Attention aux pièges

6 novembre : Les Américains poursuivent leur progression et sont maintenant en tête, ils ont atteint Stone. Pour ne pas se faire déborder, les Allemands lâchent la vallée de l’Aisne. Nous progressons de nouveau sur tout le front, avec prudence, les ennemis  dans leur retraite piègent toutes sortes d’objet ou de bâtiment avec des grenades ou autres explosifs.

De notre correspondante Louise DAVIOT infirmière de la Croix Rouge Française.

On a vu des prisonniers Allemands venir vers nous, trois officiers se sont détachés, c’était pour nous prévenir que les baraquements que nous avions pris deux jours avant en faisant l’avance, étaient minés et devaient sauter à deux heures de l’après-midi !…

Louise Anna DAVIOT, infirmière de la Croix Rouge Française
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Les villages sont brûlés

5 novembre Les Américains poursuivent leur progression et sont maintenant en tête.

Depuis que nous avons quitté la zone des combats du front de Champagne, tous les villages que nous prenons sont systématiquement détruits, ravagés. A l’image de celui d’Attigny que les Allemands ont saccagé en dynamitant toutes les maisons une à une parce que cette localité a été une résidence carolingienne de Charlemagne.

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Ils pratiquent la politique de la terre brûlée, il n’y a plus d’habitants, ils ont été déportés vers le nord des Ardennes. On voit au fur et à mesure de notre avancement les villages se consumer au loin devant nous et toutes les usines sont détruites.

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Valencienne est libérée

4 novembre : Emile CARLIER du 127e RI avant la guerre à Douai

     En descendant à Retournemer, je trouve une animation inaccoutumée. Un cycliste est allé à Gérardmer, brandit des journaux et clame à tous les échos la reprise de Valenciennes !

     Je remonte aussitôt pour annoncer la bonne nouvelle aux camarades. Tout le monde est fou de joie. A 4 heures, la musique du 127° et la foule des soldats, viennent se presser, route de la Schlucht, devant le P.C., et pour la première fois sur le sommet des Vosges, retentit un air qui fait couler nos pleurs, évoquant l’image de la petite patrie perdue depuis quatre ans et soudainement reconquise, « Les Enfants de Valenciennes ! ».

Extrait de « Mort pas encore » de Emile Carlier

Jules Mousseron raconte en ch’ti la libération de Valencienne97379169_o

Sans discontinuer, l’armée inglais’ défile.
Les fanfar’s indiablé’s résonn’tent dins not’ ville.
Nous somm’s émerveillés ed vir tant d’ régimints.
Les troupiers sont robust’s et march’nt au pas crân’mint.
Des qu’vaux in plein’ vigueur mèn’nt el bell’ artill’rie.
Des tracteurs étinç’lants saqu’nt les pus gross’ batt’ries,
Des mulets intrépit’s trîn’nt des milliers d’ caissons.
Les camions sont r’bourrés ed vivr’s et d’munitions.
L’ vu’ d’ tout cha, dins nos coeurs, met l’ pus sincèr’ confiance,
Et tout l’ monde applaudit l’armée ami’ d’ la France.
Les Inglais, qu’ nous vantons pou leus succès nombreux,
Nous répond’nt carrémint qu’ les Poilus, ch’ est cor mieux.
Spectaqu’ nouviau pour nous! les musiqu’s écossaisses
Lanc’nt ed leus cornémus’s des sons pleins d’allégresse.
Les soldats qui les suit’nt march’nt si fiers et si biaux,
D’aut’s musiqu’s militair’s anim’nt el foul’ joyeusse.
In cant’ la Marseillais’, Sambre-et-Meuse avec eusses.
Des cris d’acclamation anim’nt ces biaux troupiers,
Et des jonn’ fill’s lieu-z’offr’nt des fleurs et des baisers.
El tonnerr’ du canon à tout’ volé’ randoulle
Et mêle es voix puissante aux r’frains guerriers del foule.
O peuple! edpus quatre ans, t’as si dur’mint souffert!
Ch’est des cris d’ liberté qu’ té lanç’ ainsi dins l’air.
Ch’ est l’ canchon d’ délivranç’ qu’ té jett’ dé t’ pauv’ carcasse.
T’es libre et t’as bésoin dé l’ clamer dins l’espace.
Ah! cri’ t’n arconnaissance aux soldats; car té sais
Qu’ cheux-là qui t’ont fait libr’ t’ donn’ront aussi la Paix.
Cante ed joi’, va, bon peupl’, té v’là sorti d’ l’abîme!
Té n’ vivras pus jamais d’ momint aussi sublime.
Les derniers sacrifiç’s chass’nt les derniers tyrans.
Français, faisons honneur aux héros si vaillants!

Les Canadiens s’ conduit’nt invers nous comm’ des frères.
In sint qu’ leus amitiés pou l’ Français sont sincères.
I sont polis, affabl’s, pleins d’ générosité.
In peut dir’ qu’ ch’est les vrais soldats d’ l’humanité.
Avec ces comarat’s, la vie ardévient bonne.
In oubli’ d’jà s’ misère, in est dins un aut’ monne.
Nous savons qu’ tout’s nos pein’s n’ nous quitt’ront point d’ sitôt.
Mais nous somm’s quitt’s des Boch’s, et ch’est tout ç’ qu’i nous faut!

 Jules Mousseron, « Les Boches au Pays noir », 1920
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Le Lost Battalion

3 novembre : Les Américains avancent de nouveau et viennent de   rétablir la ligne de front.

Vient de nous parvenir l’histoire du Lost Battalion en forêt de Binarville.

Le 2 octobre 1918, deux  bataillons du 308ème et 307e Régiment d’infanterie américain, attaquèrent avec près de 700 hommes dans le ravin de Charlevaux en perçant les lignes ennemies. Mais ils étaient les seules unités à avoir atteint leur objectif. Sur leur droite et gauche cela n’avait pas suivi. Ils se trouvèrent dès lors dans une position intenable; échoués à près d’un kilomètre en avant de leur ligne principale, comprenant leur situation, ils vont s’enterrer.

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Les survivants du Lost Battalion

    Les Allemands après avoir coupé leur arrières et les avoir encerclé, commençaient à les pilonner avec des mortiers de tranchée et des tirs de mitrailleuses.

    Le soir du 3 octobre tous les produits médicaux étaient épuisés, mais aussi pratiquement toute la nourriture. Les pertes furent terribles durant cette journée, elles atteignirent 20%.

Le jour suivant, les troupes encerclées continuaient de repousser les attaques allemandes en recevant des tirs de mortiers. La 152ème brigade d’artillerie américaine essayait de procéder à un tir de barrage et de protection autour de la poche, mais une batterie par erreur ouvrit le feu directement sur les positions américaines dans le ravin. Le Major envoya son dernier pigeon voyageur pour demander de rectifier le tir. Les américains n’avaient pas d’autre choix que de subir, sans eau et nourriture.

Des avions d’observation américain passaient au-dessus du ravin, volant à basse altitude et lentement pour localiser exactement sous les arbres la position du Major Whittlesey et de ses hommes, afin d’essayer de les réapprovisionner mais tous les paquets lancés tombèrent aux mains des Allemands.
Le 7 octobre, neuf hommes, tentèrent de récupérer des paquets de vivre , ils furent interpellés. Les Allemands. demandèrent à un des prisonniers de porter une lettre au Major Whittlesey, lui suggérant de se rendre. Ce dernier donna l’ordre à ses hommes de se préparer pour un assaut et attendit.

Les Allemands attaquèrent au lance-flammes mais furent repoussés, cette dernière action épuisa complètement les hommes et le reste des munitions.

Vers 19 heures, les forces allemandes se retirèrent brusquement. Peu de temps après, la compagnie B du 307ème régiment d’infanterie atteignait la position du Major Whittlesey et les délivrait.

Le coût avait été très élevé, le soir du 2 octobre, sur les 687 hommes qui entrèrent dans le ravin de Charlevaux, , seulement 194 s’en sortir indemne.

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Le sergent YORK

2 novembre : Les allemands lâchent du terrain en forêt d’Argonne, les Américains avancent de nouveau.

     On vient de nous conter l’histoire du soldat York qui s’est déroulée il y a trois semaines sur ce secteur de la forêt d’Argonne.

     Le 8 octobre 1918, à Châtel-Chéhéry, Alvin C. YORK soldat de la 82e Division américaine, armé d’un fusil et d’un pistolet, à grâce à son courage et à son habileté, réduit au silence un bataillon allemand de 35 mitrailleuses en tuant 25 soldats ennemis et en capturant 132.

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Le Sergent York

     Le Maréchal FOCH, Commandant en chef des armées Alliées, vient de dire que c’est sans doute le plus grand exploit jamais réalisé par un simple soldat de toutes les armées.

     YORK récemment promu Caporal est en patrouille en forêt pour réduire au silence des positions de mitrailleuses avec 17 hommes. Il tombe sur le poste de commandement d’une unité allemande, soudain, des mitrailleuses se trouvant sur la crête tirent, tuant six soldats de son groupe et en blessant trois autres.

     Les soldats américains se placent aussitôt à couvert, York lui avance en se cachant mais bientôt, les mitrailleuses le prennent pour cible.

     Le Lieutenant allemand Fritz Endriss commande à ses 12 soldats une valeureuse charge à la baïonnette contre York. Ce dernier utilise alors une technique de chasse et tire sur le dernier soldat depuis l’arrière vers l’avant, le dernier allemand tué fut Endriss qui tomba devant lui.

     Voyant cela le Lieutenant Volmer se rendit à York avec tous les allemands du secteur, et c’est ainsi qu’à lui tout seul il fit 132 prisonniers (4 officiers et 128 soldats).

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 Les prisonniers de York ramène

     Sa technique il la tenait de sa jeunesse, avec une carabine il s’entraînait à la chasse au x dindons sauvages qui pullulaient autour de la ferme de ses parents. Les animaux passaient derrière un muret si bien qu’il n’y avait que la tête qui dépassait, pour les tuer il devait viser juste, c’est ainsi qu’il a acquis la précision au fusil.

    Pour ce fait d’armes exceptionnel il vient d’être promu sergent et c’est vu décerner la « Distinguihed Service Cross » et la Croix de guerre française.

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La T.S.F.

1 novembre : Le front semble se bloquer à l’Est de Grandpré, les Américains avancent de nouveau et commencent à rattraper leur retard.

De notre correspondant le Capitaine AGOSTINI 21e RI au camp de prisonniers de Rastadt

 

    Le Sous-lieutenant GRANGER était employé à la poste avant la guerre et s’intéressait fort aux ondes, il eut l’idée de construire un poste radio. Il restait à fabriquer l’organe essentiel d’un récepteur de T.S.F., c’est-à-dire de détecteur d’ondes.

     Parmi les « Fridolins » employés à la cuisine du camp russe, se trouvait un petit gradé que ses camarades tenaient à l’écart parce que « Jûdïsch ».

     C’était habituellement à ce gentleman que les officiers prisonniers s’adressaient en cachette pour toutes les commissions à faire en ville et c’est par son intermédiaire que Granger put se procurer un cristal de galène et un écouteur de téléphone en ébonite.

     Dès lors, il possédait tous les accessoires pour le montage d’un poste récepteur de T.S.F. simplifié. A savoir : une antenne qui courrait le long de la charpente de notre bâtiment, une prise de terre, un cristal de galène et un écouteur de téléphone.

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     Et maintenant, voici comment Granger, très versé dans la lecture au son des signaux Morse, s’y prenait pour capter une audition émise par la Tour Eiffel.

     Il attendait que sa montre marquât 10 heures du matin pour promener contre le cristal de galène la pointe du fil de cuivre fixé sur la planchette de son détecteur de fortune. Dès qu’il avait déterminé l’endroit le plus sensible du cristal, il dissimulait le détecteur sous un vêtement suspendu sur un cintre en bois au pilier en fer traversant le toit de la baraque. Puis, à l’aide d’un goguenot percé, il arrosait le pied du pilier pour obtenir une bonne prise de terre. Après quoi, il appliquait son oreille contre l’écouteur en ébonite qu’il maintenait en place en s’enroulant la tête dans un gros cache-nez de laine. Il s’allongeait ensuite sous la couverture de sa couchette et le calepin d’une main et le crayon de l’autre, il écrivait sous la dictée de la Tour Eiffel : « tic-tic tic-tic… ».

        On voyait rappliquer en vitesse les chefs de baraques de notre block, chacun d’eux muni d’un crayon et d’un rouleau de papier hygiénique acheté à la « Kantine ». Assis en cercle, ils écrivaient sous la dictée de Granger, le communiqué français que celui-ci venait de recueillir. Quelques instants plus tard, les toutes dernières nouvelles circulaient de l’un à l’autre, à voix basse, sur un ton allègre : « Dites,…vous savez ce qui se passe ? Ce matin, Mangin a lancé ses troupes en avant, en direction du massif de Saint-Gobain… ».

Extrait de « Nous étions les sacrifiés » du Capitaine Agostini 21eRI

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La grippe espagnole

27 octobre : Le front est toujours bloqué sur la vallée de l’Aisne, l’ennemi a inondé la plaine du coté de Vouziers. Seuls les Américains attaquent sur Grandpré. Les combattants sont fébriles, il y a beaucoup de malades dans nos rangs.

De notre correspondante Louise DAVIOT infirmière de la Croix Rouge Française. Vouziers

     Nous sommes en pleine épidémie de grippe « Espagnole », pour soigner la population et recevoir dans le grand lycée aménagé en hôpital tous les réfugiés Belges qui s’étaient sauvés de Belgique, surtout les jeunes hommes qui n’ont pas voulu aller travailler en Allemagne. Ils arrivent avec la grippe, pour eux c’est l’affaire de trois jours malgré nos soins sept, huit, neuf sur dix meurent, surtout qu’en plus de nos tourments tous les bidons d’oxygène ont été vidés par les Allemands avant leur départ. C’est bien triste la guerre!

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     J’ai eu la douleur de perdre ma plus dévouée infirmière, morte en quelques jours à la suite d’une attaque par les gaz « Ypérite », elle avait trente deux ans.

Récit de Louise Anna DAVIOT, infirmière de la Croix Rouge Française

 

     Un autre témoignage du soldat Ernest DUGUET du 14eRI prisonnier en Allemagne au camp d’Hüstein depuis déjà trois ans. Il vient d’être repris neuf jours après s’être évadé et arrivé à quelques kms de la frontière hollandaise.

     On me reconduit au camp d’Hüstein où le chef de poste m’attendait, sur le pas de la porte il hurlait en me menaçant de mort et finalement se tut.

     Au camp une grave épidémie de grippe de bronchite pulmonaire dite « grippe espagnole » très contagieuse, sévissait dans les baraquements des prisonniers et plusieurs d’entre eux étaient déjà décédés.

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     Arrivé au « komando » une quinzaine d’entre eux étaient couchés sur leur lit en proie à cette grave maladie. Je fut désigné pour accompagner une sentinelle pour emmener deux malades à l’hôpital du camp de Meschède, par un train de marchandises.

     Au cour du voyage, les cahotement du train fatiguèrent tellement un malheureux Italien, qu’il me fit comprendre qu’il allait mourir s’il n’arrivait pas bientôt, hors il y avait trois heures de voyage. L’Italien ne put résister aux cahots du train et mourut, l’autre malade arriva mal en point.

     Lorsque je revins au camp, toutes les couchettes étaient au complet, seul les lits ayant servi aux décédés étaient libres, on m’affecta une couchette malgré que la litière ne fut pas désinfectée.

      L’épidémie m’épargna cependant, car je n’eus pas le moindre symptôme de cette grave maladie et je repris le travail en « komando » à l’usine.

Extrait de « Mes trois ans de captivité chez les Bôches » d’Ernest DUGET 14e RI
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Les infirmières suivent l’avance

 

20 octobre : Le front semble se fixer sur la vallée de l’Aisne, l’ennemi s’en sert pour faire barrage. Sur notre droite les Américains sont en retard vers Grandpré, en forêt d’Argonne, il faut les attendre.

     Voici un récit de Louise DAVIOT infirmière de la Croix Rouge Française du poste de secours à Somme-Suippe. Elle fait partie de la division « Z » spécialisée dans les gaz et dépend directement du ministère de la guerre. Depuis le 26 septembre son unité a pu suivre l’avance des troupes, elle se trouve actuellement près de Vouziers.

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L’infirmière Louise DAVIOT

     Nous ne sommes pas beaucoup dans une division de secours, un médecin chef, un ou deux autres docteurs, un pharmacien, notre fidèle aumônier, un cuisinier, un ou deux infirmiers et deux brancardiers.

     Vouziers est entouré d’eau comme le Mont ST Michel, car les Allemands, en se réfugiant de l’autre côté de l’Aisne, ont ouvert les digues avant de partir pour nous empêcher d’avancer.

     Nous avons eu la joie de délivrer une communauté de religieuses. L’une d’elles s’est mit à genoux devant moi embrassant le bas de ma blouse, mon bonnet faisant coiffe, elle pensait à une consœur, j’étais confuse, je l’ai relevée en l’embrassant à mon tour avec joie comme une sœur, quel souvenir !

     Elles avaient avec elles des réfugiés, des vieillards, il y a eu des scènes atroces de folie, ils ont tous tant souffert! Une jeune femme tout à fait perdue se promenait drapée dans un superbe couvre pied aux couleurs vives, or nous qui mangions dans la boue, le gris, ces couleurs c’était hallucinant! Un soldat a pu nous l’attraper et avec l’aide du docteur et des médicaments on a pu finir par la calmer.

     Pour les nourrir et nous aussi, nos deux soldats sont allés dans les champs nous prendre des pommes de terre, heureusement sur notre parcourt, on peut parfois trouver des champs cultivés, mais plus une place dans les baraquements, il a fallu faire une sélection des plus infirmes, des plus blessés, des plus malades. Je vous assure que chacun appréciait sa place ; nous sommes dans de grands dortoirs allemands, soldats, vieillards, jeunes et enfants, on ne peut pas s’imaginer dans des cas comme celui-là il y a une fraternité, un amour du prochain, la pitié et le partage. Mais voilà le soir est arrivé et nous n’avions reçu aucun secours demandé. Nous avons installé des brancards dehors, bien entendu, en les serrant les uns contre les autres pour pouvoir coucher tout le monde et pour leur donner un peu de chaleur. J’ai donné l’ordre que l’on me chauffe le plus de morceaux de briques, de gros cailloux, j’ai mis de l’eau dans de petites bouteilles de pharmacie et chacun avait auprès de lui une boisson qui n’était peut-être plus très chaude au matin, mais tout au moins pas glacée !

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     Nous avons beaucoup de blessés gravement atteint qui n’ont pu être envoyés à l’arrière et tout un baraquement de mourants ! Oh! que nous souffrons, on ne peut pas nous ravitailler et nous n’avons pas d’eau. Deux soldats vont en chercher dans les trous d’obus et cette précieuse eau on la fait bien bouillir pour pouvoir faire nos pansements tout en tachant de nous en réserver pour boire .

Louise Anna DAVIOT, infirmière de la Croix Rouge Française
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Les chars entrent dans la danse

13 octobre 1918: Le front continu de s’enfoncer, les Allemands reculent partout ils se sont retranchés derrière la rivière de l’Aisne, enfin pas tout à fait, devant la rivière ils ont établi toute une série de blockhaus à 300m devant et y ont posté des nids de mitrailleuses nous laissant sur les coteaux sud de la vallée. Le front est maintenant fixé du Sud de Rethel à Autry en passant par Attigny, Vouziers et Savigny

Voici un récit que nous a fait parvenir notre correspondant le Capitaine Adam du 403e RI qui, il y a seulement 15 jours, était encore sur Sainte-Marie-à-Py à 25km de là.

     28 septembre 1918 : Les tanks éprouvent une grande difficulté à avancer dans l’obscurité au milieu de ce terrain chaotique, crevé de cratères profonds dans lesquels ils risquent de basculer, il faut leur préparer des passages pour franchir les tranchées dans lesquelles ils pourraient piquer du nez sans pouvoir se redresser.

    5h29 : Notre artillerie ouvre brusquement le feu et déclenche son barrage roulant devant nous.

     5h30 : Il fait encore complètement nuit, quelques secondes d’émotion et le signal « en avant ». Nous faisons quelques mètres, des obus de 75 tirés trop court éclatent derrière nous et nous obligent à attendre un peu, des fusées banches, rouges et vertes sillonnent le ciel à 1km, Les allemands ont donc évacués la tranchée de Düsseldorf devant nous. Nous allons trop vite, le barrage progresse à la vitesse de 25m à la minute, encore 3 minutes et il passera à 100m/mn. Quelques temps après, nous arrivons à la voie ferrée de Ste Marie à Py, nous la franchissons et les balles des mitrailleuses se mettent à siffler autour de nous. Mon ordonnance est touchée, il me dit « je suis mort », je le rassure, il me dit « non je le sens bien, je suis mort , j’ai préparé pour ma femme, un petit colis que vous enverrez à cette adresse » et il me la dicte.

     Il est plus de 6h, quelques chars sur la droite parviennent jusqu’au talus de la voie ferrée où ils sont abrités, ils vont passer sous un passage situé à 150m, les Allemands les attendent, tous ceux qui se présentent sont atteints par des obus et brûlent. Pas un tank ne passe la voie ferrée !

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     Les chars à Ste Marie à Py après l’attaque du 28 septembre 1918

Les boches ont à leur disposition des fusils spéciaux antitanks qui tirent une cartouche en acier presque aussi grosse que le pouce et qui percent le blindage de 1cm en acier. Le projectile communique en général le feu au réservoir à essence et l’équipage n’a pas toujours le temps de sortir et est brûlé vif.

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     Il fait jour, ce triste spectacle me console un peu de ne pas encore voir arriver les chars qui me sont destinés. Les voilà qui arrivent au loin, ils ont à parcourir un glacis pendant ½ heure pour arriver à nous, je commande un tir d’obus fumigènes de 40mn pour masquer leur progression.

     Tout à coup un sifflement rapide, aigu, aussi fugitif qu’un éclair, se fait entendre, une explosion formidable se produit à 1m de notre groupe, nous sommes tous violemment projetés à terre et nous voyons une masse bleue projetée au-dessus de nos têtes et qui va retomber 10m plus loin.

     Par un hasard miraculeux ce 105 nous a coûté seulement deux tués, celui qui a été projeté au dessus de nous à formé écran en recevant toute la décharge de l’explosion, c’est grâce à lui   que nous sommes en vie.

     Les tanks arrivent et passent par un passage sous la voie sans recevoir un coup de canon. Couché le long du remblai du chemin de fer, je suis leur progression coté nord de la Py. Ils gravissent le glacis, les mitrailleuses allemandes crachent violemment, mais peu importe , les tanks sont à l’épreuve des balles ordinaires, l’un d’eux   tire plusieurs obus de 37 sur un repaire de mitrailleuses.

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     Je m’apprête à progresser aussi, quand je vois les trois chars revenir en arrière et venir s’abriter derrière la voie ferrée au lieu d’aller jusqu’au fortin ennemi. Le Sous-officier qui les commande vient me trouver, il a la figure recouverte de sang qui ruisselle en minces filets. Il me dit. « Je regrette de ne pas avoir pu remplir ma mission, quand nous sommes arrivés à 200m du blockhaus, nous avons été accueillis par de violentes rafales de mitrailleuses. Les balles venant s’aplatir sur le blindage, se déchiquetaient et des gouttelettes de plomb fondu, passant par les fentes de visée venaient nous blesser au visage.

     Les autres chefs de char sont comme moi aveuglés par le sang qui coulent sur nos yeux, nous ne pouvions diriger nos chars ; de crainte qu’ils ne tombent aux mains de l’ennemi, je les ai ramenés. »

     Le Capitaine du 118eRi, si impatient tout à l’heure d’avancer, se refroidit un peu en entendant ce récit.

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Les noirs américains attaquent

6 octobre : Le font est enfoncé, les Allemand reculent partout.   Les américains ont pris le Blanc Mont au Nord de Sommepy et sont en pointe, c’est leur premier vrai combat, ils attaquent sans se protéger et progressent, mais au prix de très lourdes pertes, la 2e division US à déjà perdu 5000 hommes. Ils sont aux portes de Saint-Eienne-à-Arnes. Les Allemands sont contraint d’évacuer le Massif de Moronvilliers sans combattre pour ne pas être tournés, au moment d’écrire cet article, la ligne du front est maintenant portée d’Epoye à Condé-les-Autry en passant par Monthois. Nous avons avancé de plus de 15km.

     De notre correspondant le soldat Gabriel Chevallier du 163e RI secteur de Beauséjour

     Son régiment attaque derrière un régiment américain le 369e RIUS. Composé exclusivement de soldats noirs, l’armée américaine refuse de les mettre en première ligne comme unité combattante du fait de la couleur de leur peau. Les Français les ont donc incorporés dans la 161e division d’infanterie, ils gardent la tenue américaine et portent l’équipement français, ils sont en ligne depuis le mois d’avril .

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26 septembre 1918 « En avant ! » Nous partons dans les boyaux, l’affaire commence. Bientôt nous descendons les pentes du ravin, noyé d’une brume suspecte qui sent les gaz. Nous mettons les masques, pour les quitter parce que nous suffoquons. Nous franchissons la contre-pente et nous débouchons sur le plateau.

     Nous voici sur les positions ennemies. C’est un tel chaos que nous devons quitter les tranchées et avancer sur la plaine.

     Je me dis que ce spectacle a de la grandeur. Il est émouvant de voir ces groupes d’hommes fragiles, d’une petitesse dérisoire, ces chenilles bleues, si espacées, marcher à la rencontre des tonnerres, plonger dans les sillons et reparaître aux pentes de ces vallons d’enfer.

     Toute grandeur cesse, toute beauté disparaît subitement. Nous côtoyons des corps éparpillés, brisés, des hommes bleus affalés dans le néant sur une litière d’entrailles et de sang. Un blessé se tord, grimace et hurle. Il a le bras arraché, le torse à vif.

     Nous détournons les yeux pour ne pas voir les reproches qui sont dans les siens, nous courons pour ne pas entendre ses supplications.

    Ici, nous entrons vraiment dans la bataille, la chair alertée…

     Au-dessus de ce brouillard émergent les pentes ennemies dont les tranchées nous menacent. Nous avons avancé de deux ou trois kilomètres sur des positions vides. L’ennemi s’était retiré, se couvrant seulement de troupes sacrifiées qui se sont rendues sans combattre. Nous avons croisé un détachement de prisonniers abrutis par le martèlement de la nuit.

     Dans l’après-midi, les mitrailleuses se sont tues. Nous avançons sans combattre, le terrain conquis est couvert de cadavres des nôtres.

     Les Américains, qui ne savent pas se défiler ni s’abriter, sont très touchés. Nous les avons vus se déplacer au sifflet sous des tirs d’artillerie qui arrivaient au milieu de leurs sections et projetaient les hommes en l’air. Ils ont attaqué à la baïonnette, à découvert, le village de Séchault  devant lequel ils ont laissé des centaines de victimes.

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     En général, l’artillerie nous fait peu de mal et les Allemands n’ont qu’un petit nombre de pièces à nous opposer. Il est vrai qu’ils les utilisent bien et attendent d’avoir repéré un rassemblement pour tirer. Mais ils couvrent surtout leur retraite avec des mitrailleurs qui doivent avoir l’ordre de nous fixer un certain temps. Sur des terrains accidentés et nus, des mitrailleuses bien dissimulées ont une efficacité extraordinaire que nous éprouvons cruellement. Quelques sections résolues arrêtent des bataillons. Nous ne voyons pas d’ennemis. Quelques-uns se rendent au dernier moment, les autres se sauvent la nuit, leur mission terminée. Une fois de plus se confirme que l’assaillant, obligé d’adopter des formations denses, a le rôle le plus dangereux.

     Dans la matinée suivante, nous voyons venir à nous deux officiers américains. L’un nous interroge, j’isole des bribes de phrases : « / am… colonel… Hâve y ou seen ?… » Je comprends que nous sommes en présence du colonel américain qui cherche son régiment, la canne à la main. Je lui explique par signes que je n’en sais pas plus que lui. Ou plutôt, je ne peux lui communiquer ce que je sais. A savoir que son régiment, par inexpérience, a perdu les trois quarts de son effectif en six jours. (Il n’a donc pas regardé les grappes d’hommes kakis étalés sur les plateaux, qui passent lentement de leur brun naturel au vert de la décomposition ?) Pour le dernier quart, un peu dégoûté de la guerre dont il a constaté les effets, il a dû aller planter sa tente dans des endroits paisibles, du côté des cuisines et du train de combat. Le colonel, navré, s’éloigne dans la direction des coups de fusil. L’idée de ce colonel qui a perdu son régiment nous distrait le reste de la journée.

      Une batterie de 150 et une batterie de 88 nous prennent d’enfilade. Le tir est exactement réglé sur l’axe et la profondeur du bataillon. Au moment où nous-y pensions le moins la terrible angoisse nous prend à la gorge et nous serre les entrailles. Nous sommes immobilisés sous le bombardement systématique. Une fois de plus notre vie est en jeu sans que nous puissions la défendre.

     Je pense que c’est aujourd’hui le 6 octobre 1918, que nous sommes près de la fin… Il ne faut pas, il ne faut plus être tué !

     Il a plu, les nuits sont froides. Depuis dix jours, les hommes couchent sur la terre nue et se battent, presque sans sommeil et sans avoir rien pris de chaud. Ils sont fatigués, malades; le major évacue beaucoup. Tous nous demandons la relève.

Extrait de « La peur’ de Gabriel Chevallier
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