Les bérets à pompon

24 juin 1917 Les nouvelles du front :    On se bat toujours sur le massif de Moronvilliers, aucun gain significatif.

Certain d’entre nous ont aperçu ça et là des marins sur le champ de bataille, c’est normal, ce n’est pas une vue de l’esprit.

En effet les marins participent aux combats terrestres, principalement dans l’artillerie lourde. Ils utilisent les canons de gros calibres des place fortes maritimes qui ont été désarmées.

Ces pièces sont amenées en arrière des premières lignes où leur rôle est salutaire.

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Depuis l’attaque des monts de Champagne, douze canonnières fluviales sillonnent le canal de l’Aisne à la Marne pour pilonner les Monts de Moronvilliers. Depuis quelques temps trois péniches « La Marcelle, la Jeanne d’Arc et La Saverne » armées de canons de 160 – 190 et 240 mm les ont rejoints. Elles se réfugient dans le tunnel du mont de Billy le Grand lorsqu’elles sont prises à parti par les tirs de contre-batterie allemands.

Canonnieres fluviales. Vue 1.

Leur mobilité leur permettent de se transporter en tous points du front desservi par une voie navigable et de s’esquiver rapidement pour se soustraire aux tirs ennemis, elles ont une facilité de mise en œuvre par simple ancrage aux berges. La performances de leur armement est bonne ( champ de tir tous azimuts, cadence de tir de 3 coups / pièce / minute, portée pratique de 15km pour les pièces de 140mm et de 13,5km pour celles de 100mm.

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Demain les canonnières vont quitter la Champagne pour la Belgique, elles auront tiré plus de 28000 obus, est-ce la fin de l’attaque sur les Monts de Moronvilliers ?

Souhaitons bonne chance aux bérets à pompon.

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Une scène d’épouvante

3 juin 1917 Les nouvelles du front :    On se bat toujours sur le massif de Moronviliers, sans qu’aucun belligérant ne parvient à pendre le dessus.

Nous avons un nouveau témoignage d’un soldat du 1er zouave. Ce dernier est entré et a pu visiter le tunnel du Cornillet avec deux médecins du régiment.

      Pendant toute la journée du 20, notre préparation d’artillerie commença dès le jour à une cadence lente qui va en s’accentuant pour atteindre le maximum d’effet vers midi. Dans l’après-midi, vers 1 heure, un Allemand se rend ; il semble affolé, il prétend que toute la garnison du tunnel est asphyxiée par les gaz et qu’elle va se rendre. Vers 2 heures, un détachement d’une trentaine d’Allemands appartenant au 476e régiment, conduit par un sous-officier porteur d’un drapeau blanc, se rend également, disant que la situation des occupants du tunnel est intenable.

Mont Cornillet Tunnel - 3

     A 4 heures et demie, l’attaque se déclenche sous un soleil levant radieux. Les zouaves sont partis dans un ordre parfait. Cependant, le barrage de l’artillerie et des mitrailleuses ennemies est difficile à franchir. Il faut, pour atteindre la crête, gravir sous le feu une pente de 200 mètres, briser de nombreuses résistances locales, mitrailleuses dans des trous d’obus, blockhaus non détruits, et cependant la crête est franchie. Maintenant l’obstacle ne vient pas de face – il n’y a pour ainsi dire plus d’infanterie allemande – mais du côté du mont Blond, où sont des mitrailleuses et surtout des barrages d’artillerie, car l’ennemi ne doute pas de sa défaite et déjà il écrase le sommet de ses obus. Sans doute croit-il pouvoir encore protéger les entrées de son tunnel et sauver la garnison. Les zouaves descendent les pentes Nord ; le terrain est bien plus bouleversé de ce côté que du côté Sud. Ce bouleversement, par la gymnastique qu’il exige, est un obstacle à la rapidité de la progression. La compagnie du génie marche avec les fantassins, transportant ses appareils pour nettoyer les abris et le tunnel. La difficulté est de trouver les entrées car elles ont été obstruées par le bombardement. La réaction de l’artillerie allemande ne s’exerce que sur le sommet. L’ennemi croit sans doute que le tunnel est encore en sa possession. Donc, sur le versant Nord, on est beaucoup moins marmité. On tue ou l’on capture les groupes qui se défendent encore dans les trous d’obus. Une compagnie s’élance même à la poursuite de quelques Boches qui s’enfuient et qui l’entraînent bien au-delà de l’objectif fixé, jusque vers Nauroy. Dans la nuit, on fixe la ligne en réunissant entre eux des trous d’obus. Les chefs de bataillon ont installé leur poste de commandement au-delà de la crête, sur le versant Nord, dans des trous vaguement aménagés en abris.

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     Vers le milieu de la nuit, des ombres cherchent à traverser nos lignes. On les arrête. Nul doute : il y a encore des Allemands vivants dans le tunnel. Mais où sont donc les entrées? Au petit jour, deux Boches qui cherchent à fuir nous font enfin découvrir l’entrée principale qui n’est pas bouchée. Le capitaine Legras et le lieutenant Crocher viennent la vérifier : ils la trouvent comblée par l’amoncellement des cadavres sur plusieurs épaisseurs. Un obus de 400 est tombé, le 20 dans la matinée, sur la cheminée d’aération dans la galerie Est, a fait effondrer le carrefour de la galerie transversale et écrasé la chambre où se tenaient les deux chefs de bataillon. De plus, un grand nombre d’obus spéciaux ont été tirés sur les entrées. La garnison presque toute entière a péri asphyxiée. Les aides-majors Forestier et Lumière, malgré l’horreur du spectacle, l’odeur et le danger, pénètrent à l’intérieur par une fente et en passant sur un matelas de cadavres dont les attitudes et les poses permettent aisément de reconstituer la scène d’épouvante. Tous sont équipés, harnachés, armés du fusil ou pourvus du sac de grenades, prêts à sortir pour une contre-attaque ; cependant ils ont dû se précipiter vers les issues quand ils ont senti l’asphyxie venir, et ils les ont eux-mêmes bouchées par leur agglomération. Leurs traits crispés, leurs corps piétinés indiquent la lutte violente pour l’air et pour la vie. Plus loin dans la galerie, les cadavres sont moins entassés. Voici le poste de secours : un capitaine du 476e, la tunique déboutonnée, a les deux jambes brisées placées dans des gouttières ; au carrefour, des infirmiers sont écrasés par les poutres effondrées. Cependant, les deux médecins, dans cette cohue de morts, trouvent un vivant qu’ils ramèneront au jour. Ils continuent leur lugubre visite, sur un banc des bougies récemment allumées. Il y a encore des vivants dans ce souterrain. Cependant d’autres explorations ne feront plus rien découvrir.

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La catastrophe du mont Cornillet

Nous venons d’avoir connaissance d’un rapport intercèpté émis par le   Médecin en chef allemand, le Docteur Nagel sur la tragédie du tunnel

Le 20 mai, tôt à 7 heures du matin, après une pause dans les tirs de deux heures, les français commencèrent de façon systématiquement de nous bombarder à mort.

Quand vînt le premier coup terrible, toute la galerie trembla et tous les dormeurs se dressèrent tels que des fourmis effarouchées, vînt ensuite encore un coup plus terrible et la galerie des commandants avec sa couche de craie de 18 mètres fut enfoncée. Les officiers du bataillon se réunir afin de discuter de la situation. Et quand ils furent tous côte à côte, un obus s’abattit à cet endroit faisant écrouler la galerie qui les enterra tous. Le même sort fut réservé à deux de nos entrées, coup sur coup et la destruction presque entière de la galerie fut l’œuvre de quelques minutes. Le premier bataillon qui était stationné dans la partie Est, fut totalement perdu; l’entrée s’était écroulée sous les tirs, il en était de même avec les couloirs de liaison vers le couloir du milieu. Ceux qui étaient dans la galerie succombèrent en quelques secondes à l’oxyde de carbone que les obus éclatants à cet endroit répandaient avec une grande pression. Ils subirent une mort douce, sans douleurs, sans se douter qu’ils dormaient pour l’éternité. Un seul, qui se trouvait près de la bouche d’aération, put s’évacuer vers le haut; lorsqu’il appela de cet endroit, en bas il régnait déjà un silence de mort et personne n’était en mesure de répondre.

Monronvilliers plan tunnel

Dans la partie Ouest, la situation n’était pas meilleure. Certes, l’entrée était détruite; par ailleurs, on pouvait circuler dans la galerie mais à cause du gaz, tous s’étaient endormis pour toujours.

L’oxyde de carbone sortait à partir des galeries transversales en notre direction et il fallait les boucher à l’aide de caisses et de couvertures tout en sacrifiant notre irremplaçable réserve d’eau.

Ce n’était pas très gai dans la galerie sanitaire, l’oxygène commençait à manquer, les intoxiqués par le gaz de combat souffraient beaucoup, gémissaient, toussaient, se tortillaient dans tous les sens, rampaient à quatre pas pour les supplier qu’on leur donne l’oxygène à effet calmant, c’était terrible de ne pouvoir aider que par le biais de la morphine. Lentement une fatigue lourde commença à m’envahir et je cherchais un coin pour dormir. C’est ainsi que   les allées et venues et l’horreur permirent que je reste éveillé et ceci me sauva; celui qui s’ endormait, était perdu.

Entre temps, il était 3 heures, il fallut prendre une décision, celui qui restait dans la galerie était, à coup sûr, perdu. Seulement à l’entrée de la galerie centrale, il y avait encore de l’air frais. Mais, y rester était une arme à double tranchant car le moindre calibre pouvait nous achever. Devant la galerie le barrage d’artillerie était terrible et il en coûtait beaucoup pour quitter la galerie et de s’exposer ainsi au feu roulant.

Celui qui sentait encore de la force dans ses jambes devait aller vers le haut, en première ligne ; la galerie devait être évacuée. Avec un petit nombre de soldats je réussis à sortir et quitter cette tombe qui renferme maintenant plus de 600 hommes.

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Le tunnel du Cornillet

20 mai 1917  Le général NIVELLE devant l’échèque du Chemin des Dames vient d’être remplacé par le général PETAIN à la tête des Armées Françaises; le général FOCH est nommé chef d’état-major général auprès du ministre.

Des nouvelles du front : D’après un prisonnier allemand, sous le Mont Cornillet se trouve un tunnel dont on parle depuis quelques temps et qui soustrait leur armée à nos tirs. Son interrogatoire nous apporte de nouvelles précisions.

Moronvillers Cornillet soldats allemands prisonniers

Prisonniers allemands du Cornillet

    Il est constitué de trois galeries parallèles de presque cent mètres de long, elles mènent horizontalement à l’intérieur de ce mont escarpé et ne sont pas revêtues de boiserie mais de troncs d’arbre de la taille d’un homme. Un certain nombre de galeries transversales relient des galeries principales et il faut y avoir habité un certain temps avant de s’y reconnaître. Plus on est éloigné de l’entrée, plus la couche de craie qui couvre est épaisse. La garnison de la galerie compte à peu près 600 hommes, 2 compagnies d’infanterie, 2 compagnie de mitrailleurs, deux compagnies de pionniers, 2 états-majors de bataillon. Une salle qui peut contenir environ 50 blessés, une salle pour les pansements et un dortoir.

     Les hommes de la troupe dans les couloirs ont des bougies, la galerie est fortement occupée dans la journée et seule une faible garnison est postée en haut sur le mont, l’air est tellement vicié vers le soir que les lumières brûlent à peine. Lors de la nuit, la provision en oxygène se renouvelle, en particulier grâce à plusieurs bouches d’aération qui remonte à travers 18 m de craie.

Monronvilliers plan section tunnel

Nous cherchons depuis quelques jours à détruire les entrées du tunnel. Leur aviation est peu présente ce qui laisse à la notre tout le loisir de régler les tirs des grosses pièce d’artillerie de 400mm positionnées à Mourmelon.

Leur première ligne en haut sur le mont passe des sales nuits, on les gâte de grenades à gaz.

Témoignage du M.D.L./ chef Léon ORSANI à la 16e batterie du 6e R.A. à pied en bas du Cornillet

20 mai : Le bombardement est tel que l’ennemi évacue, en partie, ses positions bouleversées et que le nombre des déserteurs ou des fuyards devient important:  » Poursuivant nos tirs sur le sommet du Cornillet, au milieu du fracas et du tumulte, nous vîmes arriver deux sergents du 2e Zouaves qui nous annoncèrent le tremblement de terre dans l’intérieur du Cornillet. Ils nous assurent que c’était un de nos obus qui avait éclaté dans l’intérieur du Tunnel. La fumée opaque sortait de trois bouches: celle du sommet et deux latérales. Le Cornillet était enveloppé d’un nuage gris très odorant. Les Allemands s’enfuyaient de la sortie nord en demandant des secours « 

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La révolte gronde

13 mai 1917 Les nouvelles du front :    Cela fait presque un mois que notre attaque est commencée,  nous tenons toujours les monts du massif de Moronvilliers. La crête est pilonnée sans cesse, les contre-attaques allemandes sont nombreuses.

Compte rendu de l’attaque du 4 mai, « le 70e R.I. gravit les pentes du MONT-BLOND dont il occupe le sommet. Il est arrêté sur la contre-pente de l’autre coté par des feux venant du MONT-HAUT, il est rejeté sur ses positions. C’est un nouvel échec dû à la puissante organisation du terrain au MONT-CORNILLET, où le fameux tunnel met à l’abri des coups de l’artillerie une importante garnison qui ne sort pour occuper ses positions de combat qu’au moment où nos troupes partent à l’assaut. Nos pertes sont sévères: 14 officiers, 719 hommes. Nous avons fait 160 prisonniers, dont 6 officiers. »

Moronvilliers cornillet cote ouest

Arthur VIEVILLE blessé à Aubérive le 10 mai vient de décéder, il laisse une veuve et deux orphelins, il a reçu la Croix de guerre à titre posthume avec la citation à l’ordre de la Brigade «  Brancardier brave et dévoué ; après s’être dépensé sans compter pendant les journées de mai, a été atteint très grièvement par un éclat d’obus en transportant un blessé dans une zone très battue. Décédé des suites de ses blessures »

De notre correspondant André JACQUART natif de Sommepy du 94eRI

     A Pévy, près Jonchery-sur-Vesle, 18 soldats sont amenés de divers régiments, Ils ont refusé de remonter au secteur, après le massacre du 16 avril (35000 morts). Un gendarme garde la porte du poste de police jour et nuit. Un matin, un gendarme apporte le café à ces prisonniers, ils ne sont plus là, 17 sont partis par un trou fait dans un mur pendant la nuit, un seul n’avait pas voulu partir.

De Eugénie JAYEN à Saint-Memmie,

     Des révoltent ont lieu en gare de Châlons sur les quais, lorsque les soldats débarquent, les gendarmes ont du mal à les contenir et à les faire rentrer dans le rang.

     A Mourmelons-le-grand au camp c’est la même situation, des groupes de soldats manifestent et se révoltent.

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     Dans le corps expéditionnaire russe, c’est la même chose les régiments qui ont payés un lourd tribu au Cavaliers de Courcy au nord de Reims sont retirés du front et envoyés au camp de Neufchateau dans les Vosges  et à Baye dans la Marne où ils défilent le 1er mai en chantant La Marseillaise en ayant inscrit sur les drapeaux « SOCIALISME, LIBERTÉ, ÉGALITÉ ».

De notre correspondant le Zouave Louis Bac:

Nous apprenons avec stupeur que des régiments se sont mutinés, ont jeté leurs armes et refusé de monter en ligne! Un morne découragement et une lourde angoisse présent sur les cœurs: serons-nous vaincus malgré les pertes immenses subies, les efforts surhumains dépensés, les bonnes volontés gaspillées?

Que se passe-t-il, la guerre est-elle en train de basculer, est-ce la fin ?

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Les Allemands ne lâchent rien

28 avril 1917 Les nouvelles du front :    Cela fait 11 jours que notre attaque est en route, nous n’avançons plus mais tenons toujours les monts du massif de Mornvilliers.

Ernest MINON et Georges FOLLIAS viennent d’être blessés il y a deux jours au Mont Haut (massif de Mornvilliers).

 

Le Zouave Louis Bac du 8e Zouave nous raconte la journée du 19:

 19 avril : la contre-attaque allemande

     La fusillade s’amplifie, les grenades éclatent, et l’artillerie allemande arrose copieusement nos lignes. Que se passe-t-il ? C’est probablement une contre-attaque de l’ennemi qui cherche à reprendre le Mont Sans Nom.

     Nous ne tardons pas à voir à cent mètres à notre droite des Zouaves refluer, les uns blessés, les autres en combattant : ce sont les 6ème et 9ème compagnies qui ont fléchi sous le choc du 108ème régiment des chasseurs saxons.

     Ces deux compagnies se replient dans la tranchée de Berthmann-Holveg, bientôt suivies par les fritz qui débouchent des maigres boqueteaux et avancent en vagues successives et sans cesse grossissantes.

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 Léon Broquet – Les Marquises –

   Le sergent Moessart, un Breton ou Morbihan qui ne se démonte pas, nous ordonne le feu avec la mitrailleuse Maxime récupérée à l’ennemi. Nous les arrosons copieusement en exécutant un tir fauchant auquel ils ne s’attendaient pas, car ils reconnaissent aisément au bruit que c’est leur matériel qui leur tire dessus ! Nos Saint-Etienne ne chôment pas non plus. L’ennemi se couche, se redresse, fait de nouveaux bons en avant, ce pendant que son artillerie écrase la tranchée occupée par les nôtres.

     Les deux pièces Maxim tirent sans désemparer trois bandes chacune (en tout 1500 cartouches). Nous sommes en plein terrain découvert, un ou deux obus de 37 mettraient toute la section hors combat.

     Nous songeons à nous replier vers la batterie située derrière nous, qui nous offrira un abri et où nous pourrons nous mettre en position pour le cas probable où l’attaque ennemie s’étendrait sur nos devants. Il nous reste encore 1000 cartouches par pièce ; il nous les faudra si l’assaillant s’acharne à vouloir nous reprendre cet incomparable observatoire qu’est le Mont Sans Nom.

     Mais notre barrage d’artillerie bientôt déclenché est mal réglé : 75, 105 et gros noirs s’abattent sur la tranchée de Bethmann que nos artilleurs croient occupée par l’ennemi. Nous entendons les grosses marmites arriver en ronflant et s’écraser à quelques dizaines de mètre derrière nous. Que le tir soit allongé et nous serons broyés sans rémission ! Le Commandant Durant ne peut obtenir les rectifications qu’il demande : les lignes téléphoniques sont rompues, les agents de liaison sont fauchés avant d’avoir rempli leur mission, et les fusées rendues invisibles dans le ciel pluvieux et chargé de fumée. Il menace de brûler la cervelle à l’Officier d’artillerie qui l’accompagne pour le réglage du tir mais qui n’en peut plus.

     A 200 m à notre droite la tranchée de Bethmann est prise par l’ennemi qui la dépasse aussitôt et cherche à s’enfoncer comme un coin entre le 8ème Zouaves et le 7ème Tirailleurs. La 6ème Compagnie est en partie anéantie ; ses trois Officiers sont tués ou blessés. J’apprendrai plus tard la mort de plusieurs de mes anciens camarades de la 15ème Escouade.

     Les Allemands ont essuyé de lourdes pertes ; ils ont été arrêtés dans leur avance par notre résistance et par les deux artilleries qui, une fois de plus fraternellement mêlées, les ont écrasés aussitôt leur objectif atteint. Contre-attaques par le 2ème Bataillon, ils se retirent peu à peu dans les bois, en disputant le terrain pied à pied. A la tombée de la nuit notre ligne du 18 est rétablie, sauf une batterie que les nôtres ne parviennent pas à reprendre.

     Le vacarme peu à peu diminue ; nos 155 se sont enfin tus et nous permettent de regagner la tranchée éboulée où nous nous sentons plus en sécurité qu’en terrain découvert. Mais nous ouvrons l’oeil, car une nouvelle attaque est toujours possible.

     A la nuit tombante je vais faire une rapide incursion sur les lieux du combat : tranchée détruite, cadavres français et allemands, armements et équipements de toutes sortes, des Zouaves terreux et hagards, des prisonniers blessés qui implorent secours ; et, planant sur le tout, cette odeur de terre remuée et de poudre particulière aux champs de bataille.

     Sur notre gauche, à moins d’un kilomètre, de violentes attaques et contre-attaques se déroulent dans le secteur des monts voisins, Casque et blond tenu par le 17ème Corps.

     Vers minuit nous sommes relevés.

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Un part, deux arrivent

23 avril 1917 Les nouvelles du front :    Nous venons d’apprendre la mort d’Iréné SENART le 17 avril à l’ambulance de Vauxtin près du chemin des Dames. Il laisse une veuve et un orphelin.

     Il reçoit la citation suivante à l’ordre du 29e B.C.P. « Chargé d’établir la liaison avec une unité voisine sur un terrain battu par les feux d’artillerie et de mitrailleuses, a fait preuve du plus grand mépris du danger. Blessé, mortellement au cour de sa mission. Chasseur très méritant, au front depuis le début de la campagne »

     Il a reçu la Croix de Guerre et la Médaille Militaire à titre posthume.

     Remi GERARDIN et Etienne JULLION viennent d’être incorporés au 165e RI, ils sont la relève, un part deux arrivent.

      Nous commençons à avoir des nouvelles des combats qui se sont déroulés.

     L’attaque du chemin des Dames dans est un échec, mais on essaie toujours de percer, les régiments fondent comme neige au soleil.

Moronvilliers plan coupe tunnel

      De notre coté c’est une demi victoire pour l’instant, le 17 avril au soir toutes les crêtes du massif de Moronvilliers sont à nous mais on ne peut déboucher de l’autre coté, nous somme écrasé par leur artillerie. Les Allemands ont construit des tunnels sous chacun des monts, ils mènent sans cesse des contre-attaques depuis ces refuges dissimulés et protégés des bombes ; mais nous tenons bon.

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    On a fusillé la semaine dernière le soldat Alfred SINN à Mourmelon le petit pour abandon de poste.

De notre correspondant Camille VILAIN, téléphoniste du 1e R.A.C

17 avril, à 4 h 45 : Un commandement à mi-voix: « En avant! … » Des formes qui bondissent! La première vague s’élance. Il fait encore nuit, sur un fond de sourde rumeur, il y a comme un silence, un grand silence impressionnant. Combien dure-t-il? Puis c’est brutalement le tonnerre des obus, le fracas d’un barrage s’amplifiant jusqu’au paroxysme et couvrant l’aboi des mitrailleuses.

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     D’un coup, tout tremble, tout flambe. De partout jaillissent les fusées, en groupes, en lignes, en bouquets: vertes et rouges chez l’ennemi, blanches dans nos lignes. Des grappes de chenilles lumineuses éclairent un paysage d’apocalypse où, dans l’aube blafarde, roulent de gros nuages noirs. La neige, en flocons serrés, commence à tomber. Sans arrêt, autour de nous, les obus s’abattent, des trous se creusent, des hommes tombent. De tous côtés les balles sifflent, claquent, si nombreuses qu’elles semblent venir de partout à la fois. Des blessés couverts de boue et de sang, hurlant de souffrance, cherchent les postes de secours. Des prisonniers passent, ils se couchent dans la boue à chaque obus .

De notre correspondant Julien Poulhès du 4e Génie

18 avril: Je rentre de permission, c’est pour dire que j’ai le cafard.

     Je viens de rencontrer un lieutenant, il me dit :  » tu rentres de permission et bien tu as du courage, moi j’y serais resté.

     Les deux premières sections de la compagnie ont été en première ligne le jour de l’attaque. Ils me montrent les trophées qu’ils ont rapportés des tranchées boches: poignards, revolver, ceinturons etc. La troisième section y était hier et aujourd’hui c’est la  quatrième, la mienne.

     On me dit que j’ai de la chance. La compagnie a beaucoup souffert des gaz, beaucoup d’hommes ont du être évacués, à Mourmelon le petit le canon fait rage. 

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