Les canons entrent dans la danse

13 avril : De notre correspondant le docteur H… à l’H.O.E de Suippes

      Toutes les crêtes du Mont sans Nom, de Moronvillers, d’Aubérive, de Souain, ne sont que des sortes de cratères vomissant feu et flamme nuit et jour. Les grosses pièces de marine à côté de nous jouent la grosse caisse. Du bout du parc nous suivons les éclatements multipliés à l’infini.

      9 saucisses allemandes, 11 françaises. La nôtre vient d’être descendue par un avion boche. L’observateur a pu se servir de son parachute. Le canon n’arrête pas depuis 5 jours. On comptait ce soir dans le rouge du couchant 25 saucisses !

      Nous avons vu tomber un avion ennemi attaqué par 2 des nôtres, 3 de nos aviateurs ne seraient pas rentrés hier. Toutes les crêtes devant nous semblent remuées par des mouvements sismiques et dans la nuit les gerbes de fumée se sont transformées en une raie lumineuse hachée par des éclairs innombrables.

   Souain stereo 49Fi0877 canon

      J’ai passé une nuit avec l’illusion d’être dans une cabine de bateau : mon lit de camp était balancé par les lourdes rafales du canon qui a jet continue secouaient nos cabanes.

De Camille VILAIN, téléphoniste du 1e R.A.C.

      Trois fausses attaques sont prévues pour demain et après demain. La riposte ennemie est d’intensité médiocre. 

De Robert MITAULT

    La préparation d’artillerie proprement dite est commencée; les trois batteries du groupe tirent en moyenne 11000 coups par jour. Le très mauvais temps avec neige contrarie l’observation. Nous entendons les batteries lourdes tirer depuis la Montagne de Reims ou le camp de Châlons, y compris ALVF et ALGP  » . 

 

 

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On retient son souffle

10 avril : De notre correspondant le docteur H… à l’H.O.E de Suippes

     Je crains que nous y sommes : la nuit dernière  les avions boches sont revenus. Au petit jour un roulement d’1/4 h s’est entendu vers Maison de Champagne. Depuis sur notre gauche le canon fait rage éperdument, sans arrêt. Nous voyions les lourds éclatements sur les crêtes. Le temps est affreusement sombre et le canon roule plus fort que la tempête.

     Aujourd’hui nos troupes sont alertées, mais je crois que, momentanément, nous ne serons que spectateurs de la partie qui s’engage sur notre gauche, entre Souain et Reims ?

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C’est la veillée d’arme

Lundi 9 avril : De notre correspondant le docteur H… à l’H.O.E de Suippes

      Le temps est toujours mauvais : vent, grêle, neige, pluie, boue, toute la lyre.

     Les fêtes de Pâques sont passé. Nous avons vécu sur nos réserves, sur nos souvenirs. Tout est calme. Cela sent de gros orages.

     Je viens de recevoir une note donnant des instructions sur la marche en avant. La machine est sous pression. Des avions volent la nuit. Les mitrailleuses crépitent au-dessus de nos têtes. Les boches descendent mitrailler nos baraques de très près. Ils ont fait dans la région un arrosage copieux de bombes. Rien pour nous.

     Pas un coup de canon aujourd’hui : c’est plus impressionnant que si l’on entendait quelques bruits de guerre.

86e RAL canon

 D’autres témoignages arrivent :

      Le terrain très humide oblige la confection de fagots pour circuler; on construit des circulaires de fortune, avec les moyens du bord, pour augmenter l’angle de tir des pièces de la deuxième batterie (du 37e R.A.) ; la période est dure pour le groupe de jour et de nuit, car l’artillerie ennemie ripostait de tous calibres, y compris les gaz. (Maurice LIAUTEY).

      Les batteries sont placées dans la vallée marécageuse de la Vesle et ne bénéficiaient d’aucun défilement topographique; elles sont seulement masquées par de petits boqueteaux. En raison de la nature du sol, les casemates et abris sont en élévation d’une stabilité précaire. Les ravitaillements en munitions se fait entièrement de nuit et constituent une rude épreuve, aussi bien pour les conducteurs des échelons, harcelés sur les routes par des bombardements, notamment aux points de passage obligés, que pour les servants des batteries de tir, travaillant parfois avec les masques à gaz .

      Ce 9 avril, les batteries manifestent une grande activité; objectifs: brèches dans les réseaux de barbelés. (René MESNAGER).

L’orage arrive, où va-t-il éclater, sur Maison en champagne ou vers Reims ?

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Les canons arrivent

Les nouvelles du front :   1 avril 1917 : L’ennemi exécute des coups de main presque quotidiens, principalement dans la région de la Ferme des Marquises, Prosnes, Auberive, Maisons-de-Champagne, Butte-du-Mesnil. Il est visible qu’il cherche à connaître nos intentions et qu’il redoute une offensive. Du côté français, même activité dans le but d’établir, par des prisonniers, l’ordre de bataille ennemi.

Depuis deux jours, bombardement ennemi, par obus de tous calibres et surtout obus asphyxiants, reprend contre Maisons-de-Champagne suivit d’une attaque qui réussit à s’emparer de la cote 185, des ouvrages Guerlais, mais elle échoue devant le réduit de Maisons-de-Champagne. Les Français reprennent le lendemain le terrain perdu par des combats à la grenade.

Les observateurs aériens constatent une augmentation des batteries ennemies, des drachen et des avions derrière le secteur d’Aubérive. Visiblement l’ennemi s’attend à une offensive française dans cette région.

De notre correspondant le docteur H… à l’H.O.E de Suippes

 Dimanche 1er avril : Depuis 2 ou 3 jours des rumeurs sur les opérations circulent à outrance. Il paraît que dans quelques jours, vers le 12, il faut s’attendre à des opérations importantes.

Divers canon sur rail de 370

      Des canons très lourds (305 et 340) arrivent, les 155 par centaines accompagnés d’innombrables tracteurs viennent se mettre en position. Des troupes africaines affluent sur notre village de l’arrière. Des voies pour trains blindés naissent comme par enchantement.

      Nos voisins du CVAD ne sont guère contents de voir se mettre en batterie à 200 m. d’eux, des canons transportés sur wagons à 24 roues. Gare à nos vitres !

      Nous avons causé avec un observateur de « saucisse ». Ils nous dit que de nombreux aéronefs sont prêts à prendre l’air du côté de Louvercy. A St Hilaire/ Temple parmi les escadrilles arrivées il y a celle de nombreux as (Guynemer, Madon, Casabet…)

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Le printemps ne vient toujours pas

Les nouvelles du front :   12 mars _ Grace   à l’acheminement de pièces d’artillerie nouvelles, nous avons pu faire une préparation qui a permis d’attaquer. Il y a cinq jours sous une tourmente de neige nous avons repris tout le terrain perdu le 14 février. Aujourd’hui un dernier assaut vient de consolider les positions de la Butte du Mesnil à Maison en Champagne..

  De notre correspondant le docteur H… à l’H.O.E de Suippes

 8 mars : Le canon tire furieusement, les trains blindés, le 155, des mines dans les camps font rage. On en est à 50 heures de bombardement. En attendant il neige ! L’attaque est une réussite.

  Perthes Flameng prise de la 1ere tranchee allemande devant Perthes 9 h 30 25 sept 15

 Perthes Flameng prise de la 1ere tranchée allemande devant Perthes

De notre jeune correspondant Jean FRANCART, de SAINT-REMY-sur Bussy.

      Nous ne sommes pas encore sorti de cet hiver extrêmement rigoureux et long. La vie des hommes, soldats ou civils, est très pénible. Dans les tranchées, on a été obligé d’évacuer des milliers d’hommes pour cause de pieds gelés vers les hôpitaux de l’intérieur. Cette infection est très douloureuse, longue à guérir et nécessite souvent l’amputation du pied. Le froid à été si vif que l’haleine de la respiration se gelait sur les moustaches et sur les barbes transformées en bloc de glace. Malgré tout, les combattants sont beaucoup mieux protégés pour subir le froid et la pluie que les hivers précédents, ils portent tous plusieurs chandails, un bon caleçon, la tête et le cou protégés par un passe-montagne et un cache-nez fournis par l’armée ou tricotés dans leurs familles, en plus, ils sont tous dotés d’une peau de mouton qui protège le dos et la poitrine en gardant la chaleur intérieure.

     Les familles du village sont aussi très éprouvées, obligées de vivre dans des pièces peu chauffées par une cheminée ou pas chauffées du tout en particulier dans les greniers qui ont été transformés en dortoir, notamment pour les familles d’émigrés. Heureusement que les lits sont bons, composés d’une bonne paillasse garnie de paille d’avoine, d’un matelas de plumes, de draps épais, de bonnes couvertures, d’un bon édredon rempli de plumes d’oies. Le tout entouré de grands rideaux suspendus au plafond que l’on fermait étant au lit et qui protégeaient du froid et des courants d’air. Ma grand-mère vient de succomber en contractant une congestion pulmonaire.

 Tiré de: Histoire du village de Saint-Rémy-sur-Bussy, pendant  la guerre de 1914-1918 et au-delà de Jean FRANCART
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Les combats reprennent

Les nouvelles du front :   La semaine dernière le 14/2, l’artillerie ennemie a pris à partie les régions de Vienne-le-Château, Maisons-de-Champagne et Saint-Hilaire-le-grand. Le lendemain une attaque allemande, précédée de l’explosion de quelques mines, s’est déclenchée entre Maisons-de-Champagne et La Butte-du-Mesnil. La progression ennemie s’arrête à la tombée de la nuit, devant la ligne de soutien, après avoir réalisé une avance de plus d’un kilomètre à l’intérieur de nos lignes. Au cours des combats aériens, deux avions allemands et un français sont abattus. Suite à cette attaque ennemie on déplore la perte de 1 150 hommes, dont 900 disparus.

  De notre nouveau correspondant le docteur H… à l’H.O.E de Suippes

      Jeudi 15 février : Le feu a été intense toute la nuit. Nos cabanes tremblaient comme des feuilles. Que se passe-t-il sur Souain et sur Perthes ? Ce matin le roulement est absolument continu. 2h. après-midi : des obus sifflent au-dessus de nos têtes à cadence régulière. Ils vont plus loin !

      Vendredi, un de nos avions a mis le feu a une saucisse boche. Nous l’avons vu tomber en flammes, laissant derrière elle un grand tire-bouchon de fumée très noire. Peu après un de nos avions tombe en flammes vers le camp Madelin. Un avion boche est également descendu (je n’ai pas vu tomber ce dernier).

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Dessin d’ Otto Dix – Lichtsignale –

     Samedi dans la nuit le canon faisait tellement rage sur Souain que je me suis levé. Le ciel était orageux et les canons faisaient jaillir des éclairs à jet continu. Aux nouvelles : nous aurions perdu 800m. de tranchées à un saillant entre la butte du Mesnil et Maison de Champagne. Les boches sont parvenus jusqu’aux 2e lignes qui leur ont été reprises.

      Dimanche, les boches ont enlevé le saillant de la côte 182 et une compagnie Z. (compagnie des gaz) avec ses bouteilles a été raflée.

      Pensées intimes : La douleur n’invente rien, elle ne fait que refléter des douleurs sans nombre. La vie est absurde ! Ceux qui prétendent que l’on meurt de chagrin mentent. J’ai subi dans ma vie deux épreuves : celle où j’ai vu mon frère mort, et celle-ci. On ne peut pas aimer un frère et une jeune fille autant que j’aime mon frère et une G. chérie. Je perds celle-ci pour « suivre on ne sait quel devoir » Est-ce un cri de révolte ou un mot de lassitude douloureux ? Je ne sais, je ne veux pas essayer de le savoir. L’épreuve est dure, je le sais trop. On en guérit paraît-il. Je me le souhaite très fort car je crois à la vie, à ses bonheurs, à ses satisfactions, au plaisir maladif même de ses peines. Je ne fais que répéter un moment banal de la vie des hommes qui se croient supérieurs, parce qu’ils croient raisonner.

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Il fait froid

Depuis quelques temps nous avons des nouvelles d’un nouveau correspondant le docteur H… à l’H.O.E de Suippes. (Hôpital  d’évacuation)

 

     De nombreuses troupes se concentrent, dit-on à Mailly, dans les Vosges, dans la Somme ; il a neigé. La semaine dernière l’aviateur Delorme en poursuivant un boche, l’a obligé à atterrir sur le terrain de Auve.

      La 1ere Corps d’Armée part pour Fismes. On parle de préparation intensive d’attaques dans la région de Soissons. Les trains défilent nuit et jour. On sent que Nivelle veut mener les choses rondement.

      Nous sommes dans la neige depuis 2 semaines et le froid est rigoureux. On a noté –12° au Camp.

      Le 20 janvier : Delorme s’est tué. Depuis quelques jours le canon gronde, par saccades violentes.  Ces derniers jours j’ai eu à noter, comme tout le monde, que la persistance de la vague de froid, devient de plus en plus insupportable. On se demande si tout le soleil de l’été parviendra à faire fondre la glace qui nous entoure.

      Il a encore neigé ce matin. De 8 h. du soir à minuit, des nappes chlorées planent sur la plaine et picotent nos narines. Encore un divertissement que le boches ne manquent pas de nous fournir. J’ai fait le tour du cantonnement, tout le monde est alerté et les mesures sont prises.

     J’ai été sur pied de 11h1/2 à 3h du matin pour un homme intoxiqué par les gaz. J’ai cru ne pas le tirer de cette impasse. A 3h. je me suis couché transi mais content.

      2 février: J’ai du travail en masse avec les intoxiqués de la dernière vague. Il y a paraît-il dans le secteur touché plus de 100 morts et 600 évacués. J’ai 15 malades par les gaz pour ma part.

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      3 février: Records de température : le thermomètre qui n’est gradué que jusqu’à –18°, est descendu plus bas encore à 7 h. du matin, au point que nous ne savons pas exactement jusqu’où est allé le froid. On ne s’en porte pas trop mal. Note curieuse: le pain était glacé, littéralement pétrifié.

     4 février: Depuis un mois nous sommes dans la neige et si cela continue je me demande quand elle disparaîtra. Drôle de pays ! Ce matin nous avions les œufs gelés (-20°5)

      10 février: Je reçois de longues nouvelles de chez moi aujourd’hui, en particulier une lettre m’apportant des nouvelles de Louis. Pauvre frérot, ce qu’il doit être malheureux, prisonnier en Prusse orientale par un froid pareil.

     Un de mes camarades a été enterré hier dans son abri. Après 14 h. de recherches on l’a retrouvé, mort naturellement. Un autre en allant à son enterrement, s’est fait ramassé par un obus. Il ne me restera donc plus d’amis ?

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