Le Poste Chirurgical Paulinier

10 septembre 1916 : Pierre DRU de la classe 17 vient d’être incorporé et va faire son devoir au 94e RI.

     Le secteur de Souain est très calme, la guerre se résume en coups de main de part et d’autre pour connaître les troupes qui se trouvent en face.

     Le génie profite de cette période de calme relatif pour faire de grands travaux dans le village. Les soldats nous rapportent qu’il construit un hôpital souterrain près de la source de l’Ain, le long des anciens remparts.

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     Ce Poste Chirurgical Avancé porte le nom de « Paulinier » du nom du général commandant la division. Il se trouve creusé à   6 mètres sous terre dans la craie. Un grand couloir constitue l’âme principale avec de chaque coté des petites chambres pour les blessés. On y trouve une salle d’opération, une pharmacie, une salle des machines pour produire de l’électricité, une cuisine et des chambres pour les infirmiers. Un tunnel relie la galerie et débouche sur la source de la rivière à 30 m de là afin de s’approvisionner en eau pour maintenir une hygiène acceptable. Les soldats lavent leurs linges sur le cours d’eau.

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     Les galeries sont boisées et recouvertes de planches ou de tôles badigeonnées au lait de chaux pour une meilleur aseptise.

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     L’artiste russe Alexandre ZINOVIEV engagé au début de la guerre, s’est retrouvé dans les services de santé comme brancardier-musiciens. Il nous a envoyé des photos prises avec son Kodak, où l’on peut suivre la construction de l’hôpital. Avec ses camardes à la relève il se retrouve au repos à l’hôpital du Mont Frenet à Cuperly. La bande d’artiste pour la plus part issue du quartier du Marais à Paris, se divertissent en jouant de la musique dans les cagnas à   moitié enterrées qui leurs servent de chambre.

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Musicien-Brancardier

21 aout 1916 : Nous apprenons seulement maintenant qu’Iréné PINART a été blessé le 8 aout à l’ouvrage de Thiaumont près de Verdun, il semble que ce ne soit pas trop grave. Il avait  reçu la citation suivante: « Brancardier de Compagnie, s’est dépensé sans compter pendant la journée du 25 mai 1916. Pendant l’attaque n’a cessé de circuler dans les lignes pour évacuer les blessés et a employé ses nuits à enterrer ses camarades tués ».

     André JACQUART de Sommepy vient de nous donner de ses nouvelles, il faisait parti de la clique du village et lors de son incorporation il a été muté dans la musique du régiment. Comme tous les musiciens et beaucoup d’artistes, il s’est retrouvé Brancardier–Musicien au 94eRI et se trouve à Verdun. Sur le front il transporte les blessés, au repos il joue de la musique pour les prises d’armes et lors des concerts pour la population en ville.

     Tous les soirs, départ pour les carrières d’Haudromont. Les blessés sont portés près de 7 km, avec un arrêt à la redoute de Thiaumont, pour la piqure antitétanique. Il nous faut souvent 5 heures pour faire les 7 kilomètres. Les morts restent sur le terrain, à part un Commandant que nous avons rapporté l’autre jour. Une fois à Thiaumont, nous glissons dans un énorme trou d’obus plein de boue gluante. Nous sommes enlisés avec le Commandant. Deux autres brancardiers nous tendent un bout de brancard pour nous sortir de la gangue l’un après l’autre. Nous inhumons le Commandant au cimetière du Faubourg.

     Dans les Compagnies, on ne trouve plus de volontaires pour aller au ravitaillement, trop de corvées ne reviennent pas, détruites, anéanties.

     Le médecin m’a dit : je vous confie un secret :   il faut 50% de perte pour être relevé, nous sommes à 48%, ramenez-moi des malades…. Le lendemain, nous revenons avec 18, j’ai du prendre le dernier par le bras, après avoir fait 80 mètres, j’en trouve un autre dans un trou d’obus. Il me dit « je n’en peux plus », je l’ai pris également par le bras et je les ai traînés tous deux jusqu’aux ruines de la caserne Marceaux….. Le médecin m’a dit vous avez avancé la relève d’un jour.

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   Cadavre dans le Bois d’Avocourt

      Certains soldats peuvent à peine marcher. Les combattants sans forces ont tous coupé 30 ou 40 cm de leur capote, pour ne pas à avoir porter toute la boue qui si colle.

     Au Mort-Homme, c’est l’écrasement continuel par les 210, le transport des blessés se fait de jour comme de nuit, près de 5 km aller et retour. L’averse des 210 est formidable, on voit les obus en haut de leur course basculer dans les nuages et retomber.

     J’ai vu un soldat enlevé par une de ces explosions et projeté dans les branches d’un peuplier et y rester.

     Le régiment vient d’être relevé après avoir perdu moitié de son effectif.

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La routine

24 juillet 1916 : Nous apprenons qu’Henri SIMON blessé hier vient de décéder aujourd’hui. Il a été cité à l’ordre du 365eRI « Soldat courageux et dévoué. Tombé au champ d’honneur pour le salut de la patrie le 24 juillet 1916 à Biaches (Somme). Croix de Guerre et Médaille Militaire à titre posthume.

     On exécute toujours: le 10 juillet, BARIKOSKI à Saint-Jean-sur-Tourbe, dans deux jour ce sera la tour de MINORET Louis à Suippes tous deux pour « abandon de poste » lorsqu’ils se trouvaient à Verdun.

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Soldats russe Aubérive

     Cette semaine passée de violents combats ont eu lieu devant le secteur russe à Aubérive, les Allemands testent cette nouvelle armée.

     Le Front de Champagne est à peu près calme, puisque l’effort est ailleurs. Nous faisons cependant des coups de main. L’autre jour, un sergent a sauté dans la tranchée allemande et a tordu le cou de la sentinelle. Le général Joffre lui a remis, à Sainte-Menehould, la médaille militaire. Et comme je félicitais le gaillard de sa vigueur, il m’a répondu simplement.. Oh!, moi, mon général, pour la force, j’crains personne…  » ).      (lettre du général Gouraud à sa mère)

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Les exécutions

3 juillet 1916 : Nous apprenons qu’Ernest MINON vient d’être blessé, il y a une semaine à Fleury près de Verdun.

Nos amis les soldats russes, viennent de prendre leur premier secteur de combat à Aubérive-sur-Suippe, ils vont nous être d’un grand soutien.

Une nouvelle bataille vient de commencer le 1 juillet dans la Somme. Les forces britanniques et dans une moindre mesure françaises mènent le bal, on annonce des pertes colossales de part et d’autre. On parle de 58000 soldats anglais mis hors de combat dans la première journée  dont près de 20000 morts.

     Les exécutions reprennent : le 3 juin à St Jean-sur-Tourbe, Edouard GERBEX pour abandon de poste, le 18 juin à Ste Ménéhould, René CORD’HOMME pour tentative de désertion, le 28 juin à St Hilaire-au-Temple, Emile LEDOUX pour abandon de poste, et 6 autres soldats condamnés à Ste Ménéhould, le 5 juin dont nous avons échos du jugement.

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Révolte du 26 mai : Le 64eRI se rendait à pied pour une marche de nuit de la gare de Fagniére  (Marne) pour prendre le train à St Hilaire-au-Temple afin de partir à Verdun, près du pont de la Marne un coup de feu fut tiré, puis un peu plus tard plusieurs. Les officiers remontèrent la colonne pour voir qui avait fait cela. Les accusées n’étaient plus à leur place dans la colonne, lorsque les officiers arrivèrent à leur hauteur, ils les insultèrent aux mots de gosses, fainéants, enculés, vous ne serez pas si fiers à Verdun etc… Pour mettre fin à cette révolte les officiers donnèrent l’ordre de rentrer dans le rang et de marcher correctement. Ils s’éclipsèrent dans la nuit et se retrouvèrent quelques temps après en fin de colonne où des coups de feu furent tirés sans que l’on sache qui. Arrivés à St Hilaire les accusées avaient plusieurs heures de retard.

     Les six accusés sont traduits au conseil de guerre le 3 juin, pour rébellion car quatre d’entre eux sont des têtes dures qui n’en sont pas à leur première condamnation.

     Le tribunal se réuni à Ste Ménéhould et répond à quatre questions.

     Le chef d’accusations : Les inculpés ont sortis de la colonne et sont restés sur le bord du fossé, un coup de feu en l’air a été tiré par quelqu’un dans la colonne, au premier ordre n’ont pas réintégré la colonne. Les juges doivent répondre à quatre questions

1 l’inculpé a t-il refusé   à la première sommation d’obéir à l’ordre de marcher à sa place.

2 La désobéissance a-t-elle eu lieu sous les armes.

3 A-t-elle été commise par des militaires au nombre de quatre au moins et agissants de concert.

4 Est-il l’instigateur ou le chef de la révolte.

     Après une courte délibération le verdict tombe :

     BERNARD Guillaune, HENNAF François, JUIN Armand, BERTIN Joseph sont condamné à la peine de mort, TRIQUE Jean et PICAUD Joseph à dix ans de travaux publics.

     Les condamnés auront une duré minimum de contrainte ( exécution dans le délai le plus rapide possible) et sont solidairement redevables de la somme de 74fr60 comprenant les frais du procès, cette somme sera recouvré sur les biens présents ou à venir des fusillés.

     Quatre pelotons d’exécutions seront constitués tirant simultanément chacun sur un condamné.

     L’exécution a eu lieu en présence de sept régiments le 64e, 136e, 25e, 2e, 47e, 51e, 241e RI.

     L’exécution s’est déroulée le 5 juin à 6h30 à 800m au nord du Quartier Valmy à Ste Ménéhould. Les condamnés ont reçu 10 à 12 balles chacun qui ont traversé la poitrine de part en part   et amené une mort immédiate. Les unités présentent ont défilé aussitôt devant les dépouilles.

http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/arkotheque/client/mdh/fusilles_premiere_guerre/detail_fiche.php?ref=2523847&debut=0

 

 

 

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On change d’heure

19 juin 1916 : Les derniers régiments de la Marne le 106e et le 132e RI viennent d’être engagés dans la bataille de Verdun. C’est donc au tour de Louis AUBERT, Emmanuel BERNARD, Edmond JAYEN, Jean PEPIN, Louis THIEBAULT, André SIMON et Paul BURGAIN de partir en enfer.

     Nous venons d’apprendre que Paul SIMON vient d’être grièvement blessé de 17 éclats d’obus à St Mihiel de même que Gervais PERARD à la tranchée de Calonne près de Verdun bien que se soit moins grave.

Tranchees

     Le général Gouraud a créé, à l’arrière du Front de Champagne, plusieurs camps pour l’entraînement des unités devant monter au front. Différentes armées utilisent ces camps, reproduisant en grandeur nature les lignes ennemies à prendre, et permettant ainsi aux hommes et aux officiers de faire de nombreuses répétitions. A l’arrière des lignes sur les villages de la ligne de la vallée de la Noblette et de la Bionne on fait travailler les soldats dans les champs pour reproduire des ensembles de tranchées et ainsi de les entraîner à la construction et à l’attaque de ces positions fictives.

     Le front en Champagne est toujours aussi calme, un seul événement fin mai a entaché cette tranquillité. Une grande activité des deux artilleries dans le secteur de Ville sur Tourbe, Tahure, Navarin, n’a pas permis à une attaque allemande sur nos positions à l’ouest de la route de Navarin de percer.

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     Nous venons de changer d’heure pour la première fois de notre histoire, ce jeudi 15 juin. Le gouvernement vient de créer une heure d’été pour réduire la consommation d’électricité en ces périodes ou l’économie doit être mise au service de la guerre. Chacun d’entre nous doit l’appliquer, l’Allemagne et l’Angleterre y sont déjà depuis un mois, notre survie en dépend. La modification est difficile et perturbe la vie en ville, tout le monde est obligé de changer ses horaires de travail. Dans nos campagnes l’électricité est rare et même si cela n’a pas beaucoup d’impact nous devons soutenir cet effort, même si les bêtes sont perturbées par ce décalage horaire.

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Vive la Russie

29 mai 1916 : Victoire nous signale que son mari, le Sergent Albert HUBERT du 306e RI vient de recevoir à titre posthume la citation suivante :

Le 20 avril, sous un bombardement d’une extrême violence qui venait d’enterrer une de ses pièces, s’est occupé avec un sang froid et une bravoure exceptionnelle de réorganiser le personnel de la pièce et de la rendre disponible pour recevoir l’attaque. Tombé glorieusement le 23 avril. Il reçoit la Croix de guerre et la Médaille militaire.

     Les combats très violents continuent sur le secteur de Verdun, le Sergent Eugène PEROT du 332eRI blessé grièvement le 27, vient de décéder hier à Verdun, il laisse une veuve et un orphelin.

     Georges BARBIER du 155eRI vient d’être fait prisonnier au Mort Homme hier et part pour le camp de Chenerdemuk en Allemagne.

     Ovide JAUNET du 4e Zouave vient également d’être fait prisonnier le 27 à Marquivilliers dans la Somme.

chapelle russe

     Le Général Gouraud vient de passée en revue la 1ère brigade russe qui tremine son instruction au camp de Mailly, nous citons ses paroles

« … J’ai passé en revue, à Mailly, la brigade russe du général LOKHVITSKI superbe dans son uniforme vert qui se confondait avec les bois. J’avais fait venir un bataillon de coloniaux de la classe 16. J’étais un peu inquiet parce qu’il pleuvait à verse et les marsouins défilaient les derniers dans un terrain glissant, détrempé. Ils ont été épatants. Je suis ensuite allé visiter une chapelle avec de très vieilles icônes de la Sainte-Vierge, j’ai été reçu par les popes… »). 

     Le Président de la République en personne est venu visiter le Camp de Mailly et nos alliés qui a n’en pas douter vont être d’un précieux soutien pour notre combat.

Les mascottes

     Dans le camp les soldats ont construit une chapelle orthodoxe dans laquelle officient des Popes. L’ourse Michka, la mascotte du 5ème régiment, acheté par les officiers Tratchek et Serniak à Ekaterinbourg, est devenu rapidement le plus célèbre des représentants de l’Empire russe en France.

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Le doute n’est plus permis

15 mai 1916 : Victoire vient de recevoir une lettre douloureuse.

     Madame Hubert

     C’est une bien douloureuse réponse que j’ai à vous faire. Je dois cependant m’en acquitter ayant promis à mon ami de vous faire parvenir s’il arrivait quelque chose.

     Il est porté disparu à la Compagnie dans la nuit du 22 au 23 avril. Cela a été pour moi un grand chagrin en constatant sa disparition.

    Nous espérons cependant que bientôt nous aurons de ses bonnes nouvelles.

     Croyez madame que je prends part à votre douleur et espérons toujours retrouver ce bon cher camarade qu’Albert a toujours été pour moi.

     Votre très dévoué       Gendarme

avis deces

Ce même jour Victoire vient de recevoir la visite du Maire de Cussangy. Il avait une lettre du 106e régiment d’infanterie lui demandant de lui annoncer la nouvelle. Il n’y a plus de doute maintenant.

Le monde vient en une heure de s’effondrer pour Victoire, elle rejoint le cortège des veuves de France et va devoir vivre pour élever ses deux enfants Marguerite et Marcelle.

Des nouvelles du front : Le 65e BCP d’Epernay de vient de partir pour Verdun.

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