La dame au chocolat

6 janvier 1918 : Depuis les mutineries du chemin des Dames, la vie des soldats s’est bien améliorée. Il a fallu cette crise qui aurait pu être tragique, pour que le nouveau chef des armées le Général Pétain fasse preuve d’humanité envers les soldats. Ils ont droit maintenant quotidiennement à un 2ème quart de vin et à un casse-croûte au matin après le café (charcuterie, fromage, chocolat, sardines etc…) . Une nouvelle organisation s’est mise en place pour éviter le gaspillage du pain, améliorer l’ordinaire et pour clôturer le tout une permission obligatoire de dix jours tous les quatre mois et la construction de foyers du soldat. Ces foyers se trouvent répartis tous les 10km le long de l’arrière front.

De notre jeune correspondant Jean Francart de Saint-Rémy-sur-Bussy

     On trouve à Saint-Rémy-sur-Bussy comme maintenant dans tous les villages de la zone des Armées une coopérative de vente au prix coutant qui règle le problème du marché noir avec ses prix exorbitants.

     Un foyer est installé dans la grande salle du café, il est tenu par une dame qui vient de la région parisienne, on y sert des boissons chaudes gratuitement, généralement du chocolat au lait.

EPSON scanner image

 Coopérative de Saint-Rémy-sur-Bussy
Tiré de: Histoire du village de Saint-Rémy-sur-Bussy, pendant  la guerre de 1914-1918 et au-delà de Jean FRANCART

A Bouy une américaine est arrivée à la fin de l’année, elle s’appelle Miss Smalley, elle parle très bien le Français, elle a vite été adoptée par les soldats qui retrouvent dans son foyer la mère ou la femme qu’ils ont laissée il y a déjà plus de trois ans. L’armée l’a aidée en lui montant deux baraques préfabriquées.  On la surnomme « la dame au chocolat » .

Voici ce que nous en dit miss Smalley elle même

     Ce sont deux baraques en bois, qui communiquent par un couloir. Une pour la cantine, et une pour la salle de correspondance et de lecture. Chacune fait 30 mètres de long et 6,75 mètres de large. Du carton bitumé sur le toit. Et du plancher par terre… Il paraît que ce n’est pas partout aussi bien mais le général Gouraud apprécie les Foyers de soldat et il suit fidèlement les recommandations ministérielles. Donc pour nous, pas de sol de terre battue, comme souvent. Dans la première baraque, des bancs, des chaises, et des tables, perpendiculaires aux murs et très pratiques : il suffît de replier les pieds articulés et d’appliquer les tables contre le mur, et la cantine se transforme en salle de cinéma qui peut contenir près de 500 personnes ! Oh et puis je crois que je vais te faire un croquis sur un petit bout de papier, tu te rendras mieux compte de l’endroit où je vis…

foyer

     J’ai mis aux murs des drapeaux, des affiches (celles de la SNCF ont beaucoup de succès avec leurs paysages de la campagne…) J’accepte aussi les dessins que m’offrent les soldats, il y a beaucoup d’artistes parmi eux. Beaucoup d’amateurs ou même de professionnels aux multiples talents : dessinateurs, conteurs, musiciens, comiques… Ils sont toujours d’accord quand je leur demande de nous montrer ce qu’ils savent faire. Cela crée une complicité et j’aime l’ambiance fraternelle qui se dégage de ces petits spectacles, parfois improvisés.

     J’ai décidé de programmer une séance de cinéma par semaine. Le plus souvent ce sont des documentaires sur la guerre, mais de temps en temps on me procure un film. En tout cas c’est un moment vraiment convivial.

     Tu verrais les enfants du village. Eux qui courent partout, et dont les sabots (mais oui, les sabots !) sur les cailloux font un bruit d’enfer… Dès que le film commence tu entendrais voler une mouche !

 Tiré de: Miss Smalley, la dame au chocolat de Chist Chenel  (lettre à son frère)
Publicités
Publié dans Uncategorized | 2 commentaires

Noël en famille

26 décembre : Noël

De notre jeune correspondant Jean Francart de Saint-Rémy-sur-Bussy

     A la veillée de Noël, la messe de minuit eut cette année un éclat particulier, si la ferveur fut grande, les esprits étaient inquiets car nous entendions le canon gronder sur le front. Le jour de Noël à la messe du jour il y a eu une affluence jamais égalée. Un régiment d’infanterie du 1er corps d’armée recrutement de Lille se trouve cantonné à Saint-Rémy. L’église, en plus des civils, a été littéralement envahie par ces gars du Nord, tous les bancs, toutes les allées furent remplies par des soldats debout et très serrés. Les chants étaient organisés par des aumôniers et repris en chœur par les paroissiens et les soldats, ce fut impressionnant de piété et de ferveur, pour moi cette messe de Noël restera inoubliable.

32RI sapin-de-noel-militaria-guerre-14-18.jpg

     Malheureusement une partie de ces soldats ont été victimes dans la nuit du 22 décembre d’un incendie qui a tout détruit. Le feu a pris dans la grange à cause d’une imprudence.

     Les hommes obligés de coucher dans la paille sur les tas de récoltes n’ont pour s’éclairer la nuit que des bougies qu’ils posent dans des goulots de bouteilles sur un rebord ou dans un trou du mur. Ce soir-là il arriva qu’une bougie toute allumée tomba entre deux tas, la paille prit feu, tout fut embrasé d’un seul coup. Les soldats couchés, n’ont eu que le temps de se sauver sans rien emporter, ils se retrouvèrent dehors ayant tout perdu, vêtements, argent, souvenirs de famille et plus grave les colis de Noël qu’ils avaient reçus de leur famille.

~hpa0003

     Ils se réfugièrent dans le reste du village, nous en avons eu plusieurs chez nous, un grand mouvement de solidarité s’est organisé en leur faveur, les civils les reçurent chez eux dans la famille pour passer les fêtes de Noël. De leur côté, les autres soldats partagèrent avec eux leurs colis de Noël et ils en furent tout réconfortés.

Tiré de: Histoire du village de Saint-Rémy-sur-Bussy, pendant  la guerre de 1914-1918 et au-delà de Jean FRANCART

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Le Tunnel

10 décembre 1917 : La guerre continue avec son lot de victimes quotidiennes, la routine. La guerre se résume en coups de main pour faire des prisonniers pour le renseignement. On creuse, on se barricade, on aménage, on se protège.

De notre correspondant le sapeur Julien Poulhès du 3eme Génie à la Main de Massiges

     Depuis le 11 Juin, nous avons commencer un tunnel du pied de la Main au sommet, à 1 kilomètre des lignes. Ce tunnel doit aboutir presque en première ligne et servir pour les relèves, les corvées de soupe ou de matériel. Il remplacera les boyaux qui passent au-dessus de la butte. Ce sera bien toujours un travail de mineur mais tout de même plus intéressant que de creuser des mines. Et puis ce tunnel pourra peut être épargner  quelques vies humaines.

Massiges main Dauge2

     En temps ordinaire nous aurions trouvé ce travail pénible mais en venant de la pose des fils de fer en première ligne, on se trouve bien ici. On travail avec goût et on fait beaucoup de travail. Nous avons commencé deux tunnels à la fois, un au Fer de Lance et l’autre au pouce de la Main de Massiges . Dans chacun des tunnels, nous avons installé des moteurs qui fournissent l’électricité et l’air comprimé. Nous avons donc l’éclairage et des perforeuses électriques et à air comprimé. Dans l’un d’eux, qui est en ligne droite, nous avons un treuil électrique qui tire les wagonnets de terre. Pour le moment c’est moi qui suit à la commande du treuil. Les tunnels ont 2 mètres de larges et 2,10 mètres de haut. Nous avançons d’un mètre à chaque séance de travail et il y à trois équipes de travail sur 24 heures.

tunel cruesement

Depuis que le régime des permissions est réglementé on se sent beaucoup mieux, je suis parti 10 jours au mois d’aout en prenant le train à Somme Tourbe et je vais repartir pour la même duré.

     Malgré tous les camouflages, les boches se sont aperçus qu’il y avait des tas de terre à l’entrée des tunnels et ils se sont mis à les bombarder. Pour le camoufler, on se sert de larges grillages métalliques sur lesquels on a épingle de l’herbe artificielle. Hier un obus nous a cassé plusieurs cadres à l’entrée du tunnel, il a fallu des remplacer. Mon treuil qui était un peu en dehors du tunnel est détruit.

Image17

Le ventilateur

     Si c’est nous qui finissons le tunnel, ce qui ne serait pas étonnant, nous sommes bien là pour tout l’hiver. Aussi, nous avons aménagé nos cagnas le plus confortablement possible. Nous avons planches et poutrelles à notre disposition pour coffrer le tunnel. Il est possible d’en soustraire pour notre aménagement. Nous nous sommes donc mis à l’abri des courants d’air. Avec de gros tuyaux de ventilateurs, nous avons fabriqué des poêles. Certaines cagnas ressemblent à de petits salons si ce n’était les lits superposés. Un des grands avantages que nous avons sur l’infanterie c’est de changer moins souvent de place.

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Le train d’artillerie

25 novembre 1917 De notre jeune correspondant Jean Francart de Saint-Rémy-sur-Bussy

     St Remy sur Bussy 1.original

     Depuis la gare de Tremblay, le génie militaire a construit quatre lignes de chemins de fer en épis dans la direction sud-nord, des unités d’artillerie lourde sur voie ferrée sont venues prendre position à cet endroit avec de très grosses pièces à longue portée montées sur des wagons très solides et aménagés pour. Au moment du tir, ces wagons reposent sur de puissants vérins pour atténuer le choc au départ. Au début, ces pièces étaient servies par des soldats français. Ils furent relevés peut après par des soldats portugais qui sont venus avec tout leur matériel.

train

     Les aviateurs allemands ont pris la mauvaise habitude de survoler le village et ses environs pour repérer et à l’occasion jeter quelques bombes. Pour protéger le village et les installations très importantes sur le territoire, six pièces d’artillerie de soixante-quinze furent transformées en batteries aériennes, deux dans la butte de la Tomme qui en est très dégradée, deux au sommet de la Blanche Voie et deux autres au Mont des Temps. Pour installer ces pièces, six trous en forme d’entonnoirs ont été creusés, un pivot très solide fut enfoncé dans le fond de chaque trou.

canon_antiaérien-Châlons_sur_Marne

     La pièce posée sur ce pivot, le tube dirigé vers le haut, elle ont la faculté de pouvoir tirer tous azimuts. Pour permettre le déplacement aisé du tireur et des chargeurs, un plancher est posé entre le pivot et le bord du trou. A la vue d’un ou plusieurs avions ennemis, l’officier de tir donne ses ordres mais en réalité chaque pièce est réglée par la vue du pointeur, leur tir n’a qu’un effet dissuasif parce que les coups au but sont rares et qu’ils sont l’effet du hasard, mais malgré tout, pris dans le feu de plusieurs pièces, les avions ennemis n’insistent pas et disparaissent. Ce qui est le plus dangereux, c’est que les éclats retombent sur le sol, il est plus prudent de se mettre à l’abri. Les cultivateurs dans les champs n’ont rien pour se protéger. Depuis le début de la guerre, les raids de l’aviation allemande s’accentuent, les bombes transportées deviennent de plus en plus lourdes et plus dangereuses. Une sape profonde réalisée en dessous de la mairie est destinée à servir de refuge pour les enfants de l’école en cas de bombardements. Pour permettre à l’état-major de communiquer avec tous les secteurs du front, une drague à godets vint ouvrir une tranchée de Saint-Rémy au nord de Somme-Suippe dans laquelle de nombreuses lignes téléphoniques sont enfermées dans des gaines de plomb.

tanche10

 Tiré de: Histoire du village de Saint-Rémy-sur-Bussy, pendant  la guerre de 1914-1918 et au-delà de Jean FRANCART
Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Les noirs sont au village

28 octobre 1917 : Les nouvelles du front . Nous faisons des coups de main par incursion chez l’ennemi. Ce dernier semble avoir renoncé à faire une grande attaque. Notre artillerie recherche les dépôts de   récipients à gaz allemands pour les détruire. Sinon, le front est calme.

Souain butte de S coloniaux

 De notre jeune correspondant Jean Francart de Saint-Rémy-sur-Bussy

      Avant la guerre nous n’avions jamais vu de noirs. Ce mois d’octobre un bataillon de Sénégalais est venu cantonner au village, ces gens viennent de nos colonies de l’Afrique occidentale. On raconte qu’ils ont une tête coupée dans la musette ou un collier d’oreilles autour du cou et qu’ils ne veulent pas s’en séparer, les Allemands d’ailleurs ont très peur. Mais en réalité, ce sont de grands enfants insouciants qui manifestaient leur joie de vivre en riant de tout cœur, au milieu de ces hommes, nous nous sentons en parfaite sécurité à condition de ménager leur susceptibilité. Ils sont soit combattants, soit terrassiers, le plus souvent les deux à la fois. Ceux là sont employés comme terrassiers dans les travaux entrepris sur le territoire.

soldats-senegalais-

     Ces gens sont en partie musulmans et tous les soirs avant le coucher du soleil, ils se rendent au nord de la rivière devant le calvaire et à genoux sur leur tapis de prière, face à la Mecque, ils psalmodient leurs prières en se prosternant, en se levant. Le lieu de la prière est sacré, si des roumis viennent à passer par-là, des sentinelles les écartent et il ne fait pas bon de s’opposer à eux. Avec les autres gamins du village nous sommes à l’affût de tout ce qui est insolite, on s’est rapprochés pour les regarder et on s’est fait expulser sur le champ. Alors, nous sommes passés de l’autre côté de la rivière et cachés derrière un buisson, nous avons rigolé un bon coup en regardant leur comportement, c’était tout de même quelque chose d’inhabituel de voir des musulmans prier devant un calvaire.

 Tiré de: Histoire du village de Saint-Rémy-sur-Bussy, pendant  la guerre de 1914-1918 et au-delà de Jean FRANCART
Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

On manque de bras

27 août 1917 Les nouvelles du front . L’ennemi semble préparer une attaque de forte puissance et il fait de nombreuses préparations. La semaine dernière, nos tirs d’artillerie ont détruit des récipients à gaz dans la première ligne ennemie sur Souain.

381_001_guerre-1914-1918-en-labsence-de-son-mari-mobilise-une-femme-remplit-les-fonctions-de-crieur-public

De notre jeune correspondant Jean Francart de Saint-Rémy-sur-Bussy

      A cause du manque de bras les terres loin du village restent en friche. Les cultures sont travaillées dans des proportions beaucoup moindres qu’autrefois et d’année en année de guerre les surfaces diminuent avec la population qui vieillit.

     En même temps une autre source de revenus vint à manquer: le bétail a presque disparu, décimé par perte à l’exode, par les réquisitions, par les besoins d’argent et surtout par manque de personnel pour cultiver et faire les foins. Il ne reste plus qu’une vache ou deux par ferme. Seule une ferme dirigée par une femme en a encore six ou sept.

Tiré de: Histoire du village de Saint-Rémy-sur-Bussy, pendant  la guerre de 1914-1918 et au-delà de Jean FRANCART

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Les révoltent s’apaisent

13 août 1917 Les nouvelles du front :    Les Allemands mènent toujours des attaques sur le Massif de Moronvilliers que l’on repousse, depuis le mois de juillet, ils utilisent souvent les gaz. Nous organisons de nombreux coups de main afin de ramener des prisonniers et prévenir ses projets. Le plus important a eu lieu le 3 aout part et d’autre de la ferme de Navarin   à Souain.

EPSON scanner image

Les révoltes des soldats en gare de Châlons se calment depuis que le général Pétain a pris le commandement l’Armée. Il a  augmenté du taux des permissions, maintenant les soldats ont droit   au minimum à leur trois périodes de 7 jours par an, et le retard accumulé depuis longtemps est en train de se rattraper. Les conditions de vie s’améliorent, on construit   de nombreux baraquements dans la zone arrière. Notre jeune correspondant Jean FRANCART, de SAINT-REMY-sur Bussy nous fait part de la création d’un véritable camp composé de nombreux baraquements, destinés au repos de l’infanterie à droite du Mont des Temps au lieu-dit la Tomelle. Ces baraquements bien dissimulés à l’abri des sapins donnent un peu l’impression de désordre, une chapelle en bois y est édifiée, un service y est installé pour prendre en charge l’administration du camp, un aumônier assure les offices religieux de la chapelle. Ce camp est appelé le camp Marchand, du nom d’un officier célèbre pour avoir traversé l’Afrique de l’Ouest à l’Est avec une poignée de tirailleurs sénégalais. Cet officier devenu général fut grièvement blessé à la ferme de Navarin pendant l’offensive de 1915. Un autre camp est en construction dans les sapins en haut de la Blanche Voie à droite de la route de Saint-Rémy à La Croix. Il s’appelle le camp des Bretons.

On y trouve tout le ravitaillement de qualité et on y sert du vin comme dans un bistro, mais en même temps il ne doit pas y avoir d’ivresse, sinon c’est la prison.

Ces camps sont un havre de paix, ils sont assez loin du front pour ne plus entendre le bruit du canon.

La surveillance de la gare de Châlons par la prévôté s’est renforcée et le calme est revenu.

EPSON scanner image

Les généraux Petain, Gouaud De Poundraguin, viennent de visiter les campements et le PC de Saint-Remy-sur-Bussy.

EPSON scanner image

Les cloches de Souain viennent d’être transporté à près de l’église de Saint Rémy. Elles ont assuré pendant près de deux ans le service d’alerte aux gaz sur la place du village martyre.

 

Tiré de: Histoire du village de Saint-Rémy-sur-Bussy, pendant  la guerre de 1914-1918 et au-delà de Jean FRANCART

 

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire