Le Christ de Souain

8 septembre : Des nouvelles de nos soldats Nous venons d’apprendre la blessure de Jean JAUNET du 294eRI, le 4 septembre au Canal du Nord. Nous lui souhaitons un prompt rétablissement. Nous rappelons qu’il a déjà été cité trois fois et est décoré de la médaille distinguée du Roi d’Angleterre.

     La grippe que l’on surnomme espagnole est en fait américaine elle a été sans doute introduite par les troupes lors de leur venue en France. Actuellement elle s’est réactivée, de nombreux jeunes soldats en sont atteints, ils partent vers l’arrière mais on ne les revoit pas , la maladie doit être plus grave que l’on veut bien nous dire.

Nous vous communiquons le poème sur le Christ de Souain du Lieutenant HUSSON

 

La mitraille s’abat, chaque jour, sur Souain.

Les fermes, s’écroulant, au hasard s’éparpillent ;

Les pierres en éclats volent par le chemin

Et les rauques canons à grand bruit s’égosillent.

Sur la plaine s’étend la tristesse et la mort.

Quand le canon se tait, le silence effroyable

Remplit la solitude où toute vie s’endort ;

Le corbeau pousse au loin sa clameur lamentable.

La pauvre église gît dans le morne désert.

L’obus a dispersé les antiques ogives

Et les murs, effondrés sous l’ouragan de fer,

Sont déjà revêtus d’herbe et de ronces vives.

Seul est resté debout le grand Christ du chemin.

 

Souain calvaire et soldat

 

Dans les campagnes en deuil, il se dresse, intangible,

Les bras tout grands ouverts. O symbole divin

De pitié, de pardon et d’amour indicible !

Du champ de mort, ô Christ, oh ! ne t’éloigne pas !

Reste, au milieu de nous, sur l’antique calvaire ;

Reste, pour consoler et bénir nos soldats

Et soutenir nos cœurs dans cette horrible guerre.

Accueille, dans tes bras, à leur dernier soupir,

Ceux qui tombent sanglants sur la terre crayeuse.

Donne-leur le repos, la palme du martyr.

Qu’après tant de tourments leur âme soit heureuse !

Tous les sillons, hélas ! sont parsemés de croix.

La mort fauche à grands coups notre belle jeunesse.

Christ de Souain, dis-moi ! dis-moi ! combien de fois

N’as-tu pas recueilli sa plainte et sa détresse ?

Cet immense holocauste, ô Dieu, sera-t-il vain ?

Ces trépas glorieux seront-ils inutiles ?

Non, le sol abreuvé de tant de sang humain

Germera pour le ciel des moissons plus fertiles.

Tôt ou tard, la justice au jour éclatera.

Le crime aura sa fin, le bien sa récompense ;

Humble Christ de Souain, toujours tu seras là,

Du juste qui combat invincible espérance.

Du champ de mort, ô Christ, oh ! ne t’éloigne pas !

Au milieu des obus, reste sur ton calvaire,

Pour couronner un jour l’œuvre de nos soldats

Et pour ressusciter la France notre mère !

Publicités
Publié dans Uncategorized | 1 commentaire

La solitude du chef

25 août : Des nouvelles de nos soldats Nous venons d’apprendre le décès de Céleste LARDENOIS du 135eRI, le 17 août à Laucourt dans la Somme. Il avait été cité à l’ordre du 125eRI « Bon soldat, blessé, pour la deuxième fois, le 28 juin 1915, au bois de la Gruerie, à son poste de combat » et à l’ordre du 135eRI « Bon et vaillant soldat. Blessé mortellement à son poste de combat le 17 août 1918 devant Laucourt ». Croix de guerre et Médaille Militaire à titre posthume.

 

On ne voit que les conséquences négatives des décisions prisent par nos chefs. Ce sont eux qui ont à décider de la tactique à adopter pour répondre à la problématique de ce que la nation leur demande, reconquérir notre sol français et mener nos troupes à la victoire.

Pour répondre à cette demande, il faut envoyer des dizaines de milliers d’hommes au combat et le choix pris conduira à la mort des milliers de soldats.

La solitude du chef à ce moment là doit être pesante, lorsqu’il prend sa décision, il sait qu’il va sacrifier une partie de son armée et que des officiers qu’il connaît à défaut de soldats vont, de par son choix, mourir demain.

GOURAUD1

le Général GOURAUD

Lorsque le Général GOURAUD a décidé de mettre en place des groupes de soldats sacrifiés pour tromper l’attaque allemande, il sait que la plupart ne reviendront pas. Mais il espère que ce choix va sauver une grosse partie de son armée et répondre à la demande qui lui est faite. Bien lui en a pris.

Ce n’est pas la fatalité, c’est bien les conséquences de ses décisions, même si c’est le hasard qui va choisir qui demain va mourir et qui va vivre.

A cet instant là peu aimerait être à sa place. Le chef qui a la destiné de ses hommes entre les doigts est un homme seul, terriblement seul.

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Nous sommes prisonniers

12 août : Des nouvelles de nos soldats: Nous venons d’apprendre la mort de Charles MACQUART le 5 août à Braisne dans l’Aisne au sein du 355eRI. Il a été cité à l’ordre du régiment: « S’est porté deux fois sous un violent tir d’artillerie et de mitrailleuses pour assurer la liaison avec les éléments de la première ligne. S’est acquitté de sa mission avec calme et courage » Croix de guerre et médaille militaire à titre posthume.

 

Voici la suite de l’histoire d’un « sacrifié » le Capitaine AGOSTINI du 21e RI du centre de résistance du « PC Saint Denis » situé à mi-chemin entre la première ligne de la Butte de SOUAIN et la position de résistance du Bois Sabot sur la tranchée de 1915 fortifiée.

     La demi-section occupant le GC/7 dans lequel je me tiens avec le lieutenant Blouctet est commandée par le sergent Drignon. Estimant sans doute que mes « hérissons », c’est-à-dire mes groupes de combat, ne tiendront pas devant la vague d’assaut, on a mis à la disposition de ce gradé une mitrailleuse d’un modèle désuet, dit « de Saint Etienne » et dont le fonctionnement se montre capricieux. N’importe, je vais à lui, « sergent Drignon, il s’agit de faucher tout ce qui va se présenter, devant vous…compris? . 

     Et Drignon de répondre. « Faites-moi confiance, mon capitaine ». 

     A ce moment. les Allemands qui ont perdu un temps précieux aux alentours du PC Saint Denis commencent à déboucher, sur la route Gouraud. Ils s’avancent dans notre direction sans se douter, de notre présence. 

     Drignon met en action sa mitrailleuse, qui par bonheur ne s’enraye pas, et le tac-tac de cet engin produit sur les « Fridolins » un tel effet de surprise qu’ils stoppent leur mouvement en avant et s’aplatissent sur le sol. 

     Entre le tir de deux bandes, une certaine agitation se décèle: ils rampent, font des bonds et procèdent à la manœuvre d’enveloppement. 

     Nous parvenons ainsi à les contenir durant un bon quart d’heure. Mais le nombre et la force finissent toujours par avoir raison du plus faible. La mitrailleuse de Drignon est soigneusement repérée par les engins d’accompagnement ennemis. 

     Soudain, un obus mieux pointé que les autres s’abat sur l’infortunée « Saint Etienne ». Elle saute sous l’effet de l’explosion et retombe les pieds en l’air en même temps que le GC/7 est anéanti. 

     Il ne reste plus autour de moi que le lieutenant Blouctet et quatre de ses hommes. Chacun de nous reprend ses esprits et secoue la poussière qui poudre nos capotes. 

     Des groupes d’infanterie allemande surgissent de tous côtés et j’ai tout juste le temps de m’éclipser, avec mes compagnons dans la cagna en partie effondrée qui servait au lieutenant Blouctet d’abri et de poste de commandement. 

     Tassés les uns contre les autres dans ce repaire, nous nous en remettons à la grâce de Dieu et laissons passer sans broncher ce flot impétueux qui se porte en avant. En proie à l’inquiétude d’être découverts, nous prêtons une oreille attentive aux bruits extérieurs. 

     On entend de lourdes bottes marteler le sol, des commandements rauques, tantôt éloignés, tantôt rapprochés, de brefs coups de sifflet, le défilé au pas accéléré de formations qui se succèdent. 

Agostini dessin Fritz.jpg

     De cette cohue qui déambule droit devant elle, monte un bruit confus de voix, de bouts de conversation, des chants rythmés, des jurons semblables à des aboiements, tout cela mêlé au tintement des armes du fer des outils et du cliquetis des chaînes d’attelage. Tout ce vacarme diminue peu à peu d’intensité puis enfin comme un raz de marée, la vague d’assaut est passée. 

     Cependant, dans leur hâte imprudente, les « Fridolins » ont négligé de visiter, la cagna dans laquelle nous sommes blottis. 

     Je profite de cette circonstance favorable pour faire part de notre conduite à tenir : 

« On restera planqués, ici-même, en attendant des nôtres la contre-attaque qui viendra nous délivrer. Si le secours espéré fait défaut, on patientera jusqu’à la nuit pour tenter de rallier notre ligne intermédiaire de résistance. 

     Et tandis que j’exposais à voix basse ce plan à mes cinq compagnons d’infortune, subitement le canon cessa de tonner sur nous. Intrigué, je risquais un œil au-dehors. Plus personne dans les alentours. Le temps est magnifique, une matinée rutilante de soleil comme au temps des moissons. 

     Ma parole, on se croirait aux grandes manœuvres, « Il n’y a plus de danger », dis-je à mes compagnons. 

« Venez-voir…vite! ça vaut la peine ». Et les cinq rescapés sortent de leur cachette. 

     Maintenant, nous tournons le dos à la butte de Souain pour braquer, nos regards au sud, sur le spectacle inoubliable de la formidable bataille qui se livre à quinze cents mètres de nous, depuis l’Argonne jusqu’aux approches de Reims, sur tout le front de la IVe armée. 

     En ce qui nous concerne, je me rends compte que du point où je me trouve en ce moment, nous sommes encadrés de tous côtés par les troupes allemandes et que pour nous libérer il nous faudra passer au travers. 

     Notre ligne intermédiaire de résistance que j’aperçois là-bas, se révèle par une poussière légère qui s’élève du sol et dans laquelle apparaissent des lueurs semblables aux signaux lumineux d’optique : c’est l’emplacement de nos pièces d’artillerie. 

     Nous voyons nettement la colonne d’assaut qui vient de nous dépasser, marcher au pas de route l’arme à la bretelle, sans doute assurée d’arriver sans coup fléchir à Châlons-sur-Marne en fin d’après-midi et d’y faire une entrée sensationnelle. 

     Elle vient d’atteindre l’orée du bois Sabot et va s’engager, sur le glacis dénudé qui s’étale comme un tapis devant notre ligne intermédiaire demeurée intacte. 

     Sans méfiance, elle s’approche du piège qu’elle n’a pas su éventer. Soudain, dans un vacarme effroyable, l’artillerie franco-américaine dévoile toute sa puissance. 

     Nos artilleurs tirent à vue dans le tas, pilonnent les unités allemandes, broient sans relâche et pèle-mêle, les hommes, les chevaux et les véhicules. 

         De l’endroit où je me tiens, je vois les formations ennemies courir, vaciller, reculer, puis repartir en avant sans plus de succès. 

     Toute la première vague d’assaut s’écroule comme un château de carte et pour tout dire, c’est un carnage épouvantable. Et tandis que je piétine d’allégresse, à la pensée que la quatrième offensive allemande vient se casser les reins de si lamentable façon, quelqu’un derrière moi me touche l’épaule. Je me retourne, 

     C’est un Feldwebel qui donne cet ordre impératif, « Messieurs, vous mes prisonniers… s’il vous plaît, veuillez me suivre… ». 

     Pas moyen de regimber, contre cette injonction, nous sommes prisonniers!

Extrait de « Nous étions les sacrifiés » du Capitaine Agostini 21eRI
Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Nous sommes les « Sacrifiés »

29 juillet : Nous venons d’avoir   par l’intermédiaire d’un rescapé du PC St Denis du sort de ce groupe de sacrifiés. On se rappel que le dispositif de défense contre l’attaque allemande consistait à gazer notre première ligne avec les bouteilles déposées par la compagnie « Z » préalablement évacuée de ses occupants repositionnés 3km en arrière sur l’ancienne ligne de 1915. Ce dispositif ne pouvait donner le change aux Fritz que si on leur faisait croire que le terrain était tenu par la troupe ce qui était le rôle des groupes de sacrifiés répartis dans le » no man’s land ».

Voici l’histoire d’un « sacrifié » le Capitaine AGOSTINI du 21e RI du centre de résistance du « PC Saint Denis » situé à mi-chemin entre la première ligne de la Butte de SOUAIN et la position de résistance du Bois Sabot sur la tranchée de 1915 fortifiée.

Agostini Plan Souain 2

     Pour nous, les sacrifiés, il s’agit avant tout, de se garer des obus et de l’ypérite. 

     Tous les abris sont solidement étayés, mais il importe en premier lieu de ne pas s’exposer à respirer les gaz toxiques qui rampaient insidieusement sur le sol. 

     Pour nous, les sacrifiés, il s’agit avant tout, de se garer des obus et de l’ypérite. Les hommes ont ajusté le masque sur leur figure et portent en bandoulière leur second masque dit « de rechange ». 

       Par précaution, j’avais disposé‚ à mes pieds près du téléphone une petite caisse dans laquelle s’ébattaient deux petits chats, La mort de ces inoffensives bestioles devait prévenir de l’urgence à mettre le masque. Cela dit, il ne restait plus qu’à attendre les événements et agir selon les circonstances. 

     Vers deux heures du matin, le bombardement réciproque des Allemands et des Français a atteint son maximum de violence. 

     C’est alors que je décide de faire sauter le fourneau de mine placé sous la route de Souain à Tahure à l’intersection de deux voies.  Quelques instants plus tard. le sol est secoué comme sous l’action d’un séisme. C’est la mine qui vient de sauter, ouvrant un cratère dans lequel on aurait pu enfouir un immeuble de six étages. 

     Le bois du Cameroun est noyé dans une nappe de fumée ocre et de poussière de craie si épais que je ne me rends plus compte de l’endroit où je me trouve. 

     Les fils de mon téléphone sont hachés depuis hier soir, au début du bombardement. Mais, à partir de maintenant, toute liaison a cessé d’exister, tant le bombardement est intense et le seul parti restant à prendre, consiste à se détendre pour son compte personnel au moment où les Allemands donneront l’assaut. 

Agostini dessin PC

15 JUILLET 1918 – 4 HEURES 10 DU MATIN :  L’aube commence à poindre sans réussir à percer l’opacité des poussières de craie auxquelles se mêle la fumée noire des explosions. Le bombardent est toujours d’une violence excessive. 

     On me rend compte de la destruction des deux observatoires dissimulés sous les sapins lesquels ne sont plus que des squelettes d’arbres, puis c’est le poste de guetteurs installé dans la tourelle blindée, plantée à cent mètres en qui vient d’être détruit. 

5 HEURES DU MATIN :  Il fait un peu plus clair, mais c’est un jour blafard, une sorte de grisaille donnant aux choses l’apparence du flou qui estompe les silhouettes.  Pressentant que le dénouement de cette tragédie ne va pas tarder à se produire. je brûle mon dossier d’archives, les ordres, les consignes et les plans du secteur. Enfin, je rends la liberté aux deux pigeons voyageurs que j’ai en dépôt après leur avoir confié un message donnant les dernières nouvelles de ma situation. 

5 HEURES 30 DU MATIN : Dans le tonner d’un éclatement d’obus, je perçois, de-ci de-là, le bruit sec de coups de fusil tirés en direction de la butte de Souain. 

     Plus de doute c’est la première vague d’assaut ennemie qui fait irruption dans nos avant-lignes et doit avoir pris contact avec les défenseurs des points d’appui Dordogne et Aigle. 

     D’ailleurs, voici qu’une avalanche de projectiles éclate autour du PC Saint Denis réduisant en miettes les vitres de la lucarne qui donne le jour à mon bureau. C’est le barrage roulant dont la nappe des feux percutants pilonne tout sur son passage.  Aussitôt, chacun de nous, court se pelotonner, dans les coins de l’abri et attend que la tourmente passe. 

     Pour tout dire, il n’y avait autour de moi qu’un petit groupe de défenseurs : soit deux fourriers, une paire de téléphonistes, quatre coureurs, les cuisiniers, mon ordonnance et le coiffeur de la compagnie, une douzaine en tout. 

     Par bonheur, le barrage roulant franchit le PC Saint Denis sans que son tapis de projectiles aient causé trop de dégâts et continue, avec une régularité d’horloge, ses bonds en avant, de cent mètres en cent mètres. 

     Mais quelle surprise! Nous ne voyons pas arriver l’ennemi sur nous. Autrement dit, la vague d’assaut n’a pas collé au barrage de feu de son artillerie. 

     Quoi qu’il en soit ce retard imprévu permet aux occupants du PC Saint Denis de relever la tête et de se préparer à résister. Je peux aussi remplir ma mission, qui est de « signaleur ». 

     Tout d’abord c’est le silence qui est momentanément revenu. Mon attention se porte sur la droite du PC ou se fait entendre un vague roulement de ferraille mêlé au vrombissemmt d’un moteur. Je prête l’oreille à ce bruit insolite qui va en s’amplifient. Soudain, deux gros tanks d’origine anglaise et pris par les allemands surgissent, l’un après l’autre d’un fourré et se faufilent en cahotant entre les arbres. 

     Il est évident que l’intention de ces deux monstres est de foncer sur le réseau barbelé qui clôture le PC Saint Denis. Par un hasard providentiel, ces deux redoutables engins sautent en passant sur un chapelet de mines et s’immobilisent à cent mètres de nous. L’un est disloqué, mais reste debout sur ses galets, l’autre s’est éparpillé en pièces détachées sur le sol. 

Souain tank brosse

     C’est maintenant au coiffeur de la compagnie de prendre son tour de faction au poste de guetteur. Soudain, il se retourne vers moi en criant: « Mon capitaine! v’là les boches! ».  Je bondis auprès de lui pour m’assurer du fait et l’aperçois s’avançant de front, dans l’épais brouillard de fumée, une ligne d’ombres chinoises grises, la baïonnette haute. 

     Ces ombres n’étaient plus guère qu’à trente mètres de nous, ce n’était pas le moment d’hésiter. 

     Un fusil à la main, je m’écrie :  Fourrier Guinchard, vite, vite…passez-moi la fusée drapeau ! 

     Et tous deux, avec beaucoup de calme. nous préparons « l’engin-signal ». Je mets un genou à terre, tandis que Guinchard glisse la baguette de la fusée dans le canon du fusil. J’introduis une cartouche dans la culasse : une pression du doigt sur la détente fait fuser verticalement un jet de poudre ver le ciel.  Là-haut, un éclatement se produit, libérant un large drapeau tricolore en papier de soie, qui se déploie et semble suspendu en l’air. 

Agostini Fusees

     Cependant, les Allemands qui ont vu notre manœuvre, s’avancent sur nous.  Dans leur précipitation, ils s’empêtrent dans les fils de fer rouillés qui traînent partout sur le sol, ce qui me donne le temps de me jeter, ainsi que Guinchard, à l’intérieur du PC Saint Denis. Nous fermons la porte du bureau et plusieurs de mes hommes s’arc-boutant contre elle. 

     Les « Fritz », surgissent de partout et les premiers arrivent attaquent l’entrée. Ils supposent sans doute que nous sommes réfugiés au fond de la sape et lancent toutes les grenades dans l’escalier. 

     Cet incident n’ayant duré que l’espace d’un instant permet, néanmoins, de sentir un doute s’éveiller dans mon esprit. 

     Certes, la fusée drapeau avait été lancée et ma mission de signaleur était remplie. Mais ce signal avertisseur émis au milieu des arbres dans le bois du Cameroun, dans un brouillard de poussière et de fumée, a-t-il été aperçu par les nôtres de la ligne intermédiaire. Et qui sait si le lieutenant Blouctet. chargé de répéter mes signaux, a exécuté cette impérieuse consigne? A tout prix, je devais m’en assurer. 

     Ajustant mon casque, je file au plus vite vers la pièce de débarras tout au bout du PC Saint Denis.  M’élançant au dehors par le portillon ouvert, je ne réussis qu’à me jeter parmi les « Fritz », mais avant qu’ils soient revenus de leur surprise je parvins à échapper aux mains qui allaient m’empoigner.  Hardiment, je m’élance dans le petit élément de boyau et à toutes jambes je quitte le PC Saint Denis dans l’étroit couloir de terre qui laisse à peine visible le sommet de mon casque. 

     Dans ma course échevelée, j’essuie des coups de fusil qui fort heureusement me ratent et je passe sous l’épais réseau de barbelés qui sert de clôture au PC Saint Denis. Toujours courant, je parviens à déboucher dans une tranchée abandonnée coupant la « piste d’Elser, ayant la chance extraordinaire de traverser sans dommage cette terrible zone de feu, hachée d’éclats d’obus.  Bref, je finis par atteindre la route Gouraud et là, brusquement, comme par suite d’une coupure de courant, les canons cessent leur vacarme et dans le silence impressionnant qui lui succède, j’entends le joyeux tirelis d’une alouette volant dans l’azur du ciel. 

     Je m’arrête un instant pour reprendre haleine. Et me voilà seul, au milieu de ce gigantesque champ de bataille, entre les deux adversaires qui ne vont pas tarder à reprendre le contact. Un rapide tour d’horizon me parait indispensable pour voir clair dans mes affaires. De l’endroit où je me trouve le terrain est découvert et la poussière légère qui s’élève sur la plaine s’étendant vers Reims me donne la conviction que les troupes Allemandes donnent l’assaut au front de la IVe armée. 

     Devant moi, notre ligne intermédiaire de résistance est pour ainsi dire invisible. Sur ma droite, je vois distinctement une forte colonne ennemie qui descend de la ferme de Navarin et chemine vers le sud, en direction du bois Sabot et du village de Souain. Sur ma gauche, une autre colonne, tout aussi importante dévale vers le trou Bricot et Perthes-les-Hurlus. 

     En résumé, mon secteur est attaqué par deux colonnes latérales qui ont fait irruption sans avoir rencontré d’opposition, tandis qu’entre elles, la colonne du centre a été retardée dans sa marche par les multiples obstacles semés sur son parcours.  C’est elle qui vient d’atteindre le PC Saint Denis et qui se prépare à reprendre sa marche en avant pour rattraper le temps qu’elle a perdu. Déjà, en me retournant, j’ai vu apparaître les premiers éclaireurs qui avançaient sur mes traces. 

     Afin de gagner un peu d’avance sur eux, je reprends le pas de course pour franchir les cinq cents mètres qui me séparent du Groupe de combat n°7. Au fur et à mesure où j’approche, je distingue une demi-section accroupie dans un trou autour du lieutenant Blouctet, dans l’attitude du berger, au milieu du troupeau. Les hommes ont le masque sur la figure et semblent médusé par la violence d’un feu de barrage qu’ils viennent d’encaisser. 

    – « Voilà le capitaine ! » s’écrit-on en m’apercevant. 

     Je fais enlever les masques et je demande eu lieutenant Blouctet s’il a répété mon signal en lançant à son tour une fusée drapeau. Il me répond négativement. 

     _ »Alors dépêchns-nous de la lancer car les fritz ne sont pas loin ». Et joignant le geste à la parole. je prends la fusée de la main de Blouctet pour l’ajuster sur le chevalet de tir. Dans ma précipitation, je casse la baguette en bois blanc. Le soldat Ferrand survient, tenant à la main un bout de fil téléphonique et s’empresse de faire une ligature. 

     -« Vite! des allumettes! ». Et Ferrand me passe une boite de « suédoise ».  J’en craque une, elle s’éteint. J’en craque une seconde, une troisième, sans succès. Je piétine d’énervement. Ferrand prend la boite, vide le contenu dans sa main et frotte le tout sur la composition chimique.  La mèche s’enflamme et le jet de poudre fuse vers le ciel. Le drapeau tricolore se déploie et se dandine majestueusement, tout là-haut, sous son parachute. 

       Ma mission de signaleur est cette fois remplie et j’éprouve une grande satisfaction d’avoir accompli mon devoir dans des conditions aussi tragique.  Sans aucun doute, tous les combattants de notre ligne intermédiaire de résistance ont levé la tête pour voir planer le drapeau tricolore de ma seconde fusée. 

     D’autre part, les unités allemandes qui ont envahi le bois du Cameroun ne vont pas tarder, à submerger mes derniers groupes de combat. En effet, voici deux soldats tous essoufflés et sans armes qui accourent. Ils me préviennent que le GC/8 dont ils font partie vient de succomber. 

     Dès lors, il ne nous reste plus qu’à finir en beauté. 

Extrait de « Nous étions les sacrifiés » du Capitaine Agostini 21eRI
Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

C’est une victoire!

21 juillet : Des nouvelles de nos soldats _ Nous venons d’apprendre la mort de Nestor BERNARD à l’ambulance de Sezanne le 16 juillet. Il est décédé des suites de ses blessures lors de l’attaque allemande de la veille sur Dormans. Il faisait parti du 404e RI.

Georges SENART à été fait prisonnier à Cuchery dans la Marne ce même jour, il est parti en Allemagne pour le camp de Cassel.

Etienne JUILLON a été cité à l’ordre de la 163e Division « Canonnier-Stock, courageux et brave. Le 15 juillet 1918, est resté à son poste de combat jusqu’à épuisement de ses munitions et ne s’est replié qu’à la dernière minute, en combattant pied à pied », il a reçu la Croix de guerre avec étoile d’argent.

 

C’est une victoire :

Nous avons appris par des prisonniers que L’empereur Guillaume II lui-même était à l’observatoire du Blanc Mont pour assister au triomphe de ses armées. Dans l’esprit du commandement allemand, cet  » assaut de la paix » devait donner l’estocade finale aux forces alliées. Cette journée fut au contraire le  » tournant de la guerre « . C’est grâce à la victoire du 15 juillet, remportée par la IVe Armée sans qu’une seule des grandes unités de réserves ait été engagée, que put être déclenchée, le 18 juillet, l’offensive qui va conduire les alliés à la victoire. Mangin est en train de réduire la poche de Château Thierry, les Allemands sont partout repoussés.

Mais les pertes sont lourdes; près de 14.000 Français, plus de 9.000 Américains ont été tués, blessés et disparus, elles témoignent de l’acharnement des combats. Mais ces sacrifices nous donnaient le succès.  Les Allemands ont laissés huit fois plus d’hommes sur le terrain.

Carte1918

L’ennemi a repris ses positions sur la crête de Navarin et maintenant les deux armées dont les tranchées se faisaient face à 100m l’une de l’autre sont maintenant éloignées de deux km. L’espace entre les deux lignes est occupée de part et d’autre par des petits postes avancés qui occupe le « no man’s land » Une autre manière de faire la guerre vient d’être inventée.

De notre correspondant André Grapp du 158e RI -Hurlus.

     Vers 10 heures du soir le 14 Juillet 1918, notre artillerie se mit à tirer et on commença à voir des gerbes de feu s’élever par endroits comme si un obus venait d’atteindre quelque dépôt de munitions. Nous attendions la suite… A minuit, tout l’horizon s’éclaira d’un seul coup : c’était cette fois l’artillerie allemande qui entrait en action. A la hauteur des Hurlus, nous contemplions ce gigantesque feu d’artifice de l’étroit élément de tranchée qui nous avait été assigné comme poste de combat. Nous ne pouvions rien faire de plus que d’attendre le feu roulant préludant à l’arrivée sur nous de la première vague d’assaut, en espérant qu’aucun des obus qui tombaient à l’entoure n’atteindrait d’ici là notre groupe.

     Bientôt une forte odeur de gaz nous incita à mettre nos masques. Après une longue attente, malgré tout assez anxieuse, pour moi comme pour tout le monde, nous entendîmes les arrivées d’obus se précipiter c’était le fameux « Trommelfeuer » , précédant de peu l’arrivée des assaillants. Nous nous mîmes alors à lancer des grenades au jugé, pour faire un tir de barrage à notre manière, mais, ce jour-là, nous ne vîmes pas un seul soldat allemand ! Aucun ne put aborder la tranchée que nous occupions.

     Il n’en fut malheureusement pas de même sur notre droite dont les Chasseurs fléchirent tout d’abord sous le choc de l’ennemi, et notre capitaine, craignant de se laisser déborder, parlait de nous donner un ordre de repli. Mais un adjudant énergique organisa une contre-attaque qui rétablit la situation.

     Tout de même, il s’en était fallu de peu que les assaillants n ‘atteignent notre propre tranchée.

     Les journées du 16 et du 17 se passèrent sans autre incident Mais, le 17 au soir, ordre nous fut donné, une fois la nuit tombée, de nous poster au creux du ravin qui nous séparait de la tranchée Galata. Nous comprîmes que nous allions avoir à la reconquérir le lendemain. Confirmation nous en fut donnée : une vaste contre-offensive allait être lancées sur tout le front de l’attaque allemande, en vue de résorber la poche de Château-Thierry .

     A cinq heures moins cinq, le tir de nos canons se déclenche. A cinq heures précises, c’est pour nous l’heure H. L’aspirant Chauchoin, me dit « Suis-moi, tu as un V . B, il nous le faudra pour envoyer éventuellement des fusées. Et nous voilà partis ! nous nous engageâmes, en file indienne, dans un boyau qui devait nous masquer, sur une bonne distance, aux Fridolins. Instant émouvant malgré tout, mais une fois engagé dans l’action, on n’a plus le temps d’avoir peur, et c’est le plus calmement du monde que nous nous avançons d’un bon pas vers l’objectif.

Agostini dessin mitrailleuse

     Le croira-t-on ? Nous n’avons pas eu à tirer un seul coup de fusil, ni à lancer aucune grenade pour récupérer la tranchée Galata ! Surpris, ses occupants l’ont évacuée en toute hâte. J’aperçois quelques retardataires qui se défilent en rampant par un boyau et les signale à Chauchoin qui fait braquer une mitrailleuse sur le tournant de ce boyau où on les voit apparaître, puis disparaître, les uns après les autres. Nous apercevons les balles qui soulèvent le sable de part et d’autre des corps plaqués au sol.

     Les corps s’immobilisent et la mitrailleuse s’arrête. Mais à peine a-t-elle suspendu son tir que ceux qu’on croyait morts recommencent à ramper et disparaissent, cette fois, définitivement à notre vue. Blessés ? Sûrement mais non pas tués. Le dirai-je ? J’en éprouve un certain soulagement.

     On se réinstalle. Les uns tirent un casse-croûte de leurs musettes. D’autres commencent une partie de cartes. On s’imagine volontiers que rien ne se passera plus dans cette journée du 18.

     Mais, vers 9 heures, un agent de liaison apporte à notre capitaine un pli qui n’est pas de bonne augure. Nous voyons sa figure se rembrunir. Enhardi par le succès de l’attaque du matin, le colonel donne l’ordre de pousser plus avant. Le capitaine n ‘est pas content du tout et il ne s’en cache pas. Il sait que, maintenant, l’ennemi est sur ses gardes et que l’affaire sera chaude. Ne pouvant tout de même se dérober aux ordres reçus, il prescrit à la section du sergent Hugon de tenter je ne sais quelle manœuvre tandis que les autres essaieront de progresser par le boyau que nous avons devant nous et que notre mitrailleur prenait tout à l’heure en enfilade.

     Mais cette fois, c’est l’échec. Le sergent Hugon est blessé. Mon camarade, d’abord blessé au bras avant d’avoir abordé le point critique, me dit au passage : « Chic, j’ai la blessure-filon .! » Il est tué, l’instant d’après, à ce passage maudit.

Extrait de « Testament du dernier poilu d’Alsace André Grappe, du Haut-Doubs à Strasbourg, un destin dans le siècle »
Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Le coup de main du Mont Sans Nom

16 juillet : La situation est stabilisée, les allemands essaient encore aujourd’hui de percer notre dispositif mais en vain. Là où ils refluent nous récupérons par des contre-attaques le terrain volontairement abandonné.

   Nous avons maintenant des précisions sur le coup de main du Mont Sans Nom qui nous donna le jour et l’heure de l’attaque allemande.

     Le Lieutenant Balestié nous annonça que nous devions exécuter une opération d’assez grande envergure. Il étala un plan directeur sur sa table et nous donna quelques explications.

     Le terrain se présentait ainsi : les tranchées allemandes sont distantes d’environ 300 à 350 mètres des nôtres . La zone dans laquelle nous devons opérer est large de 300m et profonde de 500m, l’artillerie va encager le secteur par des tirs pour parer la venue de renforts. Des obus fumigènes masqueront la vue aux mitrailleuses. Le but est de ramener des prisonniers coûte que coûte, rapporter des renseignements sur l’attaque et détruire du matériel. Nous serons 170 hommes scindés en trois groupes, composés de 72 fantassins, 60 grenadiers, 10 pour 3 lances flamme, 16 sapeurs du génie, 8 brancardiers et 4 téléphonistes

 darnand

Carte « Mémoire des Monts de Champagne »

Le Sergent Joseph Darnand du 366eRI nous raconte le coup de main

     Le 14 juillet, dans la matinée, on nous apprit que l’affaire se ferait dans la nuit qui suivrait. Quelle émotion ! Et pourtant nos hommes étaient des braves. Les groupes commencèrent immédiatement à se porter en ligne et à occuper deux abris différents, proches des emplacements de départ. 

     Le lieutenant nous annonça que l’opération était avancée et commencerait à 20 heures, en plein jour. Quel coup de foudre ! Nous qui pensions opérer la nuit, jouir de la surprise, être obligés de sortir en plein jour, traverser 300 mètres entre les lignes, traverser les tranchées boches sur 300 mètres de largeur et pousser à 500 mètres à l’intérieur de leurs lignes ; tout ça en plein jour, sans préparation d’artillerie et simplement derrière un barrage roulant.

     Il est maintenant l’heure, chacun répète les commandements à voix basse : Attention. Trois minutes. Deux. La dernière fut plus longue encore.

     Huit heures. Un tonnerre passa au-dessus de nous. D’un seul coup, notre artillerie venait de commencer son tir, les mitrailleuses de crépiter. Le cri : “En avant !” fut répété et nous partîmes au pas de course.

     La ligne des guetteurs est franchie. On colle au barrage, la deuxième tranchée est dépassée. Chaque groupe marche isolément et sur son objectif respectif. La troisième ligne est là. Les boches sont dans leurs abris, leurs sacs dehors ; on ne s’arrête pas : on dépasse le barrage français ; on prend le bled pour couper au court et on tombe en quatrième ligne avant que l’ennemi en soit revenu, avant qu’il soit sorti de ses abris. Les 155 français pleuvent dru encore. Un obus tombe sur l’abri à quelques mètres. Le tir s’allonge un peu. La tranchée est bouleversée. On fait 40 mètres environ et une entrée d’abri est là. Conformément aux prescriptions données au départ, trois hommes (les derniers) s’arrêtent. Une autre encore : deux hommes se posent là. Devant une troisième entrée la même chose se passe, et enfin, plus loin, la quatrième. L’abri est gardé et les occupants sont prisonniers. Tout s’est passé comme il était prévu. Deux groupes nous protègent à chaque extrémité de la tranchée. Nous sommes en sécurité, gardés de tous côtés. Il faut maintenant faire sortir les ennemis.

     Le travail commence. Quelques mots d’allemand sont connus de tous. Nous crions aux entrées : « Sortez ! Rendez-vous ou kaputt ! » Comme réponse on nous tire des coups de fusil du fond de l’abri. Le temps presse. Je donne l’ordre de lancer des grenades dans trois entrées. On attend à la sortie de la quatrième. Rien encore.

     “Les grenades incendiaires !”, tel est l’ordre qui circule. Elles sont lancées, les marches de l’abri fument ; une fumée noire sort de l’abri mais rien ne se montre toujours à la quatrième entrée restée libre. Les bombes de 8 kilos sont alors jetées. Les trois premières entrées s’effondrent. J’essaie de descendre dans la quatrième. Les coups de feu partent encore, c’est tenter l’impossible.

     La rage me prend. Il y a des boches et nous ne pouvons les avoir. Je fais jeter des grenades dans la dernière entrée. Qu’ils meurent tous alors. Les munitions s’épuisent. “Kamarades ou Kaputt !” répète-t-on. Enfin, dans la fumée, un boche monte et sort, les bras levés, ses vêtements en feu et le visage sanglant. On essaie de lui donner confiance. Il cause français un peu et dit être seul dans l’abri. On lui montre une grosse bombe de 8 kilos que l’on va jeter dans cette dernière entrée. Il appelle alors les autres. Les kamarades montent. Ils sont en sang, brûlent et paraissent être des loques humaines. Ils tremblent comme des feuilles. Il en vient toujours. Combien ? Nous ne savons. Cinquante peut-être. Nous sommes si peu nombreux, dispersés comme nous le sommes. C’est suffisant, nous pourrions de vainqueurs devenir prisonniers. Un arrêt. On remonte. Lancez les grenades ! Quels cris dans l’abri ! Une bombe est enfin jetée pour terminer, elle éclate et l’entrée s’écroule. C’est fini.

     Il faut rentrer maintenant. Les prisonniers reprennent des jambes. Le groupe se rassemble, emmenant les boches. Quatre hommes restent en arrière avec moi pour protéger la retraite. Les prisonniers sont chargés de ce que l’on trouve : appareils de visée, minen, niveaux, caisses, etc… Que renferme tout cela ? Les boches n’ont plus de force… Nous en laissons en route… Les tranchées sont vues au retour. Partout, ce n’est que des dépôts de munitions, minen camouflés, lignes téléphoniques neuves. On détruit ce que l’on peut, on coupe les fils, on brise les plaques de marbre des appareils. On prend les consignes affichées aux portes d’abris. Je m’attarde quelque peu. Nous n’en pouvons plus, nous écumons et nous ne pouvons plus causer. Nous abandonnons du matériel. Nous arrivons vers le blockhaus. Les autres groupes sont rentrés déjà. Le lieutenant est là avec quelques hommes. Il s’inquiétait de notre sort et nous félicite. Quelle joie ! Nous dansons une gigue au son du klaxon que manœuvre le lieutenant. C’est le signal du retour dans nos lignes.

darnand2.jpg

     Les héros du coup de main

Nous nous aidons à ramener nos blessés, et nos deux camarades tués. Nous sautons dans notre tranchée vers 9 heures. Les prisonniers sont déjà à l’arrière. On nous apprend qu’ils déclarent vouloir attaquer le lendemain. La douche ! Nous savons plus tard au P.C. du Bataillon qu’ils sont 27. Trois ont été pris par les autres groupes ; le mien en a 24 à son compte. Nous sommes fiers et nous éprouvons une joie sans bornes. Le 4e Bataillon est à l’honneur. Le coup de main avait duré trois quarts d’heure , le commandant est content de ses grenadiers.

     L’interrogatoire des prisonniers commence ; dans la nuit, nous connaissons d’autres détails. L’ennemi commencera sa préparation à minuit et attaquera au jour, à 4 heures. Mais nous sommes prévenus. Des dispositions nouvelles sont prises. Nous les attendons et nous pensons, dit-on, “au beau bec qui les attend”.

 Extrait du rapport du Sergent Joseph Darnand, 366eRI

 

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

L’attaque est commençée

15 juillet : Ca y est l’attaque allemande est commencée, nous sommes attaqués sur tout le front de Prunay à l’Argonne depuis 3 h 50 à 4 h 10 ce matin. Les Allemands avancent, non sans peine, à travers les organisations de la première position, gênés et éprouvés par les feux des troupes de couverture et par les tirs de l’artillerie qui les contraignent à rompre l’ordonnance de leur attaque. Ils dépassent et encerclent successivement les petits postes, puis les sections avancées, enfin les compagnies d’hinterland, au prix de vifs combats. Vers 7 h 30 ce matin, ils sont presque partout au contact de la position de résistance qu’ils assaillent avec violence.

Agostini Plan General

    Les Allemands croyaient attaquer des troupes ayant joyeusement fêté le 14 juillet. Ils se heurtent à des unités en état d’alerte. Bien plus, alors que la préparation d’artillerie allemande devait commencer à minuit dix, notre contre-prépara­tion débuta à vingt-trois heures trente sur leur troupes massées en attendant l’heure de l’attaque..

    Hier soir un coup de main heureux vers le Mont Sans Nom nous a ramené des prisonniers qui nous ont donnés l’heure et le plan de l’attaque.

    Les petits postes laissés dans l’hinterland, nous ont renseigné de l’avance exacte de l’ennemi en lançant des fusées signal. Cela nous a permis de pilonner leur ligne d’attaque en fonction de leur progression. Ils avaient pour mission de disloquer les premières vagues d’assaut, de les retarder et les faire décoller du « barrage roulant» qui avançait imperturbable, selon un horaire fixé d’avance. Petit à petit les combats de ces sacrifiés se sont éteints, on ne les entend plus, que sont ils devenus tués ou prisonniers, on ne le sait pas.

     Depuis 7 h 30, les Allemands sont presque partout au contact de la position de résistance qu’ils assaillent avec violence mais notre vrais ligne replacée sur l’ancien front de 1915 est solide, l’ordre est de ne pas reculer d’un pouce. Cela fait plus de six heures que l’ennemi attaque dans le vide, il a parcouru trois km, est épuisé est décimé par nos tirs, il se trouve coupé de son ravitaillement en munition et doit mener maintenant le combat. Chaque coup de boutoir dans notre mur défensif se solde pour l’instant par un échec, on tient bon. Par endroit on mène même des contre offensives pour le repousser et se mettre à l’abris des tirs de leur mortiers. Leur artillerie est à bout de course, la notre est à tir tendu.

     Le sort de la France se joue en ce moment.

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire