Les noirs sont au village

28 octobre 1917 : Les nouvelles du front . Nous faisons des coups de main par incursion chez l’ennemi. Ce dernier semble avoir renoncé à faire une grande attaque. Notre artillerie recherche les dépôts de   récipients à gaz allemands pour les détruire. Sinon, le front est calme.

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 De notre jeune correspondant Jean Francart de Saint-Rémy-sur-Bussy

      Avant la guerre nous n’avions jamais vu de noirs. Ce mois d’octobre un bataillon de Sénégalais est venu cantonner au village, ces gens viennent de nos colonies de l’Afrique occidentale. On raconte qu’ils ont une tête coupée dans la musette ou un collier d’oreilles autour du cou et qu’ils ne veulent pas s’en séparer, les Allemands d’ailleurs ont très peur. Mais en réalité, ce sont de grands enfants insouciants qui manifestaient leur joie de vivre en riant de tout cœur, au milieu de ces hommes, nous nous sentons en parfaite sécurité à condition de ménager leur susceptibilité. Ils sont soit combattants, soit terrassiers, le plus souvent les deux à la fois. Ceux là sont employés comme terrassiers dans les travaux entrepris sur le territoire.

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     Ces gens sont en partie musulmans et tous les soirs avant le coucher du soleil, ils se rendent au nord de la rivière devant le calvaire et à genoux sur leur tapis de prière, face à la Mecque, ils psalmodient leurs prières en se prosternant, en se levant. Le lieu de la prière est sacré, si des roumis viennent à passer par-là, des sentinelles les écartent et il ne fait pas bon de s’opposer à eux. Avec les autres gamins du village nous sommes à l’affût de tout ce qui est insolite, on s’est rapprochés pour les regarder et on s’est fait expulser sur le champ. Alors, nous sommes passés de l’autre côté de la rivière et cachés derrière un buisson, nous avons rigolé un bon coup en regardant leur comportement, c’était tout de même quelque chose d’inhabituel de voir des musulmans prier devant un calvaire.

 Tiré de: Histoire du village de Saint-Rémy-sur-Bussy, pendant  la guerre de 1914-1918 et au-delà de Jean FRANCART
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On manque de bras

27 août 1917 Les nouvelles du front . L’ennemi semble préparer une attaque de forte puissance et il fait de nombreuses préparations. La semaine dernière, nos tirs d’artillerie ont détruit des récipients à gaz dans la première ligne ennemie sur Souain.

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De notre jeune correspondant Jean Francart de Saint-Rémy-sur-Bussy

      A cause du manque de bras les terres loin du village restent en friche. Les cultures sont travaillées dans des proportions beaucoup moindres qu’autrefois et d’année en année de guerre les surfaces diminuent avec la population qui vieillit.

     En même temps une autre source de revenus vint à manquer: le bétail a presque disparu, décimé par perte à l’exode, par les réquisitions, par les besoins d’argent et surtout par manque de personnel pour cultiver et faire les foins. Il ne reste plus qu’une vache ou deux par ferme. Seule une ferme dirigée par une femme en a encore six ou sept.

Tiré de: Histoire du village de Saint-Rémy-sur-Bussy, pendant  la guerre de 1914-1918 et au-delà de Jean FRANCART

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Les révoltent s’apaisent

13 août 1917 Les nouvelles du front :    Les Allemands mènent toujours des attaques sur le Massif de Moronvilliers que l’on repousse, depuis le mois de juillet, ils utilisent souvent les gaz. Nous organisons de nombreux coups de main afin de ramener des prisonniers et prévenir ses projets. Le plus important a eu lieu le 3 aout part et d’autre de la ferme de Navarin   à Souain.

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Les révoltes des soldats en gare de Châlons se calment depuis que le général Pétain a pris le commandement l’Armée. Il a  augmenté du taux des permissions, maintenant les soldats ont droit   au minimum à leur trois périodes de 7 jours par an, et le retard accumulé depuis longtemps est en train de se rattraper. Les conditions de vie s’améliorent, on construit   de nombreux baraquements dans la zone arrière. Notre jeune correspondant Jean FRANCART, de SAINT-REMY-sur Bussy nous fait part de la création d’un véritable camp composé de nombreux baraquements, destinés au repos de l’infanterie à droite du Mont des Temps au lieu-dit la Tomelle. Ces baraquements bien dissimulés à l’abri des sapins donnent un peu l’impression de désordre, une chapelle en bois y est édifiée, un service y est installé pour prendre en charge l’administration du camp, un aumônier assure les offices religieux de la chapelle. Ce camp est appelé le camp Marchand, du nom d’un officier célèbre pour avoir traversé l’Afrique de l’Ouest à l’Est avec une poignée de tirailleurs sénégalais. Cet officier devenu général fut grièvement blessé à la ferme de Navarin pendant l’offensive de 1915. Un autre camp est en construction dans les sapins en haut de la Blanche Voie à droite de la route de Saint-Rémy à La Croix. Il s’appelle le camp des Bretons.

On y trouve tout le ravitaillement de qualité et on y sert du vin comme dans un bistro, mais en même temps il ne doit pas y avoir d’ivresse, sinon c’est la prison.

Ces camps sont un havre de paix, ils sont assez loin du front pour ne plus entendre le bruit du canon.

La surveillance de la gare de Châlons par la prévôté s’est renforcée et le calme est revenu.

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Les généraux Petain, Gouaud De Poundraguin, viennent de visiter les campements et le PC de Saint-Remy-sur-Bussy.

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Les cloches de Souain viennent d’être transporté à près de l’église de Saint Rémy. Elles ont assuré pendant près de deux ans le service d’alerte aux gaz sur la place du village martyre.

 

Tiré de: Histoire du village de Saint-Rémy-sur-Bussy, pendant  la guerre de 1914-1918 et au-delà de Jean FRANCART

 

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On arrive à vivre

23 juillet 1917 Les nouvelles du front :    On se bat toujours sur le massif de Moronvilliers, mais la bataille s’essouffle et les combats sont stériles.

Jules SENART du 6e Cuirassier vient d’être blessé près de Reims le 17 juillet.

On a fusillé deux soldats il y a trois semaines à l’Epine  : HATRON Gustave dit Maréchal Gaston du 23e d’Infanterie et BILLOIR Camille.

Des  nouvelles notre jeune correspondant Jean FRANCART, de SAINT-REMY-sur Bussy.

      A la fin du printemps le conseil municipal considérant que la quantité de blé existant dans la commune est inférieure aux besoins de la population, a demandé à Monsieur le Préfet l’autorisation d’acheter le blé manquant soit 45 quintaux pour le faire conduire chez Messieurs Brisson frères, minotiers à Châlons-sur-Marne qui lui ont donné la quantité de farine correspondant au grain livré en fixant le prix du blé à 50 francs le quintal pour éviter la spéculation.

     La vie est dure mais nous nous en sortons. Ma mère doit entretenir huit personnes : elle-même, un oncle déjà âgé, cinq enfants, un ouvrier agricole qu’il faut nourrir et payer. Elle a plusieurs sources de revenus.

     Premièrement la vente de la récolte de 18 hectares 75 centiares soit 184 quintaux de récolte moins 17 quintaux qu’il faut garder pour la nourriture du bétail et pour les semences soit 7 227 francs.

     Deuxièmement dans l’année, elle touche 964 francs d’allocations pour quatre enfants.

     De plus de temps en temps, elle touche une indemnité pour l’occupation des bâtiments par l’armée, comme le nombre d’hommes et de chevaux est variable, l’indemnité est toujours changeante et incontrôlable mais la somme totale est peu importante.

     Les chambres occupées par les majors de l’hôpital ou par d’autres officiers sont mieux payées mais la famille est reléguée, ma mère avec ses plus jeunes enfants couchaient dans une pièce borgne sans fenêtre ni lumière, l’oncle avec les deux plus grands enfants couchaient dans le grenier sans feu malgré les courants d’air qui rendent celui-ci glacial. Pendant les hivers nous couchons presque tout habillés. L’ouvrier avec son fils couchent dans l’étable.

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     A tous ces revenus, il faut ajouter les produits de la ferme et du jardin. Avec le lait des deux vaches qui nous restent, nous avons le petit déjeuner du matin et la soupe du soir, s’il en reste ma mère confectionne des fromages blancs. Nous élevons deux porcs par an, ceux-ci sont nourris avec du seigle cuit, des pommes de terre et surtout avec les eaux grasses des cuisines roulantes. Sacrifiés au bout d’un an, ils pèsent de deux cents à deux cent vingt kilos. Ils servent à tous les repas. Le casse-croûte du matin est composé de lard froid et de fricassée restant de la veille, à midi soupe au lard avec légumes, le soir cuisine faite au lard, au saindoux et pour les hommes, le tout bien arrosé avec un litre et demi de vin. Malgré tous ses revenus ma mère pour s’en sortir doit pratiquer une économie très serrée.

     Pour les réfugiés, la situation est un peu moins bonne mais ils peuvent vivre correctement. Tous les hommes jeunes ou vieux ont trouvé du travail dans l’agriculture, une grande partie des femmes a été embauchée par l’hôpital pour le service de la buanderie. Les mères de famille tout en restant chez elles lavent pour les soldats, ce qui leur donne un complément de revenus. En supplément les réfugiés touchent une allocation plus élevée que celle qui est accordée aux femmes de mobilisés, leur situation est encore acceptable. Pour les personnes âgées il n’y a pas de problèmes, elles vivent au cœur de la famille et suivent le sort de celle-ci. Seuls quelques couples âgés ou des personnes seules sans famille, avec des ressources insuffisantes, vivent la pauvreté, mais il y a la solidarité, civils et soldats s’ingénient pour leur donner le nécessaire et quelquefois un peu plus. La vie est dure pour tout le monde mais nous avons la chance si l’on peut dire de vivre dans la zone des armées, celle-ci a la priorité pour le ravitaillement et nous pouvons en profiter par l’intermédiaire des soldats qui achètent pour nous dans leurs coopératives. Alors que dans les villes et à l’intérieur de la France, beaucoup de personnes connaissent la faim.

 Tiré de: Histoire du village de Saint-Rémy-sur-Bussy, pendant  la guerre de 1914-1918 et au-delà de Jean FRANCART
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Les bérets à pompon

24 juin 1917 Les nouvelles du front :    On se bat toujours sur le massif de Moronvilliers, aucun gain significatif.

Certain d’entre nous ont aperçu ça et là des marins sur le champ de bataille, c’est normal, ce n’est pas une vue de l’esprit.

En effet les marins participent aux combats terrestres, principalement dans l’artillerie lourde. Ils utilisent les canons de gros calibres des place fortes maritimes qui ont été désarmées.

Ces pièces sont amenées en arrière des premières lignes où leur rôle est salutaire.

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Depuis l’attaque des monts de Champagne, douze canonnières fluviales sillonnent le canal de l’Aisne à la Marne pour pilonner les Monts de Moronvilliers. Depuis quelques temps trois péniches « La Marcelle, la Jeanne d’Arc et La Saverne » armées de canons de 160 – 190 et 240 mm les ont rejoints. Elles se réfugient dans le tunnel du mont de Billy le Grand lorsqu’elles sont prises à parti par les tirs de contre-batterie allemands.

Canonnieres fluviales. Vue 1.

Leur mobilité leur permettent de se transporter en tous points du front desservi par une voie navigable et de s’esquiver rapidement pour se soustraire aux tirs ennemis, elles ont une facilité de mise en œuvre par simple ancrage aux berges. La performances de leur armement est bonne ( champ de tir tous azimuts, cadence de tir de 3 coups / pièce / minute, portée pratique de 15km pour les pièces de 140mm et de 13,5km pour celles de 100mm.

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Demain les canonnières vont quitter la Champagne pour la Belgique, elles auront tiré plus de 28000 obus, est-ce la fin de l’attaque sur les Monts de Moronvilliers ?

Souhaitons bonne chance aux bérets à pompon.

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Une scène d’épouvante

3 juin 1917 Les nouvelles du front :    On se bat toujours sur le massif de Moronviliers, sans qu’aucun belligérant ne parvient à pendre le dessus.

Nous avons un nouveau témoignage d’un soldat du 1er zouave. Ce dernier est entré et a pu visiter le tunnel du Cornillet avec deux médecins du régiment.

      Pendant toute la journée du 20, notre préparation d’artillerie commença dès le jour à une cadence lente qui va en s’accentuant pour atteindre le maximum d’effet vers midi. Dans l’après-midi, vers 1 heure, un Allemand se rend ; il semble affolé, il prétend que toute la garnison du tunnel est asphyxiée par les gaz et qu’elle va se rendre. Vers 2 heures, un détachement d’une trentaine d’Allemands appartenant au 476e régiment, conduit par un sous-officier porteur d’un drapeau blanc, se rend également, disant que la situation des occupants du tunnel est intenable.

Mont Cornillet Tunnel - 3

     A 4 heures et demie, l’attaque se déclenche sous un soleil levant radieux. Les zouaves sont partis dans un ordre parfait. Cependant, le barrage de l’artillerie et des mitrailleuses ennemies est difficile à franchir. Il faut, pour atteindre la crête, gravir sous le feu une pente de 200 mètres, briser de nombreuses résistances locales, mitrailleuses dans des trous d’obus, blockhaus non détruits, et cependant la crête est franchie. Maintenant l’obstacle ne vient pas de face – il n’y a pour ainsi dire plus d’infanterie allemande – mais du côté du mont Blond, où sont des mitrailleuses et surtout des barrages d’artillerie, car l’ennemi ne doute pas de sa défaite et déjà il écrase le sommet de ses obus. Sans doute croit-il pouvoir encore protéger les entrées de son tunnel et sauver la garnison. Les zouaves descendent les pentes Nord ; le terrain est bien plus bouleversé de ce côté que du côté Sud. Ce bouleversement, par la gymnastique qu’il exige, est un obstacle à la rapidité de la progression. La compagnie du génie marche avec les fantassins, transportant ses appareils pour nettoyer les abris et le tunnel. La difficulté est de trouver les entrées car elles ont été obstruées par le bombardement. La réaction de l’artillerie allemande ne s’exerce que sur le sommet. L’ennemi croit sans doute que le tunnel est encore en sa possession. Donc, sur le versant Nord, on est beaucoup moins marmité. On tue ou l’on capture les groupes qui se défendent encore dans les trous d’obus. Une compagnie s’élance même à la poursuite de quelques Boches qui s’enfuient et qui l’entraînent bien au-delà de l’objectif fixé, jusque vers Nauroy. Dans la nuit, on fixe la ligne en réunissant entre eux des trous d’obus. Les chefs de bataillon ont installé leur poste de commandement au-delà de la crête, sur le versant Nord, dans des trous vaguement aménagés en abris.

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     Vers le milieu de la nuit, des ombres cherchent à traverser nos lignes. On les arrête. Nul doute : il y a encore des Allemands vivants dans le tunnel. Mais où sont donc les entrées? Au petit jour, deux Boches qui cherchent à fuir nous font enfin découvrir l’entrée principale qui n’est pas bouchée. Le capitaine Legras et le lieutenant Crocher viennent la vérifier : ils la trouvent comblée par l’amoncellement des cadavres sur plusieurs épaisseurs. Un obus de 400 est tombé, le 20 dans la matinée, sur la cheminée d’aération dans la galerie Est, a fait effondrer le carrefour de la galerie transversale et écrasé la chambre où se tenaient les deux chefs de bataillon. De plus, un grand nombre d’obus spéciaux ont été tirés sur les entrées. La garnison presque toute entière a péri asphyxiée. Les aides-majors Forestier et Lumière, malgré l’horreur du spectacle, l’odeur et le danger, pénètrent à l’intérieur par une fente et en passant sur un matelas de cadavres dont les attitudes et les poses permettent aisément de reconstituer la scène d’épouvante. Tous sont équipés, harnachés, armés du fusil ou pourvus du sac de grenades, prêts à sortir pour une contre-attaque ; cependant ils ont dû se précipiter vers les issues quand ils ont senti l’asphyxie venir, et ils les ont eux-mêmes bouchées par leur agglomération. Leurs traits crispés, leurs corps piétinés indiquent la lutte violente pour l’air et pour la vie. Plus loin dans la galerie, les cadavres sont moins entassés. Voici le poste de secours : un capitaine du 476e, la tunique déboutonnée, a les deux jambes brisées placées dans des gouttières ; au carrefour, des infirmiers sont écrasés par les poutres effondrées. Cependant, les deux médecins, dans cette cohue de morts, trouvent un vivant qu’ils ramèneront au jour. Ils continuent leur lugubre visite, sur un banc des bougies récemment allumées. Il y a encore des vivants dans ce souterrain. Cependant d’autres explorations ne feront plus rien découvrir.

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La catastrophe du mont Cornillet

Nous venons d’avoir connaissance d’un rapport intercèpté émis par le   Médecin en chef allemand, le Docteur Nagel sur la tragédie du tunnel

Le 20 mai, tôt à 7 heures du matin, après une pause dans les tirs de deux heures, les français commencèrent de façon systématiquement de nous bombarder à mort.

Quand vînt le premier coup terrible, toute la galerie trembla et tous les dormeurs se dressèrent tels que des fourmis effarouchées, vînt ensuite encore un coup plus terrible et la galerie des commandants avec sa couche de craie de 18 mètres fut enfoncée. Les officiers du bataillon se réunir afin de discuter de la situation. Et quand ils furent tous côte à côte, un obus s’abattit à cet endroit faisant écrouler la galerie qui les enterra tous. Le même sort fut réservé à deux de nos entrées, coup sur coup et la destruction presque entière de la galerie fut l’œuvre de quelques minutes. Le premier bataillon qui était stationné dans la partie Est, fut totalement perdu; l’entrée s’était écroulée sous les tirs, il en était de même avec les couloirs de liaison vers le couloir du milieu. Ceux qui étaient dans la galerie succombèrent en quelques secondes à l’oxyde de carbone que les obus éclatants à cet endroit répandaient avec une grande pression. Ils subirent une mort douce, sans douleurs, sans se douter qu’ils dormaient pour l’éternité. Un seul, qui se trouvait près de la bouche d’aération, put s’évacuer vers le haut; lorsqu’il appela de cet endroit, en bas il régnait déjà un silence de mort et personne n’était en mesure de répondre.

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Dans la partie Ouest, la situation n’était pas meilleure. Certes, l’entrée était détruite; par ailleurs, on pouvait circuler dans la galerie mais à cause du gaz, tous s’étaient endormis pour toujours.

L’oxyde de carbone sortait à partir des galeries transversales en notre direction et il fallait les boucher à l’aide de caisses et de couvertures tout en sacrifiant notre irremplaçable réserve d’eau.

Ce n’était pas très gai dans la galerie sanitaire, l’oxygène commençait à manquer, les intoxiqués par le gaz de combat souffraient beaucoup, gémissaient, toussaient, se tortillaient dans tous les sens, rampaient à quatre pas pour les supplier qu’on leur donne l’oxygène à effet calmant, c’était terrible de ne pouvoir aider que par le biais de la morphine. Lentement une fatigue lourde commença à m’envahir et je cherchais un coin pour dormir. C’est ainsi que   les allées et venues et l’horreur permirent que je reste éveillé et ceci me sauva; celui qui s’ endormait, était perdu.

Entre temps, il était 3 heures, il fallut prendre une décision, celui qui restait dans la galerie était, à coup sûr, perdu. Seulement à l’entrée de la galerie centrale, il y avait encore de l’air frais. Mais, y rester était une arme à double tranchant car le moindre calibre pouvait nous achever. Devant la galerie le barrage d’artillerie était terrible et il en coûtait beaucoup pour quitter la galerie et de s’exposer ainsi au feu roulant.

Celui qui sentait encore de la force dans ses jambes devait aller vers le haut, en première ligne ; la galerie devait être évacuée. Avec un petit nombre de soldats je réussis à sortir et quitter cette tombe qui renferme maintenant plus de 600 hommes.

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