’artillerie d’assaut composé de 3 groupes de 16 chars va pour la première fois être utilisé, on dit qu’il va semer la terreur   dans les rangs ennemis.

Les Monts de Champagne relief

Massif de Moronvilliers

De notre correspondant Camille VILAIN, téléphoniste du 1e R.A.C

    Trois fausses attaques viennent d’avoir lieu face au massif de Moronvilliers. La riposte ennemie est d’intensité médiocre.

     Ce matin à 10h départ pour les premières lignes, nous sommes chargés comme des mulets: 4 musettes, 2 boules de pain, 2 boîtes de sardines, 28 tablettes de chocolat, 1 bidon, etc. Je reçois en plus, 1 projecteur, 1 téléphone, 1 bobine de fil, sans parler des armes et des munitions.

     Nous nous glissons en plaine par paquets de 3 ou 4 hommes. Un détour par les bois pour éviter la vue de l’ennemi, puis, des marais où l’on enfonce jusqu’au mollet. Enfin, dans un bosquet de sapins, voici le P.C. Square. Nous suivons le boyau 3, pour arriver au P.C. Bonaparte, puis au P.C. Donnaut, colonel du 27e R.I. Il pleut. Me voici en première ligne pour installer tout un réseau téléphonique  » .

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Les canons entrent dans la danse

13 avril : De notre correspondant le docteur H… à l’H.O.E de Suippes

      Toutes les crêtes du Mont sans Nom, de Moronvillers, d’Aubérive, de Souain, ne sont que des sortes de cratères vomissant feu et flamme nuit et jour. Les grosses pièces de marine à côté de nous jouent la grosse caisse. Du bout du parc nous suivons les éclatements multipliés à l’infini.

      9 saucisses allemandes, 11 françaises. La nôtre vient d’être descendue par un avion boche. L’observateur a pu se servir de son parachute. Le canon n’arrête pas depuis 5 jours. On comptait ce soir dans le rouge du couchant 25 saucisses !

      Nous avons vu tomber un avion ennemi attaqué par 2 des nôtres, 3 de nos aviateurs ne seraient pas rentrés hier. Toutes les crêtes devant nous semblent remuées par des mouvements sismiques et dans la nuit les gerbes de fumée se sont transformées en une raie lumineuse hachée par des éclairs innombrables.

   Souain stereo 49Fi0877 canon

      J’ai passé une nuit avec l’illusion d’être dans une cabine de bateau : mon lit de camp était balancé par les lourdes rafales du canon qui a jet continue secouaient nos cabanes.

De Camille VILAIN, téléphoniste du 1e R.A.C.

      Trois fausses attaques sont prévues pour demain et après demain. La riposte ennemie est d’intensité médiocre. 

De Robert MITAULT

    La préparation d’artillerie proprement dite est commencée; les trois batteries du groupe tirent en moyenne 11000 coups par jour. Le très mauvais temps avec neige contrarie l’observation. Nous entendons les batteries lourdes tirer depuis la Montagne de Reims ou le camp de Châlons, y compris ALVF et ALGP  » . 

 

 

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