Noël en famille

26 décembre : Noël

De notre jeune correspondant Jean Francart de Saint-Rémy-sur-Bussy

     A la veillée de Noël, la messe de minuit eut cette année un éclat particulier, si la ferveur fut grande, les esprits étaient inquiets car nous entendions le canon gronder sur le front. Le jour de Noël à la messe du jour il y a eu une affluence jamais égalée. Un régiment d’infanterie du 1er corps d’armée recrutement de Lille se trouve cantonné à Saint-Rémy. L’église, en plus des civils, a été littéralement envahie par ces gars du Nord, tous les bancs, toutes les allées furent remplies par des soldats debout et très serrés. Les chants étaient organisés par des aumôniers et repris en chœur par les paroissiens et les soldats, ce fut impressionnant de piété et de ferveur, pour moi cette messe de Noël restera inoubliable.

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     Malheureusement une partie de ces soldats ont été victimes dans la nuit du 22 décembre d’un incendie qui a tout détruit. Le feu a pris dans la grange à cause d’une imprudence.

     Les hommes obligés de coucher dans la paille sur les tas de récoltes n’ont pour s’éclairer la nuit que des bougies qu’ils posent dans des goulots de bouteilles sur un rebord ou dans un trou du mur. Ce soir-là il arriva qu’une bougie toute allumée tomba entre deux tas, la paille prit feu, tout fut embrasé d’un seul coup. Les soldats couchés, n’ont eu que le temps de se sauver sans rien emporter, ils se retrouvèrent dehors ayant tout perdu, vêtements, argent, souvenirs de famille et plus grave les colis de Noël qu’ils avaient reçus de leur famille.

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     Ils se réfugièrent dans le reste du village, nous en avons eu plusieurs chez nous, un grand mouvement de solidarité s’est organisé en leur faveur, les civils les reçurent chez eux dans la famille pour passer les fêtes de Noël. De leur côté, les autres soldats partagèrent avec eux leurs colis de Noël et ils en furent tout réconfortés.

Tiré de: Histoire du village de Saint-Rémy-sur-Bussy, pendant  la guerre de 1914-1918 et au-delà de Jean FRANCART

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Le Tunnel

10 décembre 1917 : La guerre continue avec son lot de victimes quotidiennes, la routine. La guerre se résume en coups de main pour faire des prisonniers pour le renseignement. On creuse, on se barricade, on aménage, on se protège.

De notre correspondant le sapeur Julien Poulhès du 3eme Génie à la Main de Massiges

     Depuis le 11 Juin, nous avons commencer un tunnel du pied de la Main au sommet, à 1 kilomètre des lignes. Ce tunnel doit aboutir presque en première ligne et servir pour les relèves, les corvées de soupe ou de matériel. Il remplacera les boyaux qui passent au-dessus de la butte. Ce sera bien toujours un travail de mineur mais tout de même plus intéressant que de creuser des mines. Et puis ce tunnel pourra peut être épargner  quelques vies humaines.

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     En temps ordinaire nous aurions trouvé ce travail pénible mais en venant de la pose des fils de fer en première ligne, on se trouve bien ici. On travail avec goût et on fait beaucoup de travail. Nous avons commencé deux tunnels à la fois, un au Fer de Lance et l’autre au pouce de la Main de Massiges . Dans chacun des tunnels, nous avons installé des moteurs qui fournissent l’électricité et l’air comprimé. Nous avons donc l’éclairage et des perforeuses électriques et à air comprimé. Dans l’un d’eux, qui est en ligne droite, nous avons un treuil électrique qui tire les wagonnets de terre. Pour le moment c’est moi qui suit à la commande du treuil. Les tunnels ont 2 mètres de larges et 2,10 mètres de haut. Nous avançons d’un mètre à chaque séance de travail et il y à trois équipes de travail sur 24 heures.

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Depuis que le régime des permissions est réglementé on se sent beaucoup mieux, je suis parti 10 jours au mois d’aout en prenant le train à Somme Tourbe et je vais repartir pour la même duré.

     Malgré tous les camouflages, les boches se sont aperçus qu’il y avait des tas de terre à l’entrée des tunnels et ils se sont mis à les bombarder. Pour le camoufler, on se sert de larges grillages métalliques sur lesquels on a épingle de l’herbe artificielle. Hier un obus nous a cassé plusieurs cadres à l’entrée du tunnel, il a fallu des remplacer. Mon treuil qui était un peu en dehors du tunnel est détruit.

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Le ventilateur

     Si c’est nous qui finissons le tunnel, ce qui ne serait pas étonnant, nous sommes bien là pour tout l’hiver. Aussi, nous avons aménagé nos cagnas le plus confortablement possible. Nous avons planches et poutrelles à notre disposition pour coffrer le tunnel. Il est possible d’en soustraire pour notre aménagement. Nous nous sommes donc mis à l’abri des courants d’air. Avec de gros tuyaux de ventilateurs, nous avons fabriqué des poêles. Certaines cagnas ressemblent à de petits salons si ce n’était les lits superposés. Un des grands avantages que nous avons sur l’infanterie c’est de changer moins souvent de place.

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Le train d’artillerie

25 novembre 1917 De notre jeune correspondant Jean Francart de Saint-Rémy-sur-Bussy

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     Depuis la gare de Tremblay, le génie militaire a construit quatre lignes de chemins de fer en épis dans la direction sud-nord, des unités d’artillerie lourde sur voie ferrée sont venues prendre position à cet endroit avec de très grosses pièces à longue portée montées sur des wagons très solides et aménagés pour. Au moment du tir, ces wagons reposent sur de puissants vérins pour atténuer le choc au départ. Au début, ces pièces étaient servies par des soldats français. Ils furent relevés peut après par des soldats portugais qui sont venus avec tout leur matériel.

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     Les aviateurs allemands ont pris la mauvaise habitude de survoler le village et ses environs pour repérer et à l’occasion jeter quelques bombes. Pour protéger le village et les installations très importantes sur le territoire, six pièces d’artillerie de soixante-quinze furent transformées en batteries aériennes, deux dans la butte de la Tomme qui en est très dégradée, deux au sommet de la Blanche Voie et deux autres au Mont des Temps. Pour installer ces pièces, six trous en forme d’entonnoirs ont été creusés, un pivot très solide fut enfoncé dans le fond de chaque trou.

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     La pièce posée sur ce pivot, le tube dirigé vers le haut, elle ont la faculté de pouvoir tirer tous azimuts. Pour permettre le déplacement aisé du tireur et des chargeurs, un plancher est posé entre le pivot et le bord du trou. A la vue d’un ou plusieurs avions ennemis, l’officier de tir donne ses ordres mais en réalité chaque pièce est réglée par la vue du pointeur, leur tir n’a qu’un effet dissuasif parce que les coups au but sont rares et qu’ils sont l’effet du hasard, mais malgré tout, pris dans le feu de plusieurs pièces, les avions ennemis n’insistent pas et disparaissent. Ce qui est le plus dangereux, c’est que les éclats retombent sur le sol, il est plus prudent de se mettre à l’abri. Les cultivateurs dans les champs n’ont rien pour se protéger. Depuis le début de la guerre, les raids de l’aviation allemande s’accentuent, les bombes transportées deviennent de plus en plus lourdes et plus dangereuses. Une sape profonde réalisée en dessous de la mairie est destinée à servir de refuge pour les enfants de l’école en cas de bombardements. Pour permettre à l’état-major de communiquer avec tous les secteurs du front, une drague à godets vint ouvrir une tranchée de Saint-Rémy au nord de Somme-Suippe dans laquelle de nombreuses lignes téléphoniques sont enfermées dans des gaines de plomb.

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 Tiré de: Histoire du village de Saint-Rémy-sur-Bussy, pendant  la guerre de 1914-1918 et au-delà de Jean FRANCART
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Les noirs sont au village

28 octobre 1917 : Les nouvelles du front . Nous faisons des coups de main par incursion chez l’ennemi. Ce dernier semble avoir renoncé à faire une grande attaque. Notre artillerie recherche les dépôts de   récipients à gaz allemands pour les détruire. Sinon, le front est calme.

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 De notre jeune correspondant Jean Francart de Saint-Rémy-sur-Bussy

      Avant la guerre nous n’avions jamais vu de noirs. Ce mois d’octobre un bataillon de Sénégalais est venu cantonner au village, ces gens viennent de nos colonies de l’Afrique occidentale. On raconte qu’ils ont une tête coupée dans la musette ou un collier d’oreilles autour du cou et qu’ils ne veulent pas s’en séparer, les Allemands d’ailleurs ont très peur. Mais en réalité, ce sont de grands enfants insouciants qui manifestaient leur joie de vivre en riant de tout cœur, au milieu de ces hommes, nous nous sentons en parfaite sécurité à condition de ménager leur susceptibilité. Ils sont soit combattants, soit terrassiers, le plus souvent les deux à la fois. Ceux là sont employés comme terrassiers dans les travaux entrepris sur le territoire.

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     Ces gens sont en partie musulmans et tous les soirs avant le coucher du soleil, ils se rendent au nord de la rivière devant le calvaire et à genoux sur leur tapis de prière, face à la Mecque, ils psalmodient leurs prières en se prosternant, en se levant. Le lieu de la prière est sacré, si des roumis viennent à passer par-là, des sentinelles les écartent et il ne fait pas bon de s’opposer à eux. Avec les autres gamins du village nous sommes à l’affût de tout ce qui est insolite, on s’est rapprochés pour les regarder et on s’est fait expulser sur le champ. Alors, nous sommes passés de l’autre côté de la rivière et cachés derrière un buisson, nous avons rigolé un bon coup en regardant leur comportement, c’était tout de même quelque chose d’inhabituel de voir des musulmans prier devant un calvaire.

 Tiré de: Histoire du village de Saint-Rémy-sur-Bussy, pendant  la guerre de 1914-1918 et au-delà de Jean FRANCART
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On manque de bras

27 août 1917 Les nouvelles du front . L’ennemi semble préparer une attaque de forte puissance et il fait de nombreuses préparations. La semaine dernière, nos tirs d’artillerie ont détruit des récipients à gaz dans la première ligne ennemie sur Souain.

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De notre jeune correspondant Jean Francart de Saint-Rémy-sur-Bussy

      A cause du manque de bras les terres loin du village restent en friche. Les cultures sont travaillées dans des proportions beaucoup moindres qu’autrefois et d’année en année de guerre les surfaces diminuent avec la population qui vieillit.

     En même temps une autre source de revenus vint à manquer: le bétail a presque disparu, décimé par perte à l’exode, par les réquisitions, par les besoins d’argent et surtout par manque de personnel pour cultiver et faire les foins. Il ne reste plus qu’une vache ou deux par ferme. Seule une ferme dirigée par une femme en a encore six ou sept.

Tiré de: Histoire du village de Saint-Rémy-sur-Bussy, pendant  la guerre de 1914-1918 et au-delà de Jean FRANCART

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Les révoltent s’apaisent

13 août 1917 Les nouvelles du front :    Les Allemands mènent toujours des attaques sur le Massif de Moronvilliers que l’on repousse, depuis le mois de juillet, ils utilisent souvent les gaz. Nous organisons de nombreux coups de main afin de ramener des prisonniers et prévenir ses projets. Le plus important a eu lieu le 3 aout part et d’autre de la ferme de Navarin   à Souain.

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Les révoltes des soldats en gare de Châlons se calment depuis que le général Pétain a pris le commandement l’Armée. Il a  augmenté du taux des permissions, maintenant les soldats ont droit   au minimum à leur trois périodes de 7 jours par an, et le retard accumulé depuis longtemps est en train de se rattraper. Les conditions de vie s’améliorent, on construit   de nombreux baraquements dans la zone arrière. Notre jeune correspondant Jean FRANCART, de SAINT-REMY-sur Bussy nous fait part de la création d’un véritable camp composé de nombreux baraquements, destinés au repos de l’infanterie à droite du Mont des Temps au lieu-dit la Tomelle. Ces baraquements bien dissimulés à l’abri des sapins donnent un peu l’impression de désordre, une chapelle en bois y est édifiée, un service y est installé pour prendre en charge l’administration du camp, un aumônier assure les offices religieux de la chapelle. Ce camp est appelé le camp Marchand, du nom d’un officier célèbre pour avoir traversé l’Afrique de l’Ouest à l’Est avec une poignée de tirailleurs sénégalais. Cet officier devenu général fut grièvement blessé à la ferme de Navarin pendant l’offensive de 1915. Un autre camp est en construction dans les sapins en haut de la Blanche Voie à droite de la route de Saint-Rémy à La Croix. Il s’appelle le camp des Bretons.

On y trouve tout le ravitaillement de qualité et on y sert du vin comme dans un bistro, mais en même temps il ne doit pas y avoir d’ivresse, sinon c’est la prison.

Ces camps sont un havre de paix, ils sont assez loin du front pour ne plus entendre le bruit du canon.

La surveillance de la gare de Châlons par la prévôté s’est renforcée et le calme est revenu.

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Les généraux Petain, Gouaud De Poundraguin, viennent de visiter les campements et le PC de Saint-Remy-sur-Bussy.

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Les cloches de Souain viennent d’être transporté à près de l’église de Saint Rémy. Elles ont assuré pendant près de deux ans le service d’alerte aux gaz sur la place du village martyre.

 

Tiré de: Histoire du village de Saint-Rémy-sur-Bussy, pendant  la guerre de 1914-1918 et au-delà de Jean FRANCART

 

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On arrive à vivre

23 juillet 1917 Les nouvelles du front :    On se bat toujours sur le massif de Moronvilliers, mais la bataille s’essouffle et les combats sont stériles.

Jules SENART du 6e Cuirassier vient d’être blessé près de Reims le 17 juillet.

On a fusillé deux soldats il y a trois semaines à l’Epine  : HATRON Gustave dit Maréchal Gaston du 23e d’Infanterie et BILLOIR Camille.

Des  nouvelles notre jeune correspondant Jean FRANCART, de SAINT-REMY-sur Bussy.

      A la fin du printemps le conseil municipal considérant que la quantité de blé existant dans la commune est inférieure aux besoins de la population, a demandé à Monsieur le Préfet l’autorisation d’acheter le blé manquant soit 45 quintaux pour le faire conduire chez Messieurs Brisson frères, minotiers à Châlons-sur-Marne qui lui ont donné la quantité de farine correspondant au grain livré en fixant le prix du blé à 50 francs le quintal pour éviter la spéculation.

     La vie est dure mais nous nous en sortons. Ma mère doit entretenir huit personnes : elle-même, un oncle déjà âgé, cinq enfants, un ouvrier agricole qu’il faut nourrir et payer. Elle a plusieurs sources de revenus.

     Premièrement la vente de la récolte de 18 hectares 75 centiares soit 184 quintaux de récolte moins 17 quintaux qu’il faut garder pour la nourriture du bétail et pour les semences soit 7 227 francs.

     Deuxièmement dans l’année, elle touche 964 francs d’allocations pour quatre enfants.

     De plus de temps en temps, elle touche une indemnité pour l’occupation des bâtiments par l’armée, comme le nombre d’hommes et de chevaux est variable, l’indemnité est toujours changeante et incontrôlable mais la somme totale est peu importante.

     Les chambres occupées par les majors de l’hôpital ou par d’autres officiers sont mieux payées mais la famille est reléguée, ma mère avec ses plus jeunes enfants couchaient dans une pièce borgne sans fenêtre ni lumière, l’oncle avec les deux plus grands enfants couchaient dans le grenier sans feu malgré les courants d’air qui rendent celui-ci glacial. Pendant les hivers nous couchons presque tout habillés. L’ouvrier avec son fils couchent dans l’étable.

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     A tous ces revenus, il faut ajouter les produits de la ferme et du jardin. Avec le lait des deux vaches qui nous restent, nous avons le petit déjeuner du matin et la soupe du soir, s’il en reste ma mère confectionne des fromages blancs. Nous élevons deux porcs par an, ceux-ci sont nourris avec du seigle cuit, des pommes de terre et surtout avec les eaux grasses des cuisines roulantes. Sacrifiés au bout d’un an, ils pèsent de deux cents à deux cent vingt kilos. Ils servent à tous les repas. Le casse-croûte du matin est composé de lard froid et de fricassée restant de la veille, à midi soupe au lard avec légumes, le soir cuisine faite au lard, au saindoux et pour les hommes, le tout bien arrosé avec un litre et demi de vin. Malgré tous ses revenus ma mère pour s’en sortir doit pratiquer une économie très serrée.

     Pour les réfugiés, la situation est un peu moins bonne mais ils peuvent vivre correctement. Tous les hommes jeunes ou vieux ont trouvé du travail dans l’agriculture, une grande partie des femmes a été embauchée par l’hôpital pour le service de la buanderie. Les mères de famille tout en restant chez elles lavent pour les soldats, ce qui leur donne un complément de revenus. En supplément les réfugiés touchent une allocation plus élevée que celle qui est accordée aux femmes de mobilisés, leur situation est encore acceptable. Pour les personnes âgées il n’y a pas de problèmes, elles vivent au cœur de la famille et suivent le sort de celle-ci. Seuls quelques couples âgés ou des personnes seules sans famille, avec des ressources insuffisantes, vivent la pauvreté, mais il y a la solidarité, civils et soldats s’ingénient pour leur donner le nécessaire et quelquefois un peu plus. La vie est dure pour tout le monde mais nous avons la chance si l’on peut dire de vivre dans la zone des armées, celle-ci a la priorité pour le ravitaillement et nous pouvons en profiter par l’intermédiaire des soldats qui achètent pour nous dans leurs coopératives. Alors que dans les villes et à l’intérieur de la France, beaucoup de personnes connaissent la faim.

 Tiré de: Histoire du village de Saint-Rémy-sur-Bussy, pendant  la guerre de 1914-1918 et au-delà de Jean FRANCART
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