La séparation

Cette guerre a engendrée de grandes peurs chez les Français, celles de ne jamais revoir l’être cher. Ce fut le cas chez les soldats, la mort était présente et rodait chaque jour autour d’eux, ce fut le cas bien sur dans leurs familles. Cette peur de la mort est un fait, mais celle plus sournoise de ne pas pouvoir retrouver un jour son foyer car on ne sait pas où il se trouve, parce que l’on’ a plus de nouvelles ni d’adresse, comme ce fut le cas des habitants en zone envahie. Ceux qui se trouvaient dans la zone militaire des armées ont été un jour déplacés loin de chez eux, voir pris en otage et emmenés en Allemagne, pendant quatre ans il n’y avait plus de communications ni de nouvelles. Qu’allait-il se passer une fois le conflit terminé puisqu’ils n’avaient plus de maisons, plus de chez eux, comment allaient-il faire pour se retrouver ?

Allaient-ils retrouver la même femme ? Les couples fragiles vont se défaire avant même de se rejoindre.

Côté français les préfets tenaient à jour une liste des déplacements des populations de la zone armée avec leurs adresses, ce ne sera pas le cas côté allemand.

Certaines familles ont éclaté malgré elles pendant la cohue de l’évacuation, des enfants en bas âge ont perdu leur parent, L’administration les a pris en charge comme orphelins et envoyé dans des institutions de la nation. Pendant la guerre, les familles qui se trouvaient près du front ont pu soustraire bon gré malgré, par décisions préfectorale leurs enfants du risque des bombardements, ils ont été envoyés dans des centres de vacances, des orphelinats, des centres de redressement avec un personnel plus ou moins qualifié. De toute façon cela a été vécu comme un grand traumatisme, voici la lettre du petit Yvon à sa mère, la censure l’a fait arriver sur le bureau du préfet de la Marne, ce dernier ému a pris la décision malgré le risque lié à la guerre de le ramener à ses parents.


St Maurice l’exil Ysère 7 août 1917


Chère maman chérie

  Encore ces mots en cachette pour te dire viens me chercher, viens et viens, Je suis malade, j’ai des mals de cœur, mals de tête, si ça continue tu sais je ne sais pas ce que je serais, Encore ma petite maman chérie viens me chercher car tu sais pour être ou je suis, j’aime mieux revenir avec toi et grand-père aussi, J’ai 3fr20, viens aussitôt que tu pourras je te les donnerais et je partirais avec toi je serais content quand même que ça bombarderait fort, j’aime mieux sous les obus que d’être ou l’on est , ce doit être une maison de correction, alors tu penses, ce que je souffre en peine, Viens me chercher le plus vite que tu pourras si tu dit que je reste jusqu’à la fin de la guerre, je me ferais mourir je ne sais pas quoi, viens vite ma petite mémère chérie, dépêche toi car je souffre beaucoup. Tu vois nous n’avons même pas d’encre pour écrire alors tu vois qu’on est mal viens, viens vite. Alfred êt bien heureux lui, Bivin est avec moi il voudrait revenir aussi, tu demanderas à sa mère de ses nouvelles, tu verras ce qu’il dit. Je termine ma petite mémère chérie en t’embrassant bien fort et mon petit grand-père chérie aussi tu lui diras comme je suis mal, encore une fois un maman chérie c’est 40 kl de Layon ce n’est pas loin, puis j’ai 3fr20 je te les donnerais pour revenir avec toi, je ne pourrais plus rester un mois ou je suis, viens, viens, viens vite car je me sens malade.

Je termine ma petite maman chérie en t’ embrassant bien fort en attendant avec impatience que tu viennes pour me chercher. Tu viendras un maman chérie, tu viendras me chercher je t’attends tout les jours, t’embrasseras grand-père chérie de ma part en attendant que je l’embrasse moi même.


Yvon Brochet


A Mme Brochet 16 rue Chaudru à Fismes Marne

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Un commentaire pour La séparation

  1. philippe wachet dit :

    Quelle détresse aussi pour ces enfants isolés,égarés loin de toute tendresse,marqués à vie par cette séparation,même si elle est restée temporaire;on ne parle pas souvent de leur douleur.Merci Monsieur Godin pour ce témoignage émouvant et pour tous les autres de la Gazette de Souain

    J'aime

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