On fête le 14 Juillet

14 juillet : Des nouvelles de nos correspondants du 158eRI

     Pour fêter la fête nationale, nous avons eu droit à un menu particulièrement soigné, le dessert était du riz au chocolat et chacun de nous avons reçu un cigare. Mais après ce festin, nous sommes en alerte, l’attaque allemande attendue depuis quelques semaines est imminente, et qu’en conséquence, nous ne sommes pas autorisés à aller coucher, en dehors de nos heures de créneau, dans les cagnas où nous avons coutume de dormir. Nous sommes tenus de demeurer toute la nuit à nos emplacements de combat.

Du coté du 21eRI de notre correspondant le Capitaine AGOSTINI (groupe de sacrifiés)

Pour cette circonstance solennelle, « Gras-du-Nez ». notre cuistot, a dressé un menu auquel nous allons faire un sort. Qu’on en juge :

– hors d’œuvres variés,

– un rôti de veau sur purée gratinée.

– des choux-fleurs sauce béchamel,

– des confitures et des fruits de saison,

– de la tarte aux pommes,

le tout arrosé d’une rasade de « pinard », et pour terminer, un bon café parfumé d’une lampée de « gnôle ».

agostini bouteille

    Gras-du-Nez m’offre un car de pinard 

En tant que chef de popote, Blouctet nous ménagea une surprise réjouissante : il tira du sac à provision une excellente bouteille de « Cliquot-Ponsardin » qui fut accueillie par des vivats chaleureux et que l’on but à notre victoire prochaine. Il était l’objet même, celui poussé sur la terre que nous défendions.

     Il va sans dite que tout le long du festin les conversations allaient bon train, chacun tenant à placer la bonne blague tenue en réserve.

     Pour hâter la digestion, après le café et les cigares, j’ai proposé à mes invités d’aller faire un tour aux observatoires. Dix minutes plus tard, nous grimpions dans les deux tourelles dissimulées sous le feuillage.

     Nous observons le paysage, au bout de quelques temps Guyot s’écria : « j’en vois un ! ». Observant à mon tour, je finis par distinguer quelque chose comme un puceron qui se déplaçait lentement sur te sol crayeux. Continuant à scruter soigneusement cette partie du terrain, j’eus la surprise de découvrir toute rangée de points grisâtres, remuant doucement, je demandai d’urgence la présence d’un officier d’artillerie au bout du fil.

     Du fait que pour une raison ou pour une autre on avait interdit de tirer le canon, il me fallut parlementer véhémentement et aller jusqu’à menacer d’alerter le général de division en personne. Bref, ce fut un colonel qui se présenta au bout du fil.

     Après que je lui eus exposé la situation, il prit sur lui de transgresser l’ordre. Il me pria de conserver l’oreille à l’appareil et de patienter quelques instants…puis il m’adressa cet appel : « Allô ! observez…coup parti ! ».

     Avec une pointe d’impatience, je tendis l’oreille en guettant le projectile qui tardait à venir. Et je comptais : « un, deux, trois, quatre, cinq, six secondes… » Enfin un miaulement bien connu se fit entendre dans le ciel, s’amplifiant à mesure qu’il arrivait au-dessus de nous : « bzi…zi…zi…zi—ouah ! », fit-il en s’écrasant.

     Alors, moi : « Allô I… le coup a porté sur l’extrême gauche de la ligne des travailleurs…Tirez le deuxième coup un peu plus à droite, de façon à les encadrer ».

     Lui : « Allô ! observez…coup parti ! » Et le second obus de 75, à son tour, émet son miaulement dans le ciel en décrivant sa trajectoire : « bzi…zi—zi…zi…ouah ! »

     Alors moi : « Allô !…le coup a porté sur l’extrémité droite de la ligne en question…envoyez une salve entre les deux points de chute, je vous prie… »

     Lui : « Allô !…observez… la salve est partie ! », « bzi…bzi…bzi…ouah L..vrang !…boum ! »

     Oh ! l’agréable musique que font ensemble les obus de nos canons en passant au-dessus de nos observatoires. Les voici qui tombent en averse sur la butte de Souain, soulevant des geysers de poussière et de craie. C’est un sauve qui peut général parmi les « Friddins » qui s’enfuient à toutes jambes après avoir laissé bien des leurs sur le sol.

     Voyant cela, le joyeux Guyot tire cette conclusion qui nous fait beaucoup rire : « On s’en souviendra longtemps de la Fête du 14 Juillet 1918 et des pétards de 75 que l’on a tirés en son honneur ».

Tiré de Souvenirs du Colonel Agostini 21eRI
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La Compagnie Z

11 juillet : Une équipe du génie que l’on appelle la Compagnie Z est venue depuis quelques temps faire des aménagements en première ligne. Cette compagnie est spécialisée dans la manipulation des gaz de combats. Le soir ils transportent des bouteilles de gaz pour les répartir dans les tranchées tout au long du front. Les soldats sont méfiants, cohabiter avec cette menace ne les enchante pas, un obus sur une bouteille aurait des conséquences désastreuses.

gaz bouteilles

     Les coups de main sont quotidiens maintenant, chaque nuit des volontaires pénètrent chez l’ennemi pour chercher à faire des prisonniers. Ces prisonniers sont ensuite conduits à l’arrière pour être interrogés par des interprètes, il nous faut connaître qui ils sont, combien sont-ils, et quand l’attaque va-t-elle se produire.

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L’attente

8 juillet 1918 : Les Allemands renforcés de leurs divisions revenant de Russie ont réussi toutes leurs offensives du printemps créant des poches importantes sur le front. Le 21 mars sur la Somme, le 9 avril sur Armentières et le 27 mai en descendant jusqu’à Château-Thierry. Maintenant il n’y a plus de doute, ils vont tenter la même chose en Champagne avant le renforcement américain, on vient de nous lire une note du général Gouraud commandant notre IVe Armée.

attente

Ordre aux soldats français et américains de la IVe Armée

Nous pouvons être attaqués d’un moment à l’autre. Vous sentez tous que jamais bataille défensive n’aura été engagée dans des conditions plus favorables.

Nous sommes prévenus et nous sommes sur nos gardes.

Nous sommes puissamment renforcés en infanterie et en artillerie.

Vous combattrez sur un terrain que vous avez transformé par votre travail opiniâtre en forteresse redoutable, forteresse invincible, si tous les passages sont bien gardés.

Le bombardement sera terrible, vous le supporterez sans faiblir.

L’assaut sera rude, dans un nuage de poussière, de fumée et de gaz.

Mais votre position et votre armement sont formidables.

Dans vos poitrines, battent des cœurs braves et forts d’hommes libres.

Personne ne regardera en arrière, personne ne reculera d’un pas.

Chacun n’aura qu’une pensée : en tuer, en tuer beaucoup, jusqu’à ce qu’ils en aient assez.

Et c’est pourquoi votre général vous dit : Cet assaut, vous le briserez et ce sera un beau jour.

Général Henri Gouraud

 

De notre correspondant André Gapp du 158e RI secteur de Perthes-les-Hurlus

     La profondeur entre la première ligne et la ligne intermédiaire et parsemée de centres de résistance   positionnés tous les deux km. environ. Des groupes de « volontaires » l’occupent, ils ont un adjudant ou un capitaine à leur tête, des mitrailleuses une importante quantité grenades et de munitions,   des abris renforcés, un infirmier, un cuistot et de la nourriture pour plusieurs semaines. Ces hommes vivent en autonomie, coupés du reste de la troupe, nous ne devons pas avoir de contact avec eux, seul l’officier est relié par une ligne téléphonique avec l’arrière.

ouvrages

     Tous les soirs nous évacuons la première ligne au couché du soleil et retournons trois km en arrière sur notre ligne de 1914 et tous les matins avant l’aurore nous la réintégrons. La nuit les tranchée sont vides, les sous-officiers parlent sous le manteau et ne comprennent pas pourquoi on abandonne la première ligne si chèrement conquise et payée de tant de sang, on nous a toujours dit de ne pas lâcher un pouce du sol de France.

     Le terrain est laissé à ces groupes et à des sections de six ou sept hommes réparties ça et la, ils occupent la zone de contact et patrouillent toute la nuit dans le no man’s land, le matin ils regagnent la ligne à l’arrière pour se reposer.

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Le coup de main

5 juillet 1918 : Il se passe des choses, on parle ; les simples soldats que nous sommes sentent d’une manière instinctive que l’orage va arriver. Les bruit courent que les allemands se renforcent, tous leurs hommes engagés sur le front russe sont maintenant revenus face à nous. Les premiers Américains arrivés l’année dernière commencent seulement à être opérationnels, on en voit un peut partout, des unités sont arrivées à l’arrière.

Mais le compte n’y est pas encore les deux millions arrivés sur le sol français sont encore en instruction, si une attaque devait avoir lieu elle se ferait à un contre dix dans certains secteurs.1 Centre de Resistance St Souplet

   Centre de résistance

    Toute les nuits, nous partons faire des travaux pour renforcer des réseaux de fils barbelé et aménager des tranchées. Une nouvelle tactique semble se dessiner, on tapisse la profondeur entre la première ligne et la seconde de positions fortifiées disséminées ça et là on appelle cela des centres de résistance. On ne comprend pas pourquoi on ne renforce pas plutôt le front d’attaque, mais les mystères de la stratégie militaire échappent au simples exécutants que nous sommes.

     Un autre signe avant coureur, on demande des volontaires pour aller faire des coups de main chez les boches pour ramener des prisonniers.

 Voici le récit du soldat Anselme DIMIER du 22e BCA juillet 1918 _Trou Bricot_

      On demanda des volontaires pour faire une sortie. Cela voulait dire qu’on irait patrouiller devant les lignes pour trouver l’ennemi. On nous fit laisser nos papiers et découdre nos écussons, je n’étais pas très rassuré, car je savais que tout combattant ne portant pas les écussons de l’armée régulière était tenu pour franc-tireur et que nous serions fusillés sans autre forme de procès.

     A 11 heures du soir, un sac à terre enroulé sur le casque, quatre grenades « citrons » dans chaque poche, le masque « M2 » en bandoulière et un pistolet 7,65 à la main, cinq chasseurs se glissèrent en grand silence par-dessus le parapet de la tranchée, sous la conduite de l’aspirant, chef de section. Nous partîmes en rampant. Il faisait clair de lune, l’herbe était humide dans le bois, et l’on aurait glissé facilement sans les lourdes poches pleines de grenades, qui gênaient beaucoup le mouvement des jambes.

     On arriva bientôt à une levée de craie ; c’était le gros abri, il s’agissait de l’encercler pour le visiter. Nous nous approchâmes tout doucement, en rampant, avec des précautions infinies, nous arrêtant à chaque instant pour écouter, en retenant notre souffle. Nous n’étions plus qu’à quelques mètres de l’abri. Peut-être l’ennemi nous avait-il vus et nous laissait-il approcher pour nous tirer à bout portant. Nous restâmes immobiles un bon moment. Je n’entendais que les battements à tout rompre de mon cœur. Comme hébété. j’avais l’impression que nous allions à une mort certaine.

     Quand on eut encerclé le réduit, restait à en faire la visite. Il y avait deux entrées, une de chaque côté. Je fus posté à l’une, tandis que, par l’autre côté, les patrouilleurs descendaient dans l’abri. A l’entrée de l’escalier, le pistolet braqué sur le trou noir, j’attendis là quelques minutes atroces, l’oreille tendue, m’attendant à entendre la lutte s’engager au fond, et prêt à abattre à bout portant ceux qui tenteraient de s’échapper, tremblant de tous mes membres à l’idée de tuer ainsi dans cette horrible chasse au furet, Mais rien. L’abri était vide , ce fut un immense soulagement.

     Au dehors, les autres ont trouvé deux cadavres. Il faut prendre leurs armes et voir s’ils n’ont pas de papiers sur eux. Je laisse cette besogne aux autres.

     Puis on avance encore. Mais l’heure tourne, les nuits sont courtes : il faut rentrer. Nous ramenons un Mauser, un beau pistolet Para-bellum et les papiers pris sur les cadavres.

    Je ne fus pas fâché de me retrouver dans nos lignes. Je venais de vivre des heures fantastiques; et je me demandais si j’aurais jamais le courage de recommencer pareille escapade.

 Extrait de « Il y a cinquante ans en Champagne » par Meridi Malnese
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Des loques humaines

16 juin 1918: La famille de Marcel Salomon LEVY, 22cie, 294eRI,  secteur de Tahure, viens de nous faire parvenir sa dernière lettre.

7 octobre 1915
                                              Mes biens Chers Parents
     Ce matin, j’ai été mis en possession de ta lettre, Ma Chère Maman, te dire le plaisir que j’en ai éprouvé n’est pas facile à décrire, d’autant plus que depuis quelque temps, ton écriture a été plutôt rare. J’espère que mon griffonnage vous trouvera tous en bonne santé, quant à moi, cela va toujours aussi bien que cela peut aller.

     Depuis treize jours aujourd’hui que nous sommes sous la mitraille, je me demande comment nous ne sommes pas devenus tous fous. A part cela, la plus grande partie tout comme moi complètement abrutis, nous sommes des loques humaines et c’est avec un grand plaisir que je quitterais ces lieux où quelques-uns des nôtres sont déjà restés.

     Depuis treize jours pensez-donc, nous n’avons pas eu seulement un repas chaud, nous avons eu pas mal de boites de singe ou pour changer un peu de bouillon avec du bœuf, ¼ de vin et du café toujours froid bien entendu, les cuisines roulantes ne pouvant s’approcher trop près. Maintenant nous n’avons, autant dire pas dormi, ou quand nous avons sommeillé rompus par la fatigue, c’était pour se coucher sur la terre qui n’engendre pas beaucoup de chaleur. Pour l’instant, nous sommes en première ligne sous-bois, nous avons un meilleur temps que ces jours derniers. C’est déjà quelque chose mais les nuits à la belle étoile sont froides. Les boches, eux ne nous embêtent pas trop, ils se chargent simplement d’arrêter notre offensive dans ce coin, mais à côté de nous, à notre droite, du côté de Tahure, cela a l’air de mieux marcher.

     Depuis treize jours, nous avons remué de la terre ; sitôt que l’on arrive quelque part, tous de suite, on attrape la pelle-bêche et allez, on fait son trou, on se terre ; je vous assure que j’ai déjà remué des mètres-cube de craie depuis ces quelques jours et je souhaite de grand cœur et ardemment la fin. J’ai été mis en possession ce matin des colis que vous avez adressé ; cela m’a fait grand plaisir, rien que venant de la maison, cela a une autre saveur ; j’ai savouré le plum-cake et le fromage car c’est bien rare par ici. Nous sommes sous-bois pour l’instant.

Souain bois sabot 8-10-1915

     J’ai vu Souain il y a cinq ou six jours. Depuis le début de la guerre, je n’ai vu quelque chose de semblable, c’est effroyable. J’ai été aussi visiter le « Bois-Sabot », nulle éruption volcanique ne peut arranger dans un tel état que l’a fait la mitraille. Vous avez d’ailleurs entendu parler de ces heures par les journaux, et je vous assure que si terrible qu’ils l’aient dit, c’est en dessous de la vérité. Je vous renverrai d’ici quelques jours mon rasoir du camion qui a été démoli ou à peu près dans mon sac par l’éclatement d’un obus assez proche de moi, heureusement que je n’avais pas mon sac sur le dos à ce moment car sans quoi j’aurais pu passer une mauvaise minute. Je vous envoie aussi les restants de mon cache-nez qui a été déchiqueté avec ma musette en toile cirée et ma capote et compressé par un autre obus, mais chose heureuse quoique que ces deux obus aient éclaté à moins d’un mètre de moi, j’avais par bonheur quitté tous mes effets, et moi, je m’en suis tiré indemne.

     Maintenant, je suis habillé avec des effets pris d’un côté ou d’autre, une capote d’un blessé, une chemise que l’on m’a donné et un tas de choses dans ce genre ; enfin en prenant d’un côté et d’autre, j’arrive à me remonter et je possède à peu près tout le nécessaire aussi comme effets, à part ce que je vous ai demandé, ne m’envoyez rien pour l’instant. Vous pouvez m’envoyer jusqu’à ce que je vous fasse savoir que vous pouvez cesser un colis tous les deux ou trois jours ; pour la composition, vous vous y entendez mieux que moi ; ce que vous m’adresserez sera reçu de bon cœur. Pour le rasoir mécanique, vous vous intéresserez s’il est réparable, car c’est très pratique, mais pour voir faire un envoi, il faut que nous soyons sortis un peu de cet enfer et j’espère malgré tout en sortir .

      Je pense que papa aura pu arriver à temps pour voir Lucien et Gaston et je souhaite surtout qu’ils n’aient pas de pareilles épreuves à subir que celles que je subis depuis le 25 sept et je ne sais quand elles termineront. J’espère que Gaston de Chalons quoique mis à l’épreuve lui aussi se porte bien ; je vous assure que quoique je ne doute pas qu’il ne se plaigne avec raison, je partagerais encore bien volontiers son sort. Enfin sur ce je vais vous quitter espérant que mes pattes de mouches vous trouveront en aussi bonne santé que elles me quittent je le suis moi-même à cet instant et je charge cette missive de vous apporter à chacun les milliers de baisers que je voudrais vous porter moi-même.

     Votre fils, petit-fils, frère et oncle
                      Marcel 

hopital sedan
Marcel Levy   blessé à la fin de la bataille et  fait prisonnier  est décédé le 6 novembre 1915 des suites de cette blessure à l’hôpital militaire n°1 de Sedan.

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L’oubli

27 mai 1918 : Des nouvelles du front : Les combats dans la Somme font toujours rage.

Nous venons d’apprendre que Ovide JAUNET du 4e Zouaves à été fait prisonnier ce jour à Marquivillers dans la Somme. Il est sans doute parti pour l’Allemagne en détention dans un camp.

 De notre correspondant Louis Bac du 8e Zouaves

      De nos pauvres morts laissés sur le champ de bataille, nous n’en parlons pas.

     Il y a sans doute à cela une sorte de pudeur, un des nôtres vient-il de tomber ? Nous parlons de lui, après la relève, une ou deux fois, et c’est tout ! « Ce pauvre y est resté » ! » et nous tournons la page.

     Nous refermons-nous dans notre égoïsme ? Sommes-nous repris dans le tourbillon des marches, des corvées, des multiples occupations journalières ? Ou bien une sorte de superstition nous empêche-elle de parler de la mort, et des morts ? Je ne sais l’expliquer, mais le fait est indéniable : on oublie vite les morts, car un mort chasse l’autre.

     Il est certain d’autre part que si en secteur calme nous avons la possibilité de donner à ceux qui sont tombés une sépulture convenable, il n’en est pas de même à l’attaque où nous avons assez à faire à combattre et à nous occuper de nous-mêmes. Nous laissons les morts derrière nous ; peut-être que d’autres plus tard les enterreront. Il n’y a donc ni effusion ni attendrissement, seulement un serrement de cœur qui s’estompe vite dans ces heures dramatiques. Nous savions d’ailleurs en partant qu’il y aurait parmi nous des condamnés ; mieux valait que ce soient les autres que soi-même ! raisonnement férocement égoïste, mais que chacun de nous tient en son for intérieur !

      Si nous n’avions guère le loisir de nous apitoyer sur leur sort, du moins aurions-nous pu respecter d’avantage leurs tombes. La guerre endurcit l’homme au point de le ravaler au rang de la bête !

Souain 20 7 1916 soldat fleurissant une tombe

Soldat déposant des fleurs su la tombe d’un copain à Souain

      Mais avec le temps je pense parfois à nos morts de Champagne (Suippes, Sommes-Suippes, Souain, Ferme des Wacques, St Hilaire le Grand, Bois du Puits, Derrière le Mont Sans Nom,).

      Je me souviens des paroles de mon ami Roland Dorgelès : « Un copain de moins, c’est vite oublié, et l’on riait quand même ; mais leur souvenir, avec le temps, s’est creusé plus profond, comme un acide qui mord ».

      Non, je n’ai pas oublié les morts, et c’est souvent que le souvenir de leur fin glorieuse me revient à l’esprit.

 Extrait de Souvenir du front de Louis Bac du 8e Zouaves

 

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La grippe

     Des nouvelles du front :L’armée allemande attaque dans le Nord et dans la Somme depuis plus d’un mois, les attaques semblent faiblir.

     Mais nous venons d’apprendre que Georges FOLLIAS du 131eRI à été porté disparu le 24 avril à Hangard-en-Santerre, il a reçu à titre posthume la Croix de Guerre et la citation à l’ordre de la Division « A été blessé en portant un ordre. Bien que plusieurs de ses camarades aient été mis hors de combat en traversant un passage dangereux, s’est offert spontanément pour accomplir cette mission ».

    Et la mort d’Irénée PINART à Locres en Belgique ce 1er mai, Il avait reçu la médaille militaire avec étoile de bronze, il est décoré à titre posthume de la Médaille Militaire. Il est cité une deuxième fois à l’ordre du 96eRI « Soldat très énergique et courageux, a toujours rempli ses fonctions de brancardier avec dévouement le plus absolu, notamment aux derniers combats de la Somme ».

    Nous pensons à leurs familles et à notre village tellement meurtri.

 

Une grippe sévit dans l’armée depuis un mois on l’appelle « la grippe espagnole ».

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DES SOLDATS AMÉRICAINS VICTIMES DE LA GRIPPE ESPAGNOLE DANS UN HÔPITAL D’AIX-LES-BAINS, EN 1918

     Elle est caractérisée par une fièvre de 38° à 40°, céphalées, courbatures ; congestion de la face des conjonctives et du pharynx. La convalescence est longue et les malades présentent de nouveaux symptômes : toux de plus en plus impérieuse, pneumonies. Persistance de râles de congestion, c’est une affection épidémiologique.

     Elle décime les jeunes soldats qui sortent très affaiblit de cette épreuve, les beaux jours qui reviennent devraient la faire disparaître bientôt.

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