Le grand retour

Au village de Souain, la vie a repris au début 1920, le maire a signé son premier arrêté municipal en janvier. A la fin de l’année, ils seront 110 à être revenu, il y a plus de travailleurs pour la reconstruction que d’habitants. Le grand retour va s‘échelonner jusqu’en 1924, le village avec ses 200 habitants aura perdu moitié de sa population initiale, seul ceux qui avaient une attache foncière vont avoir le courage de redémarrer une vie de zéro.

Nous avons le témoignage de Blanche Braconnier, elle avait 11 ans en 1914, elle est maintenant devenue une belle jeune fille presque prête à marier.

Quatre années qui allaient faire de notre village un amon­cellement de ruines. A l’image d’un être cher malade, pour qui on se bat avec acharnement pour le sauver, lorsque nous constatons une amélioration de son état, il nous devient encore plus cher. On l’ai­me tant que l’on ne recule devant aucun sacrifice pour qu’il re­prennent pied dans la vie. C’est ainsi que nous aimons Sommepy et qu’à tout prix nous désirons y revivre.

Notre vif désir de rentrer ne pourra se réaliser que bien des mois après l’Armistice. Nous allons rester plus d’un an à Sainpuits en attendant que nous puissions revoir cette terre. Puis un jour tous nos voisins d’infortune rentrent petit à petit chez eux et nous voici les seuls émigrés restants.

Pour partir, il nous faut une autorisation. Or, celle-ci ne peut être délivrée que lorsque nous pourrons certifier posséder un terrain sur lequel sera construite la maison provisoire à la­quelle nous avons droit. Ne possédant aucune parcelle de terre à offrir et après quelques recherches infructueuses, se sera la fa­mille VARENNE qui nous autorisera à construire sur un coin de jar­din lui appartenant. Toutes ces démarches demanderont beaucoup de temps, plus d’un an se passera avant que nous ne puissions partir. Quelle vie nous attend « chez nous » après ces six longues années d’exode.

Puis un jour c’est le grand départ, nous prenons congé de toutes les personnes avec qui nous nous sommes liées d’amitié, et de ce pays dans lequel nous avons vécu quatre ans.

Nous prenons le train pour Sommepy, en gare de Reims c’est le premier contact avec les ruines accumulées par les bombardements. Nous nous y attendions, mais la réalité est bien autre chose.

Nous parcourons ce chemin qui, station après station nous rapproche de notre village, à chacun de ces arrêts nous consta­tons combien ces années de cauchemar ont marqué la région. Etreint d’une certaine angoisse nous voyions le paysage se transformer, les derniers pays du parcours ne sont plus que ruines.

C’est ainsi que nous arrivons chez nous le 16 août 1920 après l’avoir quitté le 2 septembre 1914.

En descendant du train sur le quai de 1a gare nous ne savions pas comment nous allions être ac­cueillis. Les familles qui sont revenues sont installées tant bien que mal, qui dans des baraques Adrian, qui dans des abris allemands construits dans le talus de l’église, qui dans les pre­mières maisons provisoires.

Dépaysés dans notre propre village, nous ne savons pas où diriger nos pas ! Pauvre village défiguré, est-ce bien toi ces amas de pierres, ces quelques pans de murs qui attendent la pioche qui les abattra complètement ? Est-ce bien toi, notre belle église ainsi mutilée ?  Est­ ce bien toi, mon pays, lamentable image de la folie des hommes ? Comme il faut t’aimer pour te revenir !

Enfin nous rencontrons une personne qui nous offre l’hospi­talité. Toute proche de la famille de papa, nous sommes invités à passer le temps qu’il faudra pour attendre le wagon qui amènera no­tre pauvre mobilier.

Après l’échange de quelques nouvelles de nos familles res­pectives, nous avons hâte de nous rendre au cimetière sur la tombe de ma sœur, nous constatons qu’elle n’a pas été bouleversée. Après nous être recueillis sur ce petit coin de terre où repose mon aî­née, nous partons à la découverte de notre nouvelle demeure.

Elle est bien là et semble nous attendre. C’est un baraquement de p1anches, à double parois, recouvertes de joints à l’exté­rieur. Les murs intérieurs et les plafonds sont recouverts de cartons ondulés, le plancher est constitué par de solides planches.

Nous disposons de quatre pièces de 16 m2 chacune. Un appentis com­plète le tout. Si ce n’est pas du luxe, c’est un abri acceptable.

Il est à l’écart du pays, sur la route de Tahure, il n’y a pas trace de vie aux alentours, personne pour nous accueillir.

Nous sommes un peu tristes, la perspective de la vie qui nous at­tend dans ce « chez nous » retrouvé nous inquiète quelque peu. Et c’est alors qu’apparaît un bambin de 18 mois environ, nous apportant son sourire et un peu de soleil. Il est un petit voisin, sa demeure n’est pas éloignée de la nôtre et il nous restera, tout au long des an­nées, très attaché et une profonde amitié est née en ce jour puis­qu’elle dure encore actuellement.

En regardant autour de moi, je suis frappée par l’immense plaine chaotique et désertique qui s’offre à mon regard, cette plaine où nulle végétation n’a repris, où tant de vies humaines ont été sa­crifiées, tant de sang versé.

La terre n’est-elle pas le don de Dieu fait à tous les hom­mes, saccagée, morcelée par eux, elle n’en reste pas moins le don de Dieu fait à tous les hommes.

Extrait de SOUVENIRS de GUERRE à SOMMEPY de Blanche Braconnier

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Le village renaît

L’heure de faire revenir les populations approche, nous sommes en 1920, les annamites terminent de nettoyer le champ de bataille. On les emploie maintenant avec des travailleurs étrangers à déblayer les villages. On construit dans toutes les communes ravagées de grands campements pour loger cette main d’œuvre si nécessaire.

A Souain quatre grands baraquements sortent de terre que l’on nomme « le camp des chinois », ils peuvent accueillir 150 ouvriers. Le village est maintenant un grand chantier, des norias de chariots se succèdent pour charrier les gravats des anciennes maisons. C’est une ruche qui s’active à abattre les ruines des pans de mur au trois quarts effondrés. Les bruits des pics de pioches et des cahotements des roues des tombereaux résonnent dans la cuvette de Souain. Un géomètre est là pour retrouver les limites des propriétés, on en profite pour faire un plan d’alignement qui va redessiner le futur village. On redresse les routes, on échange, on rachète des parcelles pour remembrer et améliorer le parcellaire de la commune.

Tout est maintenant aplani, nivelé, les trous d’obus rebouchés et le sol déminé. Les conditions pour que le village renaisse sont maintenant réunies et l’on voit ça et là se construire les squelettes en bois des futures maisons provisoires « Adrian ». Différents modèles existent chez nous les murs sont en briques, des maçons italiens remplissent les cadres de bois et en quelques jours ces abris provisoires sont montés. Ces petites maisons ont quatre pièces de 12m2 et un appentis, les agriculteurs ont en plus une grange en bois avec devant une écurie pour deux chevaux et trois vaches. L’église et l’école n’échappent pas au baraquement.

Au fond l’église provisoire

Cela fait plus d’un an que la guerre est finie et le village renaît enfin de ses cendres.

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La zone rouge

Le conflit terminé, la nation doit revivre et fonctionner. On va donner des priorités à la reconstruction  de la France, on créé un zonage  de la partie touchée par la guerre. Une zone bleue pour les territoires peu touchés, une zone jaune pour ceux ayant des dégâts importants et une zone rouge ou tout est complètement dévasté.

La zone bleue est rapidement remise en état, dans la zone jaune plus de la moitié des maisons sont détruites et le sol est cultivable, une partie des habitants vont pouvoir revenir rapidement dans les logements  à peu près habitables. La zone rouge elle pose plus de problème, il n’y a plus rien, les populations  ne peuvent pas y revenir s’installer, on a depuis un an tout juste rétabli les axes de communication. Cette dernière zone ne contient pas de village bien que les communes du front sont entièrement rasés et les terres saccagées, ils se trouvent donc en zone jaune.


Source : Gérard DOMANGE, professeur agrégé d’histoire-géographie.

Après bien des hésitations l’Etat va décider de sacrifier la zone rouge, il n’y aura plus de vie, plus d’activité, il va la racheter car elle est trop polluée par les explosifs.  Sur le secteur de Verdun et de l’Argonne, il va la reboiser et en faire des forêts domaniales, sur la Marne il va créer deux camps militaires. Cette décision se fera dans la douleur car il va falloir sacrifier des villages  et ne  pas permettre leur reconstruction.

Cette zone rouge est une bénédiction pour les militaires et six mois après la fin de la guerre on voit apparaître un article de journal qui annonce cette éventualité. Napoléon III a créé en 1857 un camp de manœuvre à Mourmelon-le-grand et la leçon de cette guerre a fait émerger de nouvelles techniques militaires. L’aviation de bombardement est née de ce conflit de même que la prédominance de l’artillerie, il faut aux militaires les moyens  de se préparer à une éventuelle future guerre. D’ou adage « Si tu veux la paix prépare la guerre ».

L’occasion est belle, la ligne de front qui constitue l’essentiel de la bande de zone rouge et qui fait entre 1 et 1,5km d’épaisseur va soudain passer à 10 km de large et va englober une poche de 13500has. Cinq villages  se retrouvent dans ce secteur, ce sont des petits villages d’une centaine d’habitants maximum, il n’y aura donc pas d’opposition marquée. Le camp de Tahure est constitué, les domaines s’activent à retrouver les propriétaires est achètent les terres  pour commencer  à forcer le périmètre tant qu’il n’y a pas retour de population, de toutes manières le retour doit être soumis à l’accord du Préfet.

Camp de Suippes

Le camp de bombardement sera définitivement constitué et passera dans le domaine de l’état en 1935, il prendra par la suite le nom de camp de Suippes. Les villages de Tahure, Perthes-les-Hurlus, Hurlus, Mesnil-les-Hurlus et Ripont vont disparaître administrativement même si le nom des communes va être plus tard rattaché à un village proche, c’est ainsi que le village de Souain prendra le nom de Souain-Perthes-les-Hurlus. Les habitants en feront leur deuil.

Les communes supprimées, il reste  encore les défunts  des villageois enterrés dans les cimetières autour des églises, un projet de rapatriement de leurs dépouilles sera envisagé mais avortera.

Un deuxième camp va être créé de la même manière à Monronvilliers faisant disparaître également les villages de Nauroy et de Moronvilliers.

Une opposition des villages environnant permettra  de réduire quelque peu l’emprise initiale. A toutes choses malheur est bon, la ville de Suippes va voir sa population exploser comme naguère ce fut le cas de Mourmelon-le-grand.

A l’exception des camps et des forêts, la zone rouge sera revendue aux agriculteurs dans les année cinquante cinq.

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Le grand nettoyage

Nous sommes fin de l’année 1919, l’état s’occupe enfin d’organiser la relève des corps des soldats sur le champ de bataille. On se sert des annamites, plus communément appelé « les chinois », cette main d’œuvre importé d’Indochine a servi à l’arrière pendant toute la durée du conflit, elle est maintenant utilisée pour relever les morts. On leur construit de grands baraquements dans chaque village, à Souain ils sont plus d’une centaine.

Relève des corps par les annamites à la ferme des Wacques (Souain)

Ils parcourent le champ de bataille et récoltent les ossements qu’ils mettent dans des caisses à munitions. Un employé de l’état civil est sensé vérifier  la bonne marche de l’entreprise et procéder au recensement et à l’identification des corps. Ces ossements sont mis en dépôt dans des tombes provisoires en attendant de créer les cimetières militaires, mais depuis un an on tergiverse encore à Paris sur la manière de traiter la chose.

Beaucoup de soldats sont encore à même le sol où ils sont tombés, la nature petit à petit est en train de recouvrir l’ingratitude des hommes. Pour trouver les corps, on observe la végétation, l’herbe est plus verte et plus développée lorsqu’un corps se trouve dissimulé dessous.

Les tombes en retrait de la ligne de front ont été répertoriées tout au long de la guerre,  mais situées en zone de feu, elles ont été malmenées par les obus il faut en renouveler l’inventaire.

Le transfère des corps est interdit, à partir de 1919, de nombreux cas de violation de sépulture se produisent, les familles viennent en catimini la nuit  déterrer leur enfant, le charge dans un camion et le ré inhume toujours de nuit dans leur village natal. La gendarmerie fait la chasse, sous la pression des familles l’état cède  le 1 décembre 1920, les parents auront jusqu’au 15 février pour décider le transfère du corps au frais de l’état. 240000 soldas seront concernés soit plus du quart des tombes identifiées. Des adjudicataires  vont faire ce travail à partir de 1922, la famille peut assister à l’exhumation pour la reconnaissance du soldat. Puis les cercueils plombés  sont envoyés par wagons et stockés en gare de regroupement en attendant de constituer des convois   par régions destinatrices, puis de nouveau par villes destinatrices. Pendant plus d’un an des trains mortuaires vont sillonner la France en tous sens.

Il en sera de même pour les soldats d’Extrême-Orient et pour les prisonniers de guerre morts à l’étranger.

Des sociétés adjudicatrices se partagent ce juteux marché, la corruption est de mise à tous les échelons de la société et les malversations courantes. Pour aller  plus vite et coûter le moins cher possible les corps sont démembrés et mis en cercueil de 120, voir remplis de terre et scellé ou même un corps sert à faire deux sépultures. Des scandales éclatent mais sont vite étouffés, il faut terminer ce travail et passer à autre chose. La majorité des inhumations vont néanmoins se dérouler correctement  même si les adjudicataires  se sont construits des fortunes colossales sur le dos des morts.

Des grandes nécropoles nationales sont constituées et les champs sont rendus aux cultivateurs, effaçant du même coup la trace de ce conflit.

Celle de Souain est la troisième de France avec 30000 corps français. On retrouve encore chaque année des soldats à l’occasion de travaux, ils ont pour la plupart perdu leur identité.

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Le déminage

La guerre est finie, il faut procéder au déminage du champ de bataille. Des équipes de démineurs sont affectées sur chaque commune, à Souain il y en aura trois. Chaque équipe est composée de trois ou quatre personnes, d’anciens militaires étrangers principalement. Dans le cimetière civil du village repose les corps de trois d’entre eux, le  14 octobre 1920, un obus manipulé explose, et tue Alexandre BARIOT, Okdrny FRANCISZECH et Kelmel VENCESLAS. La quantité de projectiles à détruire est colossale, on ramasse ceux qui sont en surface du sol et on cherche le moyen de les détruire.

Expérience de destruction d’obus à Tahure

En juillet 1919, on va faire des essais près de Tahure où l’on va concentrer une centaine de tonnes au même endroit pour trouver le moyen de les faire exploser ensemble dans un gigantesque fourneau.

http://www.cnc-aff.fr/internet_cnc/internet/ARemplir/parcours/EFG1914/pages_FR/53395.html

Les agriculteurs par la suite en labourant vont continuellement remonter des explosifs si bien que cent ans après la fin de ce conflit on en retrouve encore et chaque semaine des démineurs de la sécurité civile les font exploser.

Les obus sont toujours actifs malgré la corrosion, mais d’autres munitions plus sournoise comme les obus à gaz sont sous haute surveillance, leur enveloppe métallique plus  fine  se dégrade laissant échapper le liquide gazeux.

On trouve dans les registres de la commune que deux morts civils par explosion juste après la guerre.

Le principal danger était le feu, les agriculteurs avant d’en allumer un dans les bois, sondaient le sol avec les dents d’une fourche pour vérifier si un obus ne se trouvait pas en dessous.

Tas de ferraille de « chez Dominque »

Les étrangers une fois le conflit fini ont servi à nettoyer le champ de bataille, reboucher les trous et relever les corps. Un fois ce travail terminé, ils ont  trouvé une activité lucrative dans le ramassage de la ferraille, environ trente personnes par commune, femmes et enfants compris chaque jour rapportaient chacun une centaine de kg de fer ou de cuivre ce qui leur permettaient de vivre. Les plus malins d’entre eux ont construit des cantines et se sont mis dans le commerce du métal, reprenant le soir  le salaire des récupérateurs moyennant nourriture, couchage et plus contre affinité.

Il y avait une dizaine de cafés officiels et clandestins sur la commune et le village comme tous les autres du front prenait le soir des allures de far-west. Il y avait à coté des tas de ferraille qui ne cessaient de grossir une ambiance de piano bastringue avec des filles qui avaient dit-on un mini revolver dans le soutien-gorge pour se protéger.

Les enfants chaque jeudi jusque dans les année 1965, allaient ramasser le métal sur les labours et se constituaient une petite cagnotte, les parents leurs faisaient les recommandations d’usage de ne toucher aucun engin dangereux.  

Le dernier récupérateur de ferraille a raccroché son sac en 1967, il s’appelait Popol.

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La mort finit son oeuvre

La guerre est finie et un autre poison va continuer à faire son lot de victimes. Cette maladie fera en quelques mois autant de victimes dans le monde que la guerre elle même, elle va sévir jusqu’en avril 1919. En France ont comptera officiellement 127500 victimes mais il est probable que ce chiffre soit sous-estimé.

De Blanche Braconnier exilé à Sainpuits

  Une autre calamité nous attendait; la grippe espagnole. La première victime fut une femme de chambre du château de Flacy,  puis vint le tour de ma chère amie Odette, enlevée en deux ou trois jours, Maman fut atteinte très sérieusement et quelques jours plus tard, je n’y échappais pas. Subissant une très forte fièvre, je per­dais connaissance dans mon lit et en suis sortie en mauvaise for­me. Le cimetière étant tout proche de notre logis, je voyais les en­terrements, ce qui n’était pas très rassurant pour moi. Notre Curé venait me voir journellement et m’aida beaucoup, surtout quand il repartait sans m’avoir parlé de me préparer à partir pour un « monde meilleur »!

Blanche Braconnier J’avais 11 ans en 1914

La guerre n’est pas finie pour tout le monde, bon nombre de soldats ont été blessés et portent dans leur chair la marque indélébile de la souffrance. Il y eu énormément de gazé, beaucoup vont mourir prématurément d’étouffement dans les dix années qui vont suivre. Beaucoup des soldats en hôpitaux militaires ne pourront revoir leur pays, ils vont s’éteindre souvent dans la souffrance loin de leur famille. Ce sera le cas pour Souain et Perthes les Hurlus d’André Charles SIMON et de Paul Gaston BURGAIN en 1919, de Pierre SIMON en 1920, de Gaston GUILLEMART en 1923 et de Paul SIMON en 1929.

Tous les mutilés vont devoir s’adapter au travail, on leur fabrique des prothèses, on rend plus présentable les gueules cassées en leur donnant un masque. On leur réserve des emplois de fonctionnaire. A Souain après la construction des cimetières militaires, ils vont assurer l’entretien et le gardiennage des nécropoles.

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La séparation

Cette guerre a engendrée de grandes peurs chez les Français, celles de ne jamais revoir l’être cher. Ce fut le cas chez les soldats, la mort était présente et rodait chaque jour autour d’eux, ce fut le cas bien sur dans leurs familles. Cette peur de la mort est un fait, mais celle plus sournoise de ne pas pouvoir retrouver un jour son foyer car on ne sait pas où il se trouve, parce que l’on’ a plus de nouvelles ni d’adresse, comme ce fut le cas des habitants en zone envahie. Ceux qui se trouvaient dans la zone militaire des armées ont été un jour déplacés loin de chez eux, voir pris en otage et emmenés en Allemagne, pendant quatre ans il n’y avait plus de communications ni de nouvelles. Qu’allait-il se passer une fois le conflit terminé puisqu’ils n’avaient plus de maisons, plus de chez eux, comment allaient-il faire pour se retrouver ?

Allaient-ils retrouver la même femme ? Les couples fragiles vont se défaire avant même de se rejoindre.

Côté français les préfets tenaient à jour une liste des déplacements des populations de la zone armée avec leurs adresses, ce ne sera pas le cas côté allemand.

Certaines familles ont éclaté malgré elles pendant la cohue de l’évacuation, des enfants en bas âge ont perdu leur parent, L’administration les a pris en charge comme orphelins et envoyé dans des institutions de la nation. Pendant la guerre, les familles qui se trouvaient près du front ont pu soustraire bon gré malgré, par décisions préfectorale leurs enfants du risque des bombardements, ils ont été envoyés dans des centres de vacances, des orphelinats, des centres de redressement avec un personnel plus ou moins qualifié. De toute façon cela a été vécu comme un grand traumatisme, voici la lettre du petit Yvon à sa mère, la censure l’a fait arriver sur le bureau du préfet de la Marne, ce dernier ému a pris la décision malgré le risque lié à la guerre de le ramener à ses parents.


St Maurice l’exil Ysère 7 août 1917


Chère maman chérie

  Encore ces mots en cachette pour te dire viens me chercher, viens et viens, Je suis malade, j’ai des mals de cœur, mals de tête, si ça continue tu sais je ne sais pas ce que je serais, Encore ma petite maman chérie viens me chercher car tu sais pour être ou je suis, j’aime mieux revenir avec toi et grand-père aussi, J’ai 3fr20, viens aussitôt que tu pourras je te les donnerais et je partirais avec toi je serais content quand même que ça bombarderait fort, j’aime mieux sous les obus que d’être ou l’on est , ce doit être une maison de correction, alors tu penses, ce que je souffre en peine, Viens me chercher le plus vite que tu pourras si tu dit que je reste jusqu’à la fin de la guerre, je me ferais mourir je ne sais pas quoi, viens vite ma petite mémère chérie, dépêche toi car je souffre beaucoup. Tu vois nous n’avons même pas d’encre pour écrire alors tu vois qu’on est mal viens, viens vite. Alfred êt bien heureux lui, Bivin est avec moi il voudrait revenir aussi, tu demanderas à sa mère de ses nouvelles, tu verras ce qu’il dit. Je termine ma petite mémère chérie en t’embrassant bien fort et mon petit grand-père chérie aussi tu lui diras comme je suis mal, encore une fois un maman chérie c’est 40 kl de Layon ce n’est pas loin, puis j’ai 3fr20 je te les donnerais pour revenir avec toi, je ne pourrais plus rester un mois ou je suis, viens, viens, viens vite car je me sens malade.

Je termine ma petite maman chérie en t’ embrassant bien fort en attendant avec impatience que tu viennes pour me chercher. Tu viendras un maman chérie, tu viendras me chercher je t’attends tout les jours, t’embrasseras grand-père chérie de ma part en attendant que je l’embrasse moi même.


Yvon Brochet


A Mme Brochet 16 rue Chaudru à Fismes Marne

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