L’Obusite

26 février 1918 :

     Edmond de retour de permission vient de nous raconter une étrange histoire. De passage à Lyon il a rendu visite à son amis Louis à l’hôpital de la ville.

     L’histoire remonte à l’année dernière près de la butte de Tahure, Edmond et Louis étaient en faction en tranchée de seconde ligne , tout semblait calme dans cette douce matinée d’automne quand un obus de gros calibre explosa près du groupe de soldats. Son amis que se trouvait à proximité fut projeté à plus de dix mètres sans une égratignure alors que d’autres furent tués ou enseveli sous un mètre de terre. La force fut si puissante que les balles de sa cartouchières furent déformées.

     Lorsque l’on releva Louis ce n’était plus le même homme, il avait un regard perdu, il était parcouru de tremblements incontrôlés, le corps tout courbé et pas moyen de le résonner.

     Ce n’est pas la première fois qu’ Edmond   voyait ce phénomène, des soldats étaient retrouvés accroupis ou plies en deux, ils ne se relevaient pas, les yeux écarquillés. Certains sont devenus muets, sourds et même aveugles sans blessure organique, seulement du fait du choc et de la peur.

     D’autres se mettaient à vomir, de manière incontrôlée. Certains étaient atteints de contractures des pieds ou des mains et d’autres avait le corps qui se tordait dans tous les sens. Et puis, comme Louis il y avait aussi les trembleurs, ceux qui ne maîtrisaient plus leurs membres. Ils tremblaient, partout et tout le temps.

      En début 1914 et 1915 un tel comportement était considéré par les autorités comme de la simulation, ils étaient renvoyé au front et certain ont même été fusillés pour abandon de pose devant l’ennemi.

     Pour voir quels sont ceux qui simulaient, les médecins utilisaient des subterfuges. Ils annonçaient aux malades qu’ils allaient être anesthésiés pour être soignés. Anesthésie au chloroforme à laquelle personne n’avait vraiment envie de passer. Ceux qui refusaient étaient menés devant le Conseil de guerre (avec le risque d’être fusillés), sauf s’ils acceptaient de retourner au front et de reprendre les armes. Les moins touchés et ceux qui sont suspectés de simuler sont renvoyés au front.

      Louis se trouve dans un service de psychiatrie   il tremble toujours de manière incontrôlé et sursaute au moindre bruit. Il a du mal à me reconnaître.

      On appelle se symptôme « l’obusite », il est soigné selon la méthode du médecin chef Clovis Vincent, par la technique du « torpillage » envoie d’électricité par séances d’électrochocs musclés, d’isolement et de menaces diverses pour provoque un choc.

     Les médecins pensent que c’est une forme d’hystérie et que les soldats sont donc curables par « contre-suggestion ». Par exemple, si le bras part vers la gauche, on le maintient vers la droite. Si le poilu tremble, il est attaché de partout.

electrochoc

     Un médecin utilise même la flagellation pour tenter de soigner les malades d’obusite. Il frappe les soldats de plus en plus fort en leur disant des phrases gentilles, aimables. C’est une façon de « casser » le cerveau. Pour que cela fonctionne, il ajoute au réchauffement extérieur fait par les gifles, un réchauffement intérieur en faisant ingurgiter de l’eau-de-vie aux Poilus.

      Edmond nous dit qu’il est ressorti de cette visite à son amis  complètement triste et dépité, de son avis, Louis ne guérira pas et finira sa vie avec les fous.

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Apatride

10 fevrier 1918 : Le front est calme sur Souain, quelques coups de canon, quelques morts, la routine!

Jules de passage près de Paris vient de nous raconter une histoire étrange, Il vient de rencontrer incidemment Joseph BURGY un alsacien du village d’ASPACH au sud de MULHOUSE. Ses parents qui étaient Français comme vous et moi sont devenu Allemands lors de l’annexion de leur territoire suite à la guerre de 1870. La langue officielle et obligatoire est devenue l’allemand, tous ne parlent donc que l’alsacien ou l’allemand qu’ils ont appris à l’école du village.

     Le 22 septembre 1914, quelques semaines après la déclaration de la guerre entre la France et l’Allemagne, des militaires français investissent le sud de l’Alsace, dans ces anciens territoires français, ils réquisitionnent la plupart des hommes valides d’Aspach et des villages environnants. Ce sont en fait des citoyens allemands qui sont partis avec les soldats français.

     Joseph BURGY né en 1875 a écrit dans un calepin sa déportation et son voyage vers l’ile du FRIOUL et les aléas que ces hommes ont endurés pendant ces quelques mois.

burgy

     Départ le 22 septembre 1914 d’Aspach, vers Belfort sur deux jours à pied, d’où ils prennent le train jusqu’à Marseille. Arrivés à 17 heures après 32 heures de voyage, ils passent quelques jours dans le fort Saint Nicolas, couchés sur de la paille sur un sol en ciment. Près de deux cent personnes se trouvent dans le fort.

     Le 28 septembre, il fait très chaud, à peine supportable. Ce jour-là, embarquement en direction d’une petite île nommée FRIOUL. C’est un rocher près du château d’if au sud de MARSEILLE, où que l’on regarde, rien que des rochers. Le ciel et la mer aussi loin que l’on peut voir. Les habitants de la région les ont très mal accueillis. Les soldats qui les accompagnaient devaient les protéger de la foule sinon elle les aurait lynché. Sur cette île, il y plusieurs centaines de   personnes, dont des femmes avec des enfants en bas âge. Beaucoup sont malades à cause de la mauvaise alimentation et le manque d’hygiène (ex.: rester pendant quatre semaines dans les mêmes habits). Dormir sur un sol en ciment provoque des courbatures. Il y a trois médecins alsaciens sur place. Ils soignent gratuitement, mais les médicaments sont à payer. Mais avec quoi ? Le soir, les jeunes et les anciens chantent. Ce sont les hommes d’Aspach qui ont mis un peu d’ambiance avec quelques chansons joyeuses.

     Le 15 octobre, 500 hommes ont été désignés pour être embarqués, mais personne ne connaît la destination qui s’avérera être la Corse. Sur le trajet, ils ont essuyé une grosse tempête. Le bateau transporte d’habitude des animaux. Les hommes sont donc installés dans des étables. Auparavant des mulets y avaient séjourné. Il y avait une puanteur épouvantable. Tous étaient malades dans cette odeur infecte et avec les roulis de la mer déchaînée…

     Le voyage en bateau a duré 12 heures pour accoster dans le port de San-Sebastian. Après, nouveau départ en train cette fois dans un wagon à bestiaux. Durée du voyage : cinq heures. Arrivée à l’île Rousse. La plupart des hommes n’avait plus mangé depuis deux jours et demi et maintenant il fallait gravir une pente sous un soleil écrasant. La population corse a très mal accueilli tous ces hommes, les traitant de ‘Boches du Nord’ même les soldats et les gendarmes qui les accompagnaient les ont maltraités. Première nuit passée dans une église, sur de la paille pourrie. Le 22 octobre, départ de la Corse en bateau. Après 19 heures de trajet, ils se retrouvent de nouveau sur l’île de Frioul, alors que tous espéraient se retrouver en France continentale. Quelle déception !

     4 novembre, il y a plus de 1 500 personnes sur l’île. Des Alsaciens, des Lorrains, des Allemands, des Autrichiens, des gens de grande culture, des religieux, des millionnaires, des directeurs d’usines etc…

frioul

     Pour s’occuper, ces hommes devaient charger des bateaux, pomper de l’eau, et préparer les repas du lendemain. D’autres devaient transférer des documents datant de 1792 d’un bâtiment à l’autre ou nettoyer des bateaux.

     Ils se faisaient aussi du souci au sujet de leurs familles dont ils n’avaient que de rares nouvelles, alors qu’il y avait la guerre dans notre région. C’est dans la prière que les hommes ont trouvé du réconfort. Les fêtes religieuses tenaient une grande importance dans leur détresse. Elles leur rappelaient les jours heureux qu’ils n’avaient jamais si bien appréciés que loin de leur pays.

     Ce n’est que vers la fin décembre 1914 que les premiers prisonniers ont pu rejoindre Marseille. Le 3 janvier 1915, les derniers captifs ont été libérés. De là, ils sont partis pour travailler soit dans les usines, soit dans les fermes selon leur convenance car la main d’œuvre masculine est rare en ces temps de guerre.

     Ils sont 52 hommes d’ASPACH à avoir fait ce douloureux voyage. Tandis que les jeunes en état de se battre ont été incorporés dans l’armée allemande sur le front Russe. Depuis le début de cette guerre ils n’ont pas pu rentrer au pays, car les habitants du village ont tous été évacués dans d’autres régions éloignées du front, le 15 décembre 1915.

Du carnet de guerre de Joseph BURGY          http://www.parole-aspach.fr/bulletins/journal_captivite.pdf
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Le camp des Tracteurs

27 janvier 1918 : Faute de grands combats on organise toujours l’arrière front

 De notre jeune correspondant Jean Francart de Saint-Rémy-sur-Bussy

     Dans ce mois de janvier de grands travaux se poursuivent sur le territoire de Saint-Rémy. Un camp beaucoup plus grand que les deux premiers est édifié au lieu-dit le Mont des Temps, à gauche de la route de Somme-Suippe, face au camp Marchand, un peu au-dessus du chemin des champs qui relie la route au Mont Thomas. Il est destiné à loger les hommes et les chevaux des grandes unités d’artillerie et de transport. Dans de grands baraquements en bois bien aménagés en écuries, les chevaux sont alignés face à face sur deux rangées parallèles, séparées par les râteliers et les bacs.

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     Une maréchalerie est également construite à l’entrée du camp. En face des écuries, des baraquements sont construits, les uns destinés au logement des hommes et des services, les autres transformés en magasins pour abriter les vivres des hommes et des chevaux. Pour desservir ces deux rangées bien alignées, on a aménagé une route bordée de fossés pour l’écoulement des eaux. Les chevaux par leurs déjections donnent beaucoup de fumier de bonne qualité, il est répandu dans les champs avoisinants et les cultivateurs peuvent venir en chercher pour améliorer leurs terres.

     Ces deux camps ont un très grand besoin d’eau, pour leur en fournir, un puits a été creusé dans le fond de la vallée, au midi du camp dans un bois en bordure de la traverse de Saint-Rémy à Suippes. Pour la transporter à destination, une canalisation en tuyaux de fonte est enterrée reliant le puits aux deux camps et une puissante pompe aspirante et foulante envoie l’eau sur place. On l’appele le camp des tracteurs.

Tiré de: Histoire du village de Saint-Rémy-sur-Bussy, pendant  la guerre de 1914-1918 et au-delà de Jean FRANCART
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La dame au chocolat

6 janvier 1918 : Depuis les mutineries du chemin des Dames, la vie des soldats s’est bien améliorée. Il a fallu cette crise qui aurait pu être tragique, pour que le nouveau chef des armées le Général Pétain fasse preuve d’humanité envers les soldats. Ils ont droit maintenant quotidiennement à un 2ème quart de vin et à un casse-croûte au matin après le café (charcuterie, fromage, chocolat, sardines etc…) . Une nouvelle organisation s’est mise en place pour éviter le gaspillage du pain, améliorer l’ordinaire et pour clôturer le tout une permission obligatoire de dix jours tous les quatre mois et la construction de foyers du soldat. Ces foyers se trouvent répartis tous les 10km le long de l’arrière front.

De notre jeune correspondant Jean Francart de Saint-Rémy-sur-Bussy

     On trouve à Saint-Rémy-sur-Bussy comme maintenant dans tous les villages de la zone des Armées une coopérative de vente au prix coutant qui règle le problème du marché noir avec ses prix exorbitants.

     Un foyer est installé dans la grande salle du café, il est tenu par une dame qui vient de la région parisienne, on y sert des boissons chaudes gratuitement, généralement du chocolat au lait.

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 Coopérative de Saint-Rémy-sur-Bussy
Tiré de: Histoire du village de Saint-Rémy-sur-Bussy, pendant  la guerre de 1914-1918 et au-delà de Jean FRANCART

A Bouy une américaine est arrivée à la fin de l’année, elle s’appelle Miss Smalley, elle parle très bien le Français, elle a vite été adoptée par les soldats qui retrouvent dans son foyer la mère ou la femme qu’ils ont laissée il y a déjà plus de trois ans. L’armée l’a aidée en lui montant deux baraques préfabriquées.  On la surnomme « la dame au chocolat » .

Voici ce que nous en dit miss Smalley elle même

     Ce sont deux baraques en bois, qui communiquent par un couloir. Une pour la cantine, et une pour la salle de correspondance et de lecture. Chacune fait 30 mètres de long et 6,75 mètres de large. Du carton bitumé sur le toit. Et du plancher par terre… Il paraît que ce n’est pas partout aussi bien mais le général Gouraud apprécie les Foyers de soldat et il suit fidèlement les recommandations ministérielles. Donc pour nous, pas de sol de terre battue, comme souvent. Dans la première baraque, des bancs, des chaises, et des tables, perpendiculaires aux murs et très pratiques : il suffît de replier les pieds articulés et d’appliquer les tables contre le mur, et la cantine se transforme en salle de cinéma qui peut contenir près de 500 personnes ! Oh et puis je crois que je vais te faire un croquis sur un petit bout de papier, tu te rendras mieux compte de l’endroit où je vis…

foyer

     J’ai mis aux murs des drapeaux, des affiches (celles de la SNCF ont beaucoup de succès avec leurs paysages de la campagne…) J’accepte aussi les dessins que m’offrent les soldats, il y a beaucoup d’artistes parmi eux. Beaucoup d’amateurs ou même de professionnels aux multiples talents : dessinateurs, conteurs, musiciens, comiques… Ils sont toujours d’accord quand je leur demande de nous montrer ce qu’ils savent faire. Cela crée une complicité et j’aime l’ambiance fraternelle qui se dégage de ces petits spectacles, parfois improvisés.

     J’ai décidé de programmer une séance de cinéma par semaine. Le plus souvent ce sont des documentaires sur la guerre, mais de temps en temps on me procure un film. En tout cas c’est un moment vraiment convivial.

     Tu verrais les enfants du village. Eux qui courent partout, et dont les sabots (mais oui, les sabots !) sur les cailloux font un bruit d’enfer… Dès que le film commence tu entendrais voler une mouche !

 Tiré de: Miss Smalley, la dame au chocolat de Chist Chenel  (lettre à son frère)
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Noël en famille

26 décembre : Noël

De notre jeune correspondant Jean Francart de Saint-Rémy-sur-Bussy

     A la veillée de Noël, la messe de minuit eut cette année un éclat particulier, si la ferveur fut grande, les esprits étaient inquiets car nous entendions le canon gronder sur le front. Le jour de Noël à la messe du jour il y a eu une affluence jamais égalée. Un régiment d’infanterie du 1er corps d’armée recrutement de Lille se trouve cantonné à Saint-Rémy. L’église, en plus des civils, a été littéralement envahie par ces gars du Nord, tous les bancs, toutes les allées furent remplies par des soldats debout et très serrés. Les chants étaient organisés par des aumôniers et repris en chœur par les paroissiens et les soldats, ce fut impressionnant de piété et de ferveur, pour moi cette messe de Noël restera inoubliable.

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     Malheureusement une partie de ces soldats ont été victimes dans la nuit du 22 décembre d’un incendie qui a tout détruit. Le feu a pris dans la grange à cause d’une imprudence.

     Les hommes obligés de coucher dans la paille sur les tas de récoltes n’ont pour s’éclairer la nuit que des bougies qu’ils posent dans des goulots de bouteilles sur un rebord ou dans un trou du mur. Ce soir-là il arriva qu’une bougie toute allumée tomba entre deux tas, la paille prit feu, tout fut embrasé d’un seul coup. Les soldats couchés, n’ont eu que le temps de se sauver sans rien emporter, ils se retrouvèrent dehors ayant tout perdu, vêtements, argent, souvenirs de famille et plus grave les colis de Noël qu’ils avaient reçus de leur famille.

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     Ils se réfugièrent dans le reste du village, nous en avons eu plusieurs chez nous, un grand mouvement de solidarité s’est organisé en leur faveur, les civils les reçurent chez eux dans la famille pour passer les fêtes de Noël. De leur côté, les autres soldats partagèrent avec eux leurs colis de Noël et ils en furent tout réconfortés.

Tiré de: Histoire du village de Saint-Rémy-sur-Bussy, pendant  la guerre de 1914-1918 et au-delà de Jean FRANCART

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Le Tunnel

10 décembre 1917 : La guerre continue avec son lot de victimes quotidiennes, la routine. La guerre se résume en coups de main pour faire des prisonniers pour le renseignement. On creuse, on se barricade, on aménage, on se protège.

De notre correspondant le sapeur Julien Poulhès du 3eme Génie à la Main de Massiges

     Depuis le 11 Juin, nous avons commencer un tunnel du pied de la Main au sommet, à 1 kilomètre des lignes. Ce tunnel doit aboutir presque en première ligne et servir pour les relèves, les corvées de soupe ou de matériel. Il remplacera les boyaux qui passent au-dessus de la butte. Ce sera bien toujours un travail de mineur mais tout de même plus intéressant que de creuser des mines. Et puis ce tunnel pourra peut être épargner  quelques vies humaines.

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     En temps ordinaire nous aurions trouvé ce travail pénible mais en venant de la pose des fils de fer en première ligne, on se trouve bien ici. On travail avec goût et on fait beaucoup de travail. Nous avons commencé deux tunnels à la fois, un au Fer de Lance et l’autre au pouce de la Main de Massiges . Dans chacun des tunnels, nous avons installé des moteurs qui fournissent l’électricité et l’air comprimé. Nous avons donc l’éclairage et des perforeuses électriques et à air comprimé. Dans l’un d’eux, qui est en ligne droite, nous avons un treuil électrique qui tire les wagonnets de terre. Pour le moment c’est moi qui suit à la commande du treuil. Les tunnels ont 2 mètres de larges et 2,10 mètres de haut. Nous avançons d’un mètre à chaque séance de travail et il y à trois équipes de travail sur 24 heures.

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Depuis que le régime des permissions est réglementé on se sent beaucoup mieux, je suis parti 10 jours au mois d’aout en prenant le train à Somme Tourbe et je vais repartir pour la même duré.

     Malgré tous les camouflages, les boches se sont aperçus qu’il y avait des tas de terre à l’entrée des tunnels et ils se sont mis à les bombarder. Pour le camoufler, on se sert de larges grillages métalliques sur lesquels on a épingle de l’herbe artificielle. Hier un obus nous a cassé plusieurs cadres à l’entrée du tunnel, il a fallu des remplacer. Mon treuil qui était un peu en dehors du tunnel est détruit.

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Le ventilateur

     Si c’est nous qui finissons le tunnel, ce qui ne serait pas étonnant, nous sommes bien là pour tout l’hiver. Aussi, nous avons aménagé nos cagnas le plus confortablement possible. Nous avons planches et poutrelles à notre disposition pour coffrer le tunnel. Il est possible d’en soustraire pour notre aménagement. Nous nous sommes donc mis à l’abri des courants d’air. Avec de gros tuyaux de ventilateurs, nous avons fabriqué des poêles. Certaines cagnas ressemblent à de petits salons si ce n’était les lits superposés. Un des grands avantages que nous avons sur l’infanterie c’est de changer moins souvent de place.

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Le train d’artillerie

25 novembre 1917 De notre jeune correspondant Jean Francart de Saint-Rémy-sur-Bussy

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     Depuis la gare de Tremblay, le génie militaire a construit quatre lignes de chemins de fer en épis dans la direction sud-nord, des unités d’artillerie lourde sur voie ferrée sont venues prendre position à cet endroit avec de très grosses pièces à longue portée montées sur des wagons très solides et aménagés pour. Au moment du tir, ces wagons reposent sur de puissants vérins pour atténuer le choc au départ. Au début, ces pièces étaient servies par des soldats français. Ils furent relevés peut après par des soldats portugais qui sont venus avec tout leur matériel.

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     Les aviateurs allemands ont pris la mauvaise habitude de survoler le village et ses environs pour repérer et à l’occasion jeter quelques bombes. Pour protéger le village et les installations très importantes sur le territoire, six pièces d’artillerie de soixante-quinze furent transformées en batteries aériennes, deux dans la butte de la Tomme qui en est très dégradée, deux au sommet de la Blanche Voie et deux autres au Mont des Temps. Pour installer ces pièces, six trous en forme d’entonnoirs ont été creusés, un pivot très solide fut enfoncé dans le fond de chaque trou.

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     La pièce posée sur ce pivot, le tube dirigé vers le haut, elle ont la faculté de pouvoir tirer tous azimuts. Pour permettre le déplacement aisé du tireur et des chargeurs, un plancher est posé entre le pivot et le bord du trou. A la vue d’un ou plusieurs avions ennemis, l’officier de tir donne ses ordres mais en réalité chaque pièce est réglée par la vue du pointeur, leur tir n’a qu’un effet dissuasif parce que les coups au but sont rares et qu’ils sont l’effet du hasard, mais malgré tout, pris dans le feu de plusieurs pièces, les avions ennemis n’insistent pas et disparaissent. Ce qui est le plus dangereux, c’est que les éclats retombent sur le sol, il est plus prudent de se mettre à l’abri. Les cultivateurs dans les champs n’ont rien pour se protéger. Depuis le début de la guerre, les raids de l’aviation allemande s’accentuent, les bombes transportées deviennent de plus en plus lourdes et plus dangereuses. Une sape profonde réalisée en dessous de la mairie est destinée à servir de refuge pour les enfants de l’école en cas de bombardements. Pour permettre à l’état-major de communiquer avec tous les secteurs du front, une drague à godets vint ouvrir une tranchée de Saint-Rémy au nord de Somme-Suippe dans laquelle de nombreuses lignes téléphoniques sont enfermées dans des gaines de plomb.

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 Tiré de: Histoire du village de Saint-Rémy-sur-Bussy, pendant  la guerre de 1914-1918 et au-delà de Jean FRANCART
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