La T.S.F.

1 novembre : Le front semble se bloquer à l’Est de Grandpré, les Américains avancent de nouveau et commencent à rattraper leur retard.

De notre correspondant le Capitaine AGOSTINI 21e RI au camp de prisonniers de Rastadt

 

    Le Sous-lieutenant GRANGER était employé à la poste avant la guerre et s’intéressait fort aux ondes, il eut l’idée de construire un poste radio. Il restait à fabriquer l’organe essentiel d’un récepteur de T.S.F., c’est-à-dire de détecteur d’ondes.

     Parmi les « Fridolins » employés à la cuisine du camp russe, se trouvait un petit gradé que ses camarades tenaient à l’écart parce que « Jûdïsch ».

     C’était habituellement à ce gentleman que les officiers prisonniers s’adressaient en cachette pour toutes les commissions à faire en ville et c’est par son intermédiaire que Granger put se procurer un cristal de galène et un écouteur de téléphone en ébonite.

     Dès lors, il possédait tous les accessoires pour le montage d’un poste récepteur de T.S.F. simplifié. A savoir : une antenne qui courrait le long de la charpente de notre bâtiment, une prise de terre, un cristal de galène et un écouteur de téléphone.

Agostini Camp Rastadt

     Et maintenant, voici comment Granger, très versé dans la lecture au son des signaux Morse, s’y prenait pour capter une audition émise par la Tour Eiffel.

     Il attendait que sa montre marquât 10 heures du matin pour promener contre le cristal de galène la pointe du fil de cuivre fixé sur la planchette de son détecteur de fortune. Dès qu’il avait déterminé l’endroit le plus sensible du cristal, il dissimulait le détecteur sous un vêtement suspendu sur un cintre en bois au pilier en fer traversant le toit de la baraque. Puis, à l’aide d’un goguenot percé, il arrosait le pied du pilier pour obtenir une bonne prise de terre. Après quoi, il appliquait son oreille contre l’écouteur en ébonite qu’il maintenait en place en s’enroulant la tête dans un gros cache-nez de laine. Il s’allongeait ensuite sous la couverture de sa couchette et le calepin d’une main et le crayon de l’autre, il écrivait sous la dictée de la Tour Eiffel : « tic-tic tic-tic… ».

        On voyait rappliquer en vitesse les chefs de baraques de notre block, chacun d’eux muni d’un crayon et d’un rouleau de papier hygiénique acheté à la « Kantine ». Assis en cercle, ils écrivaient sous la dictée de Granger, le communiqué français que celui-ci venait de recueillir. Quelques instants plus tard, les toutes dernières nouvelles circulaient de l’un à l’autre, à voix basse, sur un ton allègre : « Dites,…vous savez ce qui se passe ? Ce matin, Mangin a lancé ses troupes en avant, en direction du massif de Saint-Gobain… ».

Extrait de « Nous étions les sacrifiés » du Capitaine Agostini 21eRI

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