Les prisonniers sont fous de joie

15 novembre 1918

Ernest DUGUET du 14eRI prisonnier en Allemagne au camp d’Hüstein vient de nous faire parvenir de ses nouvelles.

     Le 11 novembre à 10h du soir, une sentinelle vint nous annoncer l’heureuse nouvelle que l’Armistice était signée et que des mesures immédiates allaient être prises par le gouvernement allemand pour le rapatriement des prisonniers.

    Une joie immense s’empara de nous tous. Tous les prisonniers français qui se trouvaient dans la baraque, d’un seul élan se mirent à chanter la « Marseillaise », les uns riaient, les autres dansaient et d’autres pleuraient de joie.

     Plusieurs scènes comiques se déroulèrent toutes la nuit. Beaucoup de prisonniers qui d’habitude ne parlaient presque pas, tant ils étaient abattus par les longues journées de captivité, se mirent à danser et à crier comme s’ils avaient perdus la raison.

     Ce fut ensuite la révolution. Ici presque tous les ouvriers allemands cessèrent le travail, de nombreuses réunions avaient lieu chaque jour. Dans beaucoup de quartiers la population se livra au pillage des magasins. Plusieurs groupes de manifestants circulaient dans les rues, drapeau rouge en tête, des collisions sanglantes avaient lieu à chaque instants. Tout officier allemand en uniforme rencontré dans les rues était battu par les manifestants et sa tenue était souvent déchirée.

revolution

Du Capitaine Agostini du 21e RI au camp de prisonniers de Rastadt

     LE LUNDI 11 NOVEMBRE 1918 Ce fut réellement une très belle journée…

     La T.S.F. de Granger fonctionnait sans relâche et nous renseignait. Les nouvelles les plus inattendues se succédaient sans arrêt. L’un des nôtres, perché sur une chaise copiait à la craie, sur un grand tableau noir, les conditions imposées à l’Allemagne et à ses alliés.

     Au fur et à mesure où les phrases apparaissaient sous le bâton de craie, nos yeux semblaient s’agrandir tandis que nos bouches prenaient la forme d’un O majuscule.

     L’aumônier POLIMAN fixa rendez-vous à la chapelle du camp, pour la célébration d’un tedeum solennel d’action de grâces.

     Cette glorieuse et réconfortante journée fut clôturée par un magnifique concert symphonique donné par les officiers prisonniers qui avaient un talent de musicien. Par la suite, l’administration du camp apporta des améliorations à notre régime et le « Chefartz » disparut de l’infirmerie.

    Nous étions si impatiens de rentrer chez nous !

D’Emile CARLIER du 127e RI

     Le 13 novembre: Des Alsaciens passent l’ancienne ligne du front et arrivent au-devant de nous, nous promettant une réception enthousiaste quand nous pénétrerons en Alsace. Conformément aux clauses de l’armistice, les Boches renvoient également leurs prisonniers. Un lamentable cortège de 600 hommes en guenilles, hâves, décharnés, grelottant de froid, vêtus quelques-uns de capotes allemandes, passe au Collet. Nous les réconfortons comme nous le pouvons et leur donnons tout ce que nous avons de superflu.

     Le 14 novembre: Nous entendons de fortes détonations du côté des anciennes lignes allemandes. Les Boches, avant de se retirer font sauter des dépôts de munitions et de grenades. De nouveaux groupes d’Alsaciens et de prisonniers rapatriés se présentent au Collet. Les prisonniers se plaignent de la faim et déclarent que la plupart des biscuits qui leur étaient envoyés par le gouvernement français leur étaient dérobés par leurs geôliers.

fin prison

     Le 15 novembre: Il gèle à pierre fendre, 13 degrés en-dessous de zéro. La montagne se couvre de neige.

     Nous sommes avisés que nous ferons notre entrée en Alsace le surlendemain à la première heure. Chacun se prépare activement à ce grand jour, qui fera époque dans notre existence. On astique, armes, capotes, ceinturons. On nettoie les fourgons, les chevaux, les harnais. De Gérardmer, nous parviennent des cocardes, des flots de rubans, des drapeaux pour en orner les équipages. Les musiciens répètent sans se lasser des pas-redoublés et des marches triomphales. Les cordonniers et les tailleurs sont sur les dents.

     Des patrouilles de cavalerie vont reconnaître la route que nous allons emprunter pour entrer à Colmar. Hâtivement, on fait disparaître les tranchées, les pièges à tanks, on rétablit des ponts de fortune. Tout est prêt pour le grand jour. On n’attend plus que l’ordre de départ.

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