Des loques humaines

16 juin 1918: La famille de Marcel Salomon LEVY, 22cie, 294eRI,  secteur de Tahure, viens de nous faire parvenir sa dernière lettre.

7 octobre 1915
                                              Mes biens Chers Parents
     Ce matin, j’ai été mis en possession de ta lettre, Ma Chère Maman, te dire le plaisir que j’en ai éprouvé n’est pas facile à décrire, d’autant plus que depuis quelque temps, ton écriture a été plutôt rare. J’espère que mon griffonnage vous trouvera tous en bonne santé, quant à moi, cela va toujours aussi bien que cela peut aller.

     Depuis treize jours aujourd’hui que nous sommes sous la mitraille, je me demande comment nous ne sommes pas devenus tous fous. A part cela, la plus grande partie tout comme moi complètement abrutis, nous sommes des loques humaines et c’est avec un grand plaisir que je quitterais ces lieux où quelques-uns des nôtres sont déjà restés.

     Depuis treize jours pensez-donc, nous n’avons pas eu seulement un repas chaud, nous avons eu pas mal de boites de singe ou pour changer un peu de bouillon avec du bœuf, ¼ de vin et du café toujours froid bien entendu, les cuisines roulantes ne pouvant s’approcher trop près. Maintenant nous n’avons, autant dire pas dormi, ou quand nous avons sommeillé rompus par la fatigue, c’était pour se coucher sur la terre qui n’engendre pas beaucoup de chaleur. Pour l’instant, nous sommes en première ligne sous-bois, nous avons un meilleur temps que ces jours derniers. C’est déjà quelque chose mais les nuits à la belle étoile sont froides. Les boches, eux ne nous embêtent pas trop, ils se chargent simplement d’arrêter notre offensive dans ce coin, mais à côté de nous, à notre droite, du côté de Tahure, cela a l’air de mieux marcher.

     Depuis treize jours, nous avons remué de la terre ; sitôt que l’on arrive quelque part, tous de suite, on attrape la pelle-bêche et allez, on fait son trou, on se terre ; je vous assure que j’ai déjà remué des mètres-cube de craie depuis ces quelques jours et je souhaite de grand cœur et ardemment la fin. J’ai été mis en possession ce matin des colis que vous avez adressé ; cela m’a fait grand plaisir, rien que venant de la maison, cela a une autre saveur ; j’ai savouré le plum-cake et le fromage car c’est bien rare par ici. Nous sommes sous-bois pour l’instant.

Souain bois sabot 8-10-1915

     J’ai vu Souain il y a cinq ou six jours. Depuis le début de la guerre, je n’ai vu quelque chose de semblable, c’est effroyable. J’ai été aussi visiter le « Bois-Sabot », nulle éruption volcanique ne peut arranger dans un tel état que l’a fait la mitraille. Vous avez d’ailleurs entendu parler de ces heures par les journaux, et je vous assure que si terrible qu’ils l’aient dit, c’est en dessous de la vérité. Je vous renverrai d’ici quelques jours mon rasoir du camion qui a été démoli ou à peu près dans mon sac par l’éclatement d’un obus assez proche de moi, heureusement que je n’avais pas mon sac sur le dos à ce moment car sans quoi j’aurais pu passer une mauvaise minute. Je vous envoie aussi les restants de mon cache-nez qui a été déchiqueté avec ma musette en toile cirée et ma capote et compressé par un autre obus, mais chose heureuse quoique que ces deux obus aient éclaté à moins d’un mètre de moi, j’avais par bonheur quitté tous mes effets, et moi, je m’en suis tiré indemne.

     Maintenant, je suis habillé avec des effets pris d’un côté ou d’autre, une capote d’un blessé, une chemise que l’on m’a donné et un tas de choses dans ce genre ; enfin en prenant d’un côté et d’autre, j’arrive à me remonter et je possède à peu près tout le nécessaire aussi comme effets, à part ce que je vous ai demandé, ne m’envoyez rien pour l’instant. Vous pouvez m’envoyer jusqu’à ce que je vous fasse savoir que vous pouvez cesser un colis tous les deux ou trois jours ; pour la composition, vous vous y entendez mieux que moi ; ce que vous m’adresserez sera reçu de bon cœur. Pour le rasoir mécanique, vous vous intéresserez s’il est réparable, car c’est très pratique, mais pour voir faire un envoi, il faut que nous soyons sortis un peu de cet enfer et j’espère malgré tout en sortir .

      Je pense que papa aura pu arriver à temps pour voir Lucien et Gaston et je souhaite surtout qu’ils n’aient pas de pareilles épreuves à subir que celles que je subis depuis le 25 sept et je ne sais quand elles termineront. J’espère que Gaston de Chalons quoique mis à l’épreuve lui aussi se porte bien ; je vous assure que quoique je ne doute pas qu’il ne se plaigne avec raison, je partagerais encore bien volontiers son sort. Enfin sur ce je vais vous quitter espérant que mes pattes de mouches vous trouveront en aussi bonne santé que elles me quittent je le suis moi-même à cet instant et je charge cette missive de vous apporter à chacun les milliers de baisers que je voudrais vous porter moi-même.

     Votre fils, petit-fils, frère et oncle
                      Marcel 

hopital sedan
Marcel Levy   blessé à la fin de la bataille et  fait prisonnier  est décédé le 6 novembre 1915 des suites de cette blessure à l’hôpital militaire n°1 de Sedan.

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L’oubli

27 mai 1918 : Des nouvelles du front : Les combats dans la Somme font toujours rage.

Nous venons d’apprendre que Ovide JAUNET du 4e Zouaves à été fait prisonnier ce jour à Marquivillers dans la Somme. Il est sans doute parti pour l’Allemagne en détention dans un camp.

 De notre correspondant Louis Bac du 8e Zouaves

      De nos pauvres morts laissés sur le champ de bataille, nous n’en parlons pas.

     Il y a sans doute à cela une sorte de pudeur, un des nôtres vient-il de tomber ? Nous parlons de lui, après la relève, une ou deux fois, et c’est tout ! « Ce pauvre y est resté » ! » et nous tournons la page.

     Nous refermons-nous dans notre égoïsme ? Sommes-nous repris dans le tourbillon des marches, des corvées, des multiples occupations journalières ? Ou bien une sorte de superstition nous empêche-elle de parler de la mort, et des morts ? Je ne sais l’expliquer, mais le fait est indéniable : on oublie vite les morts, car un mort chasse l’autre.

     Il est certain d’autre part que si en secteur calme nous avons la possibilité de donner à ceux qui sont tombés une sépulture convenable, il n’en est pas de même à l’attaque où nous avons assez à faire à combattre et à nous occuper de nous-mêmes. Nous laissons les morts derrière nous ; peut-être que d’autres plus tard les enterreront. Il n’y a donc ni effusion ni attendrissement, seulement un serrement de cœur qui s’estompe vite dans ces heures dramatiques. Nous savions d’ailleurs en partant qu’il y aurait parmi nous des condamnés ; mieux valait que ce soient les autres que soi-même ! raisonnement férocement égoïste, mais que chacun de nous tient en son for intérieur !

      Si nous n’avions guère le loisir de nous apitoyer sur leur sort, du moins aurions-nous pu respecter d’avantage leurs tombes. La guerre endurcit l’homme au point de le ravaler au rang de la bête !

Souain 20 7 1916 soldat fleurissant une tombe

Soldat déposant des fleurs su la tombe d’un copain à Souain

      Mais avec le temps je pense parfois à nos morts de Champagne (Suippes, Sommes-Suippes, Souain, Ferme des Wacques, St Hilaire le Grand, Bois du Puits, Derrière le Mont Sans Nom,).

      Je me souviens des paroles de mon ami Roland Dorgelès : « Un copain de moins, c’est vite oublié, et l’on riait quand même ; mais leur souvenir, avec le temps, s’est creusé plus profond, comme un acide qui mord ».

      Non, je n’ai pas oublié les morts, et c’est souvent que le souvenir de leur fin glorieuse me revient à l’esprit.

 Extrait de Souvenir du front de Louis Bac du 8e Zouaves

 

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La grippe

     Des nouvelles du front :L’armée allemande attaque dans le Nord et dans la Somme depuis plus d’un mois, les attaques semblent faiblir.

     Mais nous venons d’apprendre que Georges FOLLIAS du 131eRI à été porté disparu le 24 avril à Hangard-en-Santerre, il a reçu à titre posthume la Croix de Guerre et la citation à l’ordre de la Division « A été blessé en portant un ordre. Bien que plusieurs de ses camarades aient été mis hors de combat en traversant un passage dangereux, s’est offert spontanément pour accomplir cette mission ».

    Et la mort d’Irénée PINART à Locres en Belgique ce 1er mai, Il avait reçu la médaille militaire avec étoile de bronze, il est décoré à titre posthume de la Médaille Militaire. Il est cité une deuxième fois à l’ordre du 96eRI « Soldat très énergique et courageux, a toujours rempli ses fonctions de brancardier avec dévouement le plus absolu, notamment aux derniers combats de la Somme ».

    Nous pensons à leurs familles et à notre village tellement meurtri.

 

Une grippe sévit dans l’armée depuis un mois on l’appelle « la grippe espagnole ».

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DES SOLDATS AMÉRICAINS VICTIMES DE LA GRIPPE ESPAGNOLE DANS UN HÔPITAL D’AIX-LES-BAINS, EN 1918

     Elle est caractérisée par une fièvre de 38° à 40°, céphalées, courbatures ; congestion de la face des conjonctives et du pharynx. La convalescence est longue et les malades présentent de nouveaux symptômes : toux de plus en plus impérieuse, pneumonies. Persistance de râles de congestion, c’est une affection épidémiologique.

     Elle décime les jeunes soldats qui sortent très affaiblit de cette épreuve, les beaux jours qui reviennent devraient la faire disparaître bientôt.

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Le brancardier

14 avril 1918 : Le 21 mars la France a failli perdre la guerre, les Allemands ont enfoncé le front de Picardie déplaçant les lignes de 60 Km jusqu’aux portes d’Amiens. C’est maintenant les mont des Flandres qui subissent la pression depuis le 9 avril nous coûtant 15km de terres françaises, jusqu’où cela va-t-il s’arrêter ?

De notre jeune correspondant Jean Francart de Saint-Rémy-sur-Bussy

      Je me souviens de l’année 1915, en six mois, du 1er juillet au 31 décembre, cinq cent quarante-deux soldats ont été conduits au cimetière militaire de Saint-Rémy. Pendant la période la plus dure qui dura environ trois semaines, ils étaient conduits au cimetière sur la fin de l’après-midi dans des ambulances qui prenaient la route de Somme-Suippe, elles coupaient à travers champs pour se rendre près des fosses. Descendus des ambulances sur un brancard, ils étaient portés et placés entre deux fosses, avec pour linceul un drap ou une toile de tente, presque toujours taché de sang.

     Le curé de la paroisse se rendait au cimetière en cortège accompagné d’un ou plusieurs aumôniers, du chantre et de deux enfants de chœur, l’un portant la croix et l’autre le bénitier. Le curé et les aumôniers bénissaient les tombes et donnaient l’absoute aux défunts. C’était impressionnant de voir tous ces jeunes hommes alignés au bord de leur tombe. Pour les descendre deux hommes prenaient le linceul un par la tête et l’autre par les pieds et ils mettaient le mort dans les bras d’un infirmier descendu dans la fosse, celui-ci était chargé de bien placer le corps dans le fond. Une compagnie de terrassiers a été chargée de creuser ces tombes qui avaient à peine un mètre trente de profondeur, il y en avait toujours une quarantaine d’avance. Après le 12 octobre, la situation étant redevenue plus calme, les morts ont été remis en bière et ils étaient passés par l’église.

broquet-brancardiers-in-memoriam

     Ici j’ouvre une parenthèse pour vous montrer une des facettes des combattants. Dans la section de brancardiers qui avait logé dans notre ferme, j’avais remarqué un homme grand et fort, un peu corpulent avec un visage rosé d’enfant, les chaussures toujours bien cirées, les habits tirés à quatre épingles, d’une grande politesse et d’un langage très raffiné, bon camarade mais différent des autres, à première vue, il ressemblait à un soldat d’opérette.

     Après douze jours, la section revint cantonner dans notre ferme, notre homme était complètement transformé, pas rasé, les habits sales et déchirés, il avait perdu vingt kilos. Les camarades qui eux aussi avaient fait plus que leur devoir, admiratifs, ne cessaient de répéter des éloges sur son compte car au péril de sa vie pendant douze jours et douze nuits, il n’avait cessé d’aller relever les blessés dans la ligne de feu sous la mitraille. Pour éviter les boyaux encombrés d’hommes qui montaient et des blessés qu’il fallait descendre, lui, il préféra les prendre sur son dos et à travers les trous d’obus, les barbelés, les tranchées éboulées, il les transportait au milieu des dangers au poste de secours, il était devenu un héros sans le savoir.

     Mais tout de suite il repris ses anciennes habitudes. Après avoir lavé ses habits, il reprisa soigneusement ses accrocs, il redevint lui-même.

Tiré de: Histoire du village de Saint-Rémy-sur-Bussy, pendant  la guerre de 1914-1918 et au-delà de Jean FRANCART
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C’est ma 7eme permission

30 mars 1918 : de notre correspondant le soldat DEVAUX du 56e RI

      Je reviens au front après une permission de 15 jours, c’est ma 7e depuis le début de la guerre. Rien de nouveaux pendant celle-ci, le civil ne pense plus du tout à la guerre, chacun a sa vie calme, travaille, gagne de l’or, entasse les bons de la défense nationale. Seules les familles qui ont encore des absents ont de l’inquiétude.

     Je retrouve ma compagnie au repos au camp « Allègre », pendant mon absence le bataillon a du subir une réaction très dure de l’ennemi à « la Galoche » qui a mis des moyens très puissants et est arrivé à reprendre le terrain gagné le 13 février dernier. J’appends la mort de plusieurs camarades.

     L’autre jour des ballonnets allemands nous ont apportés des journaux de propagande « la gazette des Ardennes » le poilu est très avide de les lire, mais tout est vite saisi par les officiers.

gazette ardenne

la Gazette des Ardennes du 11 janvier 1918 : un soldat allemand s’adresse à la Marianne française et au John Bull britannique

     C’est le départ de la division, nous traversons l’Epine pour Châlons et arrivons à Sarry, le cantonnement est bien installé, chaque homme possède sa petite couchette faite avec du grillage, une paillasse et de bonnes couvertures. C’est la première fois depuis 1914 que nous sommes aussi bien couchés. Comme distraction, un foyer du soldat créer par une société Franco-américaine est particulièrement bien installé.

     A minuit les avions ennemis viennent bombarder Châlons, les bombes tombent avec fracas, un incendie a lieu près de la gare à la Brasserie.

     Ce 25 au soir cela fait trois jours que les « Gothas » viennent bombarder et causent des incendies et des victimes, jusqu’à trois heures du matin ce n’est que ronflement de moteurs et coups de canon, les bombes éclatent sans interruption.

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     Les habitants quittent la ville, c’est l’émigration, sur la route c’est une véritable procession, des femmes portant des paquets de hardes ou des enfants en bas âge, les uns poussent des voiturettes, les plus fortunés partent en voiture, tous gagnent les villages voisins de la ville pour y chercher un refuge. Cela nous rappelle août 1914.

Extrait du journal du soldat DEVAUX du 56e RI
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Les attaques vont reprendre

18 mars 1918 :      Cela fait 1326 jours que nous sommes en guerre, 1326 jours d’exil pour les habitants de Souain qui ont du s’expatrier où ils ont pu trouver un lieu d’accueil et un nouveau travail pour vivre. 1326 jours de combat pour les 75 jeunes du village dans des conditions de vie difficile, et malheureusement à ce jour 19 d’entre eux ne reviendront jamais.

     Le printemps qui montre le bout de son nez va réveiller la bête de guerre. Nos observateurs de l’aviation nous signalent des mouvements de troupes qui ne présagent rien de bon. Les Allemands vont sans doute tirer leurs dernières cartouches avant que les Américains ne soit opérationnel, ils débarquent par milliers chaque jour dans les ports de l’atlantique. Il y en déjà plus d’un million sur le sol français et on parle de deux millions avant la fin de l’année. Les premiers arrivés en 1917 après avoir été formés, sont engagés depuis un mois en secteur calme.

 De notre correspondant Julien Poulhès du 4e Génie

      Je suis détaché à Ste Ménéhould pour faire   un gros abri bétonnés pour l’état Major, mais il ne fait pas bon vivre ici. La ville est bombardée par obus et par avions. Il y a beaucoup de civils, ils se réfugient dans les caves quand ils entendent les avions, quel affolement, c’est démoralisant! Notre escouade commande un   bataillon de   travailleurs annamites.

     L’état-major ne peut plus tenir ici, leur logement sert de cible aux obus. Ils ont changé d’habitation plusieurs fois, le lendemain le tir allemand est rectifié, il y a sûrement des espions qui communiquent quand ils veulent avec les Allemands. Le Général de corps d’armée a même eu la visière de son képi traversé par un éclat d’obus et deux officiers de sa suite ont été tués aussi va t’il déménager.

vache

     Avant de partir nous devons aller enterrer une vache qu’un obus à tué dans l’étable, qui est bien endommagée. Le vieillard propriétaire de la vache, était resté seul dans la maison d’à coté, la vache était son seul bien.

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L’Obusite

26 février 1918 :

     Edmond de retour de permission vient de nous raconter une étrange histoire. De passage à Lyon il a rendu visite à son amis Louis à l’hôpital de la ville.

     L’histoire remonte à l’année dernière près de la butte de Tahure, Edmond et Louis étaient en faction en tranchée de seconde ligne , tout semblait calme dans cette douce matinée d’automne quand un obus de gros calibre explosa près du groupe de soldats. Son amis que se trouvait à proximité fut projeté à plus de dix mètres sans une égratignure alors que d’autres furent tués ou enseveli sous un mètre de terre. La force fut si puissante que les balles de sa cartouchières furent déformées.

     Lorsque l’on releva Louis ce n’était plus le même homme, il avait un regard perdu, il était parcouru de tremblements incontrôlés, le corps tout courbé et pas moyen de le résonner.

     Ce n’est pas la première fois qu’ Edmond   voyait ce phénomène, des soldats étaient retrouvés accroupis ou plies en deux, ils ne se relevaient pas, les yeux écarquillés. Certains sont devenus muets, sourds et même aveugles sans blessure organique, seulement du fait du choc et de la peur.

     D’autres se mettaient à vomir, de manière incontrôlée. Certains étaient atteints de contractures des pieds ou des mains et d’autres avait le corps qui se tordait dans tous les sens. Et puis, comme Louis il y avait aussi les trembleurs, ceux qui ne maîtrisaient plus leurs membres. Ils tremblaient, partout et tout le temps.

      En début 1914 et 1915 un tel comportement était considéré par les autorités comme de la simulation, ils étaient renvoyé au front et certain ont même été fusillés pour abandon de pose devant l’ennemi.

     Pour voir quels sont ceux qui simulaient, les médecins utilisaient des subterfuges. Ils annonçaient aux malades qu’ils allaient être anesthésiés pour être soignés. Anesthésie au chloroforme à laquelle personne n’avait vraiment envie de passer. Ceux qui refusaient étaient menés devant le Conseil de guerre (avec le risque d’être fusillés), sauf s’ils acceptaient de retourner au front et de reprendre les armes. Les moins touchés et ceux qui sont suspectés de simuler sont renvoyés au front.

      Louis se trouve dans un service de psychiatrie   il tremble toujours de manière incontrôlé et sursaute au moindre bruit. Il a du mal à me reconnaître.

      On appelle se symptôme « l’obusite », il est soigné selon la méthode du médecin chef Clovis Vincent, par la technique du « torpillage » envoie d’électricité par séances d’électrochocs musclés, d’isolement et de menaces diverses pour provoque un choc.

     Les médecins pensent que c’est une forme d’hystérie et que les soldats sont donc curables par « contre-suggestion ». Par exemple, si le bras part vers la gauche, on le maintient vers la droite. Si le poilu tremble, il est attaché de partout.

electrochoc

     Un médecin utilise même la flagellation pour tenter de soigner les malades d’obusite. Il frappe les soldats de plus en plus fort en leur disant des phrases gentilles, aimables. C’est une façon de « casser » le cerveau. Pour que cela fonctionne, il ajoute au réchauffement extérieur fait par les gifles, un réchauffement intérieur en faisant ingurgiter de l’eau-de-vie aux Poilus.

      Edmond nous dit qu’il est ressorti de cette visite à son amis  complètement triste et dépité, de son avis, Louis ne guérira pas et finira sa vie avec les fous.

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